Voici le 5ème article écrit en commun avec le blog de Popeline au sujet de la vêture des enfants trouvés:
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Dans l’article de Popeline vous allez apprendre que, dans les siècles passés, la robe ne seyait pas qu’aux filles, et vous devrez deviner si les habits photographiés ou peints sont ceux de garçonnets ou de fillettes. Vous découvrirez la première utilité de cet habit toujours actuel… lors des baptêmes.
Du coup j’ai de mon côté envie de vous parler d’habits et de vêture sous une nouvelle forme, avec pour commencer un petit clin d’oeil à Popeline qui nous a expliqué que le mot « layette » était en fait dérivé du contenant, c’est à dire du petit coffre ou les familles rangeaient les habits du bébé. Eh bien je vous présente le layettier, le marchand ambulant qui vendait des coffrets de bois ou d’osier:

Permalien : Gallica, cliquez ici
Je vous invite maintenant à lire un conte méconnu du public. Si l’habit ne fait pas le moine, il ne fait pas le roi non plus !
Les habits neufs de l’Empereur – Conte d’Andersen
Connaissez-vous l’histoire de cet Empereur qui aimait tant les beaux habits qu’il en changeait chaque heure ? Tout son argent passait dans sa garde-robe et sa folie des fanfreluches le conduisit droit dans un piège: deux escrocs en effet se firent passer pour des tisserands et se vantèrent d’être à même de tisser l’étoffe la plus belle que l’on puisse imaginer. Au-delà de la rareté et de la richesse du tissu, le vêtement avait l’étrange vertu d’être invisible aux yeux des sots ou des personnes déméritantes dans leur travail. L’empereur y vit l’occasion de tester la valeur de ses sujets et paya les truands qui s’activèrent devant des métiers à tisser vides, reproduisant jusque tard dans la nuit les gestes artisanaux sans aucun fil entre leurs mains.
Les qualités exceptionnelles de l’étoffe avaient été ébruitées dans tout le royaume et chacun était impatient de prouver sa valeur et surtout de s’amuser de la sottise de son voisin si celui-ci ne voit aucun habit sur l’Empereur.
Le premier d’entre eux à en faire les frais fut un ministre qui, de peur de paraître idiot, vit une magnifique parure là où il n’y avait rien. Les deux filous s’en donnèrent à coeur joie et piégèrent un autre vieux fonctionnaire puis toute la suite du souverain qui préférèrent à leur tour taire l’absence de fil et de tissu sur le métier à filer, et louer la splendeur et la richesse du tissu. Lorsque l’Empereur voulut à son tour s’enorgueillir du magnifique tissu qui s’ouvrageait dans son palais il préféra taire sa bêtise plutôt qu’avouer ne rien voir filer entre les doigts des tisserands… si ce n’est son or. Les deux faussaires furent décorés de la croix du chevalier et élevés au rang de gentilshommes. Ils continuèrent à mimer les gestes d’une manière théâtrale et finir leur ouvrage au petit matin.
Voici l’Empereur qui se déshabille et enfile des vêtements luxueux, du pantalon jusqu’au manteau, aussi légers qu’une toile d’araignée. Même les chambellans hissent une traîne invisible et voici que l’Empereur se pavane devant la cour puis tous les sujets du royaume dans une procession ou chacun ne voit rien qu’un homme nu mais prétend tomber en admiration devant la beauté du costume.
« Mais il n’a pas d’habit du tout ! » cria un enfant dans la foule.
« Grands dieux ! entendez, c’est la voix de l’innocence » dit son père qui n’ose contredire son enfant et réussit néanmoins à sauver son honneur, ou plutôt sa valeur ! Les mots de l’enfant se répètent et se répandent comme un traînée de poudre dans la foule qui à la fin crie en coeur: « Il n’a pas d’habit du tout ! » Dans un frisson l’empereur prend conscience de son erreur et de sa tenue d’Adam mais continue néanmoins de défiler, suivi par ses chambellans qui serrent dignement dans leurs mains la traîne inexistante.
Extrait du précis d’hygiène de la première enfance de 1893 :
Emmaillotement : « l’ancien maillot, aussi absurde que barbare (Tarnier), semble avoir été inventé, pour obtenir des résultats précisément contraires à ceux que l’on cherchait. L’enfant y est étroitement serré comme dans un étui trop exigu, et exposé à des déformations plus ou moins sérieuses pour la suite.
Ce maillot est aujourd’hui peu à peu abandonné, pour le plus grand bien de l’humanité. Dans les populations rurales des pays où on le retrouve, il est constitué, soit par une pièce d’étoffe lacée de haut en bas comme dans le Doubs, la Haute-saône, le Jura, la Saône-et-loire, soit par une longue bande en toile ou en laine enroulée autour de l’enfant, comme dans l’Isère, Vauclue, le Puy-de-dôme, la Haute-loire, les Bouches-du-rhône. Tantôt le tronc et les quatre membres sont compris et serrés dans le maillot ; tantôt, et c’est le cas ordinaire, les membres supérieurs sont libres. Ce supplicé pour les jeunes enfants dure le plus ordinairement trois à quatre mois, quelquefois même, dans certains cantons du Rhône (Amplepuis, il se prolonge jusqu’à un an (De Villiers).
L’ancien maillot est, en général, aujourd’hui remplacé en maintes contrées par un autre maillot plus logique dans la classe ouvrière, et par l’habillement à l’anglaise dans la classse aisée.

