Nombre d'Enfants trouvés en France de 1819 à 1833

Permalien: Gallica

Extrait du Rapport au Roi sur les hôpitaux, les hospices et les services de bienfaisance, par le Ministre de l’intérieur:

« Une des plaies les plus profondes de l’administration publique – Charge accablante pour le Pays »: c’est ainsi que le ministre décrit comme ses prédécesseurs les Enfants trouvés et abandonnés. Cette fois leur entretien menace « d’absorber la plus grande partie des ressources départementales ». Petite comparaison avec les vieillards, les infirmes et les malades dont le nombre a simplement doublé depuis 1789; celui des Enfants trouvés et abandonnés a triplé, passant de 40.000 avant la révolution française à 129.629 en 1837.

Les motifs et présumés coupables de cette augmentation restent la corruption des moeurs, l’accroissement de la misère et les faiblesses de la législation. S’ensuit un résumé des actions mises en place par le Royaume pour venir en aide à cette catégorie d’indigents et que je vous relate depuis une bonne cinquantaine d’articles. Je vous invite donc comme à chaque fois de cliquer sur le lien du site de la Bibliothèque Nationale de France et pour ma part me rend directement aux tableaux de statistiques présentés par le ministre:

A noter que c’est seulement à partir de 1819 que datent les premiers documents précis constatant le nombre d’enfants trouvés et abandonnés en France.

Nombre d'Enfants  trouvés en France de 1819 à 1833
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Tableau, par départements et par années, du nombre moyen d’Enfants trouvés de 1824 à1834 – Cliquez pour agrandir
Tableau, par départements, des mouvements des Enfants trouvés et abandonnés de 1824 à 1833 – Cliquez pour agrandir
Mouvement de la population des Enfants trouvés et abandonnés en 1834 – Cliquez pour agrandir

J’ai volontairement supprimé les dépenses liées aux enfants trouvés et abandonnés dans chaque département cependant les tableaux originaux sont visibles sur le site Gallica. Les détails de ces chiffres démontrent que la dépense s’est accrue dans une proportion co-relative à l’augmentation du nombre des Enfants.

Quelles en sont les causes: modifications des moeurs ? De la morale ? La misère du peuple ? L’industrialisation et la création d’agglomérations réunissant hommes-femmes constamment ? Le ministre cite la statistique, l’administration et des auteurs qui ont cherché les causes mais il s’arrête sur les recherches et les concordances de statistiques du Vicomte de Bondy dans son mémoire publié en 1835. Ces statistiques sont si précises qu’elles ne peuvent êtres remises en causes et pourtant elles démontrent des incohérences totales ! Mais alors qu’en penser ? Le ministre a la réponse qui est aussi évidente que les statistiques exactes: il s’agit de tous les abus qui ont lieu dans les administrations.
« Ces abus ont été tels en certains endroit, qu’ils ont changé les rapports naturels des choses; en sorte qu’il n’est plus possible d’établir des calculs statistiques sur aucune base qui ne soit faussée. … la principale cause d’accroissement du nombre des Enfants trouvés doit être attribuée aux abus graves et nombreux qui se sont introduits, depuis longtemps, dans ce service de bienfaisance. … on ne saurait méconnaître que la plus puissante de toutes, c’est l’introduction d’une immense quantité de fraudes de différentes sortes, qui ne sont pas, il est vrai, protégées ouvertement, mais qui pourtant se maintiennent, parce que des idées fausses et des sentiments d’humanité mal entendus, parce que les écarts d’une philanthropie poussée à l’excès, et surtout la faiblesse si naturelle et si commune chez quiconque est appelé à dispenser des secours au malheur, empêchent presque toujours de réprimer les fraudes, et conduisent à fermer les yeux sur les résultats offensants pour la morale et nuisibles aux intérêts généraux qu’elles produisent infailliblement. »

Parmi les causes permanentes:

1°) L’erreur volontaire d’assimiler les orphelins et les enfants de familles indigentes aux enfants trouvés afin que ce soit le département qui paie leur frais.

2°) Considérer comme définitive et absolue l’admission des Enfants dans les hospices, négligeant ainsi de rechercher leurs parents.

3°) La répugnance voire la résistance à remettre des Enfants naturels exposés ou abandonnés à leurs mères ou à leur famille, qui dès l’origine étaient connues ou l’ont été depuis, dans la crainte que ces Enfants ne soient privés de l’éducation morale et religieuse qu’ils reçoivent dans les hospices.

4°) L’extrême tolérance vis-à-vis des Enfants légitimes et non naturels (moins d’intérêt) dont les parents sont dans l’indigence, et qui sont admis dans les hospices.

