Entretien avec Gigi S. – Maternante à la pouponnière d’Antony

Gigi : Oui, c’était le 1er mai 1998. J’étais impressionnée par cette grande bâtisse et en même temps j’ai trouvé ça chaleureux; surement parce qu’il y avait plein d’enfants qui jouaient dans ce grand couloir.

MuB : Était-ce ta visite d’embauche ou l’entretien avait-il eu lieu ailleurs ?

Gigi : En fait, après avoir répondu négativement à ma candidature, j’ai eu un coup de fil pour me dire que je commençais le 1er mai, donc je suis entrée dans le vif du sujet de suite si je puis dire !

MuB : Et savais-tu exactement ce qu’était une pouponnière ?

Gigi : A peu près, car j’en avais entendu parler durant mes études.

MuB : Donc tu n’étais pas en terre inconnue !

Gigi : Disons que je m’en faisais une idée bien sûr ! Mais évidemment, quand on y est vraiment c’est autre chose !

MuB : T’a t-on fait visiter ou as-tu directement été dans le service où tu étais affectée ?

Gigi : Direct dans le service: arrivée dans le bureau et reçue par F., qui m’a formée pendant 5 jours, je m’en souviens très bien !

MuB : Woaohh ! Cinq jours et après en piste ?!

Gigi : Oui oui, c’était comme ça !

MuB : Qu’est-ce qui t’a le plus impressionnée dans le service ? Les locaux, le personnel ou un mélange des deux ?

Gigi : Un mélange je pense, mais je trouvais ça vraiment super !

MuB : Les services avaient de drôles de noms parait-il ?

Gigi : Oui, moi j’étais au « rez-de-chaussée oratoire ». En fait c’était les noms de l’époque ou c’était encore un cloitre et ils les ont gardés, comme « rdc oratoire », « 1er oratoire », « 1er milieu »…

MuB : Cela ne fait-il pas bizarre de travailler dans des secteurs portant les noms de cet ancien cloitre ?

Gigi : Si, d’ailleurs je me souviens des chambres des enfants: assez austères. Elles étaient rectangulaires, moyennes, avec au sol du carrelage, et des portes en bois avec de grandes vitres.

MuB : Tout était non conforme aux nouvelles règles de sécurité d’aujourd’hui !

Gigi : Rien à voir ! Les plafonds étaient super hauts. Les poignées de portes étaient au niveau des enfants les plus grands.

MuB : Ils pouvaient donc sortir comme ils voulaient !

Gigi : Ben oui ! Il y avait le foyer des grands aussi, situé tout en haut, j’y ai bossé un peu.

MuB : J’aurais pensé qu’il était au RDC, pour accéder directement au jardin !

Gigi : Et non ! Au RDC il y avait la lingerie, les cuisines et… la pointeuse

MuB : La pointeuse ?! Lol ! Vous étiez nombreux en plus !

Gigi : Mais justement c’était bien cette pointeuse ! Et pas une électrique hein ! Une ancienne,qui marquait l’heure d’arrivée, la date, et l’heure de sortie !

MuB : Et tu avais donc ton carton à ton nom ?

 Gigi : Oui, au-dessus il y avait un grand panneau ou on rangeait nos cartons, comme ça ils n’étaient pas perdus.


MuB : Te souviens-tu combien il y avait d’étages à la pouponnière ?

Gigi : Exactement je ne sais pas, je dirais 5 mais sans conviction.

MuB : Et par étage combien y avait-il d’unités d’enfants ?

Gigi : Au RDC une unité d’enfants. Et aux autres étages deux: une à droite et une à gauche. Nous avions sept enfants par poste. Il y en avait deux ou trois postes par unité je crois.

MuB : Quel endroit de la pouponnière préférais-tu le plus ?

Gigi : Le parc ! Il était très grand. Au fond il y avait un square avec des balançoires. Sur le côté gauche un clapier avec des lapins. C’était très fleuri. Il y avait même un poule et un jar « Oscar » qui se baladaient en liberté. Il était assez drôle: le matin il se promenait en criant  (bon, sympa mais il ne fallait pas trop s’approcher) et il était amoureux de la poule qu’il suivait partout !

Il y avait un jardinier qui entretenait le superbe parc et s’occupait des lapins. Dès les beaux jours, on descendait goûter dans le parc. Les repas du soir se passaient dehors certaines fois !

MuB : Vous aviez le droit d’y aller quand vous vouliez ou y avait-il des heures à respecter ?

Gigi : Quand on voulait ! Evidemment selon l’organisation, mais pas d’horaires spécifiques.

MuB : Les gens à l’extérieur du parc pouvaient-ils vous voir ou étiez-vous protégés ?

Gigi : Nous étions assez protégés car de grands murs en pierre masquaient en grande partie le parc. Au fond il y avait un chemin grillagé qui permettait aux gens de couper par le parc au lieu de le contourner. L’autre côté du parc appartenait à la ville.

MuB : Et n’aviez-vous pas peur de perdre un enfant de vue ?

Gigi : Ben étrangement non, j’ai pas le souvenir de ça. On connaissait le parc et on surveillait quand même !

MuB : Est-il vrai aussi qu’il y avait une chapelle ?

Gigi : Oui, il y avait une chapelle que je n’ai pas eu l’occasion de voir.

MuB : Pourquoi n’as-tu jamais visité cette chapelle ?

Gigi : Prise par le boulot je pense, plus d’une fois je me suis dite d’aller là-bas mais je ne l’ai jamais fait.

MuB : Et qui la visitait ?

Gigi : Aucune idée ! Je suppose que d’anciennes maternantes l’ont vue.

MuB : Quel est l’endroit que tu aimais le moins à la pouponnière et pourquoi ?

Gigi : Le grand couloir en bas où se situaient les cuisines et la lingerie : blanc et froid.

MuB : Qu’évoque pour toi le mot « maternante » ?

Gigi : Entourer, protéger.

MuB : Quel regard avais-tu sur les enfants?

Gigi : Je dirais bienveillant.

MuB : Et sur leurs familles ?

Gigi : Etant donné que les familles venaient en visite dans les unités, c’est vrai qu’on avait un contact avec eux; bon pas toujours facile mais je ne pense pas avoir été dans le jugement.

MuB : Et sur tes collègues ?

Gigi : Je dirais « selon les affinités » bien sûr mais ce que j’aimais bien c’est qu’on laissait les « personnalités » s’exprimer. Pas toutes dans le même moule, et c’est justement ça qui faisait la richesse du travail !

MuB : Quel est ton regard sur l’adoption ?

Gigi : Je trouve ça bien, dans la mesure qu’il n’y a pas de changement de prénom par exemple – j’ai déjà vu ça – ça me donne l’impression que l’on veut effacer ce passé à l’ASE.

MuB : Sachant qu’à l’époque l’album-photo n’existait pas, trouves-tu légitime qu’une ancienne enfant d’Antony, Isabelle, cherche à apprendre des détails de son passé à la pouponnière ? 

Gigi : Oui tout à fait, je pense que c’est un droit.

MuB : Isabelle trouve normal d’interroger des maternantes car elles étaient en lien direct avec les enfants. D’être interviewée sur le blog, te sens-tu à ta place de maternante ?

Gigi : Oui , pour retransmettre certaines chose qui peuvent être précieuses.


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