image à double lecture


Tous les élèves infirmiers connaissent cette image

Elle permet de situer si le lecteur utilise sa vision globale ou sa vision détaillée. Si par exemple vous voyez une jeune femme photographiée de 3/4 dos c’est que vous utilisez votre vision globale. Si par contre vous voyez une femme âgée de profil c’est que vous utilisez votre vision détaillée. Vous me suivez ? Mieux vaut que je vous montre les deux images qui suivent pour en être certaine:

Vision globale, vision détaillée
Vision globale, vision détaillée – Cliquer pour agrandir

J’ai été victime un jour de cette vision globale, celle de l’observateur qui croit saisir un moment clé d’une situation et qui l’interprète à sa manière. Détaillons ensemble cet exemple concret afin que vous hésitiez, lorsque vous serez vous-même amenés à « observer », à émettre un jugement catégorique.

Cette histoire a lieu bien des années en arrière, lorsque les parents avaient encore droit de cité dans les unités. Ne cherchez pas à identifier les personnages car comme dans les feuilletons toute similitude serait fortuite. Regardez plutôt ces deux personnes côte à côte qui regardent des photos. L’une d’elles c’est moi. Vues de dos on les croirait proches, en train de retracer les vacances de l’une ou l’anniversaire de l’autre. Leurs épaules se frôlent et toutes deux sont penchées sur la photo que tient l’une d’elle. Celle-ci désigne des endroits précis du doigt et fait moult gestes pour appuyer ses explications. MuB lui sourit d’un air entendu. La photographie change de main et voici que MuB s’éloigne avec l’image entre ses doigts.

Vous autre jeune étudiant ou professionnel, quelle interprétation faites vous de cette description ?

– « MuB, je souhaite te voir au sujet de …. Il paraitrait que tu as été vue en sa compagnie en train d’échanger des photos et de discuter de vos vacances. Saches qu’ici nous ne pouvons nous permettre quelconque familiarités avec les parents et c’est pourquoi je dois savoir si oui on non tu connais cette personne et si vous êtes ami(e)s. »

Je regarde éberluée la responsable de mon unité, une jeune puéricultrice en qui j’ai entière confiance et qui m’a toujours soutenue et accompagnée durant mon intégration au sein de l’unité. C’est une femme douce, intelligente, qui sait se positionner et défendre son point de vue sans se laisser déstabiliser par son vis-à-vis. De ce fait on sait sur quel pied danser et c’est ce qui importe le plus dans un établissement comme une pouponnière où il est important de sentir une hiérarchie solide, qui ne plie pas tantôt à droite, tantôt à gauche selon comment souffle le vent et qui reste au contraire solide et logique dans ses positionnements.
-« Je ne saisis pas de quoi vous voulez parler ! Je ne connais pas cette personne et nous ne sommes pas ami(e)s. Je vous assure que je ne comprend pas ! Le seul endroit où je l’ai vu(e) c’est ici à la pouponnière. A l’extérieur je peux vous assurer que je ne l’ai jamais croisé(e). Si vous le souhaitez vous pouvez vérifier. »

-« Je te crois MuB mais alors explique moi pourquoi tu as été vue en train de papoter et d’échanger des photos avec cette personne. »

Je fronce les sourcils et examine le sol, consciente que mon avenir professionnel se joue peut-être là, dans ce bureau. C’est alors que je retrouve le sourire, sûre d’apporter la réponse à ma supérieure et de laver tout soupçon concernant ma personne.

-« Si vous le voulez bien je vous demande un instant. Je reviens tout de suite ! »

Un peu plus tard je reviens avec la photographie dans une main et plusieurs objets dans l’autre. Je les lui montre de plus près en lui expliquant le pourquoi du comment et aussitôt le visage de ma responsable s’illumine. Elle retrouve le sourire que je lui connais: franc et éclatant. Ainsi s’achève une observation qui aurait pu avoir de plus graves conséquences si elle n’avait pas été démontrée de manière aussi appuyée: par des preuves tangibles. Je n’ai plus jamais été inquiétée par ma responsable qui a gardé sa confiance en moi, de la même manière que j’ai fort apprécié sa franchise. Je ne sais pas qui avait observé la scène et je vous avoue que je n’en veux pas à la personne car les faits jouaient contre moi. Mais si un jour vous êtes témoin d’une situation et que vous voulez en tirer trop vite des conclusions, alors relisez cet article !
Epilogue:

-« Bonjour Mademoiselle, je cherche (tel vêtement) et (tels objets) qui appartiennent à mon enfant et malheureusement cela fait plusieurs semaines que je ne les retrouve pas dans ses affaires. Pouvez-vous m’aider à les retrouver ? »

– « Je veux bien vous aider mais il m’en faudrait une description. »

– « J’ai mieux que ça ! Tenez regardez voici une photo de mon enfant et là voici l’habit et les différents jeux que je ne retrouve pas. »

Je me penche sur les photographies que la personne me présente et sourit face à son ingéniosité. Elle me désigne du doigt les différents objets. Certains ne me sont pas inconnus et je sais déjà où chercher. Je lui en fait part.

– « Si vous voulez je peux vous laisser cette photo comme ça vous aurez moins de difficultés à chercher. »

Cette fois je décoche un grand sourire et remercie mon vis-à-vis pour son aide. Sur les 4 objets je réussis à en dénicher trois et le parent sera tellement content qu’il finira par abandonner l’idée de retrouver le dernier… « Sauf si vous remettez la main dessus MuB ! »

Vous l’avez compris, c’est cette photo dans ma main gauche et les jouets dans ma main droite qui m’ont permise de m’innocenter. Heureusement que j’ai eu affaire à ma puéricultrice, une jeune femme de valeur qui a immédiatement perçu le quiproquo et mis fin à une histoire commencée mal mais qui au final se termine bien ! Cet article je le lui dédie.

A bientôt, pour un autre écrit qui je l’espère sera tout aussi riche d’enseignements !

La confiance professionnelle

MuB, à travers une scène concrète, a mis le doigt sur l’importance de la confiance dans les échanges entre parents et professionnels, mais également entre professionnels en pouponnière. Lieu où l’observation comme l’écoute est et restera toujours primordiale. Le soucis d’amener le plus d’objectivité possible dans l’interprétation du « vu » et du « perçu » d’une action doit nous animer constamment. Pour que nos interprétations ne deviennent pas des condamnations. Il en est ainsi de la manière dont nous percevons le travail de chacun, de la façon dont nous acceptons l’échange dans la différence de point de vue, de notre capacité à nous émouvoir, mais aussi  de notre capacité d’écoute « interne » pour savoir interroger l’implication d’un geste, d’une parole sur soi afin de mieux adapter notre réponse. Tout cela nourrit notre action de soutien à la parentalité dans le respect de la réalité de l’enfant et de sa famille. Vous vous demanderez pourquoi mettre la confiance en avant ? Et bien parce que sans la confiance que l’on accorde aux dires de l’autre, les choses que nous voyons et entendons peuvent difficilement être objectivées. C’est bien ce que le texte de MuB nous a démontré.


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