Le maillot actuel se compose d’une chemisette, d’une brassière, d’une couche et de deux langes.





Saviez-vous que durant l’exposition universelle de 1900, il y eut une section consacrée à l’Hygiène et à l’Assistance Publique?
Cette section est située au premier étage de l’ancienne galerie des machines. L’Angleterre et les Etats-unis font l’éloge de leur salles de bain et de leurs salles d’hôpital ultra-modernes. La section allemande vaut le détour mais il n’est pas expliqué pourquoi tout comme on regrette que les institutions de sourds-muets ne se situent pas au ministère de l’instruction publique pour attirer davantage de foule.
L’enfance assistée fait l’objet d’une retrospective, incluant l’ancienne hospitalisation de l’enfance et l’hospitalisation moderne. Ainsi pouviez-vous visiter un dispensaire dit moderne, vous arrêter devant des vitrines de biberons, de bonnets et de bourrelets de tous les siècles, des imprimés, des règlements, des portraits de grandes figures de l’assistance publique. Y sont également exposés différents modèles de berceaux, vieux de six siècles pour certains, de chevalets supporte-enfants en bas âge dont voici ci-dessous un modèle:

Sont également exposés des soucos (ou brus), sortes de niches en bois dans lesquelles les mères mettent leur bébé lorsqu’elles sont obligées de quitter la maison (en 1900 le pays basque les utilise encore).
Puis le visiteur déambule entre les différents tours d’abandon et admire les mannequins représentant ici une meneuse d’enfants, là une nourrice portant un poupon dans une écharpe. On ne peut qu’être en admiration devant la reconstitution d’un décor d’église sur les marches de laquelle un berceau d’enfant trouvé est installé. Les ecclésiastiques installaient un poupon dedans et réclamaient l’aumône pour les Enfants trouvés.


Le ramasseur d’enfants trouvés est représenté avec sa hotte dans laquelle il peut entasser jusqu’à 5 enfants pour aller les déposer ensuite dans le tour dépositaire.
On apprend que dans l’hospice les enfants dorment sur des planches accolées les unes aux autres et analogues aux planches d’un fruitier.
Une salle d’ancienne maternité du 16ème siècle, tenue par les soeurs du Saint-Esprit, nous indique qu’un seul lit pouvait accueillir 4 malades en même temps. Il existe aussi un grand lit à 8 enfants : 4 en haut, 4 en bas.

S’ensuivent les différents modèles de costumes d’Enfants trouvés puis des vitrines contenant des amulettes et des pierres vivaraises pour conjurer les maladies d’enfants. Il existe même des costumes pour guérir ces maladies. Une gravure marque l’esprit du visiteur, celle du martelage de la rate par le père Chazal (Corrèze). On y voit un enfant maintenu allongé sur une enclume et qui voit au-dessus de lui le forgeron élever son marteau, puis l’abattre sur la partie libre de l’enclume. « la secousse et l’effroi suffisent, parait-il, pour guérir le malade. »
Des costumes d’enfants trouvés sont également exposés, soit dans leur vêture habituelle, soit en costume tel un pupille de la gard ou une fille en costume de carmagnole et bonnet prygien. Ainsi le visiteur se rendait-il compte que ces enfants qui sont élevés avec les impôts des communes sont redevables et fiers de leur nation.