Le ministre fait ensuite savoir, statistique à l’appui, que là où les tours ont été supprimés l’abandon et l’exposition a diminué.

Tableau statistique des tours d’abandon fermés et des économies engendrées de 1834 à 1837 – Cliquez pour agrandir

Il fait aussi remarquer que l’absence ou l’éloignement de tour n’a aucun rapport avec les infanticides commis dans certaines communes. D’ailleurs il souligne qu’il y a plus d’infanticides dans les grandes villes munies de tours dépositaires que dans d’autres qui n’en possèdent pas. Il souligne aussi que là où les tours ont fermé il y a eu moins de facilités d’expositions, donc moins d’abandons et davantage d’économies pour les administrations. Cependant il est bon de souligner que c’est surtout le déplacement des Enfants dans d’autres départements qui préservent le plus des dépenses.

« Sur 36.493 Enfants soumis à cette mesure, 16.339, c’est-à-dire près de la moitié, ont été retirés par leurs parents ou par leurs nourrices et patrons, ou enfin par des personnes charitables qui leur étaient plus ou moins étrangères. Ils ont dès ce moment cessé d’être à la charge des départements. »

Pour se prémunir des décès d’Enfants liés au transport (rappelez-vous le véhicule était surnommé « purgatoire » à cause des pitoyables conditions de voyage), plusieurs précautions ont été prises:

– On n’a déplacé que des enfants valides sevrés depuis 6 semaines au moins.

– Les transports sont effectués à la belle saison.

– Les moyens de déplacement sont tous réfléchis et créés afin d’assurer une qualité de prise en charge des enfants.

– Ces derniers sont accompagnés par des soeurs ou des employés.

– Des lieux de halte et de ravitaillement ont été prévus.

– La vigilance et la discrétion ont été de mise afin d’éviter toute erreur.

La suite du texte décrie de nouveau l’utilité et l’abondance des tours dépositaires trop nombreux (271 environ en France) et qui ont déculpabilisé les mères abandonnant leur progéniture. Il est fait aussi allusion à la population des campagnes qui trouve facile et naturel de faire élever ses enfants aux frais de l’état,surtout lorsqu’ils sont nés hors mariage, illégitimes ou de familles indigentes. Vous l’avez compris le décret du 19 janvier 1811 vit ses dernières heures de gloire.

Plusieurs administrateurs font remarquer que les femmes indigentes abandonnent leurs enfants durant leurs premiers mois de vie car elle ne bénéficient d’aucun secours alimentaire. Après l’âge de 1 ou 2 ans les abandons sont plus rares car l’enfant passe à une alimentation diversifiée.

« Il s’agirait donc de remplacer, par un bon système de secours à domicile pour la mère, le secours que l’on donne aujourd’hui à l’Enfant dans l’hospice; il s’agirait de payer à la mère les mois de nourrice qu’on paye actuellement à une nourrice étrangère ».

Les calculs sont rapides: 2 ans de mois de nourrice donnés à la mère lors des premières années de vie de sont enfant évite 10 ans de charge à l’état qui était ensuite chargé de l’élever jusqu’à ses 12 ans lorsqu’il était abandonné. Les mots « lien familial »ou « mère-enfant »,  resurgissent comme par enchantement pour appuyer le discours. Enfin !

Enfin l’administration des hospices de Paris tentent des essais dans ce sens. Bien sûr l’état redoute que toutes les mères réclament cette aide, bien sûr qu’il ne souhaite pas le retour des inconvénient liés à la législation de l’an II, bien sûr qu’il cible exclusivement les mères indigentes. Les sociétés de charité maternelle sont soudain citées en exemple et on songe à les organiser sur une échelle plus étendue notamment en les municipalisant !

Modifier le décret de 1811 permettrait enfin de responsabiliser davantage les hospices et les communes concernant l’entretien des Enfants trouvés qu’on laisse trop facilement à la charge des départements.

« Quelques autres mesures accessoires pourraient concourir au but avoué de rendre les expositions plus difficiles. Ainsi, il serait utile d’intéresser l’affection des parents à ne pas abandonner leurs Enfants, par les obstacles que la législation apporterait à leur remise ultérieure. Si les parents avaient la certitude qu’en exposant leur Enfant à l’hospice, non seulement il leur sera impossible de suivre sa trace, mais qu’ils perdent définitivement tout droit sur lui, si ce n’est en vertu d’un jugement qui leur rende la tutelle, ils hésiteraient davantage à commettre le délit d’exposition.

Enfin, ces mesures devraient être complétées par un règlement dont on manque aujourd’hui. Il déterminerait les bases et les conditions de l’éducation des Enfants qui, véritablement trouvés ou abandonnés, doivent demeurer à la charge de la bienfaisance publique… »

MuB


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