Passons maintenant à l’extrait d’un livre de 1922 intitulé « Auprès du berceau » et écrit par le docteur Antoinette le Conte Boudeville, ancienne interne des hôpitaux de Paris :
Les Vêtements de l’enfant:
L’ensemble des vêtements destinés au nourrisson porte le nom de layette. Le nouveau-né doit être habillé chaudement, même pour séjourner dans une pièce chauffée. Un trousseau de nouveau-né comprend une série de vêtements que nous allons passer en revue:
Concernant le segment supérieur de corps de l’enfant : La chemise, la brassière de laine, la brassière de piqué, la ceinture de flanelle.
Concernant le segment inférieur il existe de méthodes :
1°) La méthode française ou emmaillottement :

« Emmaillotez votre tout petit pendant 2 ou 3 mois s’il naît en plein hiver; rappelez-vous qu’il peut se refroidir aisément. Ne nous en laissez pas imposer par une nurse sévère qui, sous prétexte d’endurcir votre enfant, le ferait au besoin sortir nu par 5° au-dessous de zéro. (…) Emmaillotez même au printemps, et même en été, pendant les deux ou trois premiers mois, l’enfant qui nait débile… » Ici l’enfant débile ne signifie pas déficient mental, mais né très prématurément.
« Par contre, si un gros et solide bébé naît a printemps, adoptez résolument l’habillement à l’anglaiseet laissez libres les petites jambes qui auront tant de plaisir à s’agiter.
2°) L’habillement à l’anglaise
« Dans l’habillement à l’anglaise, les vêtements sont les mêmes pour la partie supérieure du corps. Vous vous servirez encore de la couche de toile et du triangle éponge. Mais le lange de laine est abandonné et remplacé par la couche-culotte, ou couche anglaise. La couche anglaise, en piqué ou en flanelle, forme, lorsqu’elle est boutonnée, une véritable petite culotte. Dans aucun cas elle ne doit être en caoutchouc ; le caoutchouc fait baigner l’enfant dans l’humiditéet peut causer un érythème fessier. Plus pratique est la petite culotte de laine tricottée qui, sans boutons ni crochets, remonte jusque sous les bras. Plus souple que la couche culotte de piqué et de flanelle, elle protège encore mieux l’enfant contre le froid. Dans cet habillement à l’anglaise, les jambes et les pieds libres doivent êtres chaussés de petits bas de laine et de chaussons de laine ou de peau souple. »
S’ensuivent la présentation du corset, de la coiffure et de la pelisse.
Consernant le corset voici se qui s’endit: « On met souvent à l’enfant un petit corset, bande de coutil échancrée sous les bras et portant deux petites épaulettes. Il se ferme à l’aide de deux pattes, l’une passant dans l’autre munie d’une large boutonnière. Les deux pattes viennent se boutonner symétriquement sur les côtés. Ce corset souple est un soutien pour le petit corps et constitue un point d’appui pour placer couche et culotte. Il va sans dire que ce corset ne doit exercer aucune pression.
L’habillement des enfants indigents en Angleterre – Edition de Janvier 1908 du magazine « Progress »:
L’Angleterre a adopté le système américain des tribunaux spéciaux pour enfants, presque sans restriction … A Manchester notamment, sur l’exemple de la « Police-Aided Association » de Liverpool, on vient d’inaugurer un système de secours aux enfants indigents (ayant été traduits pour infractions quelconques aux lois devant le Juge) sous forme de distribution de vêtements. Ne les obtiennent que ceux qui les ont mérités, et les surveillants des enfants donnent de nauvaises notes, qui peuvent aller jusqu’au retrait des vêtements, aux enfants qui n’en ont pas soin. Durant l’année qui vient de s’écouler, 1.107 enfants ont été habillés avec 5.276 vêtements et 996 paires de sabots ou galoches ; la dépense s’est élevée à l’équivalent de 10.189 francs de l’époque.
MuB

