Boucle d'oreille photographiée au Musée de l'AP-HP

Etat des hospices dépositaires d’Enfants trouvés et abandonnés

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Circulaire du Ministre de l’Intérieur aux Préfets, en date du 8 novembre 1841, relativement à la déclaration de naissance des Enfants qui naissent dans les hospices:

Dans cette circulaire on apprend que les administrateurs des hospices ne prennent pas la peine de présenter comme il se doit les enfants qui y naissent à un officier de l’état civil, qu’une simple signature de la mère supérieure sur une déclaration suffit à la rédaction de l’acte de naissance, ou bien que les deux témoins obligatoires ne sont pas présents…

Ce ne sont que quelques exemples des diverses irrégularités commises autour de la déclaration de naissance des Enfants trouvés recueillis dans les hospices mais pas seulement… le Ministre se rend compte qu’un enfant qui naît d’une mère dont l’identité est connue se trouve placé sous l’empire du droit commun car aucune loi est muette à son égard.

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Départements classés de O à S - CLIQUER POUR AGRANDIR
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Circulaire du Ministre de l’Intérieur aux Préfets, en date du 12 janvier 1842, relativement à la substitution, comme marque distinctive, de boucles d’oreille aux colliers:

Si vous avez lu les 56 autres articles liés à l’histoire des Enfants abandonnés alors vous savez pourquoi il a été nécessaire de leur apposer un collier scellé avec une plaque d’étain portant pour empreinte la désignation de l’hospice auquel l’enfant appartient, l’année dans laquelle l’enfant a été exposé et son numéro d’ordre.

Cependant l’apposition de ce collier, lorsqu’elle ne blesse pas l’enfant, cause par la suite des difficultés: on peut l’enlever ou le couper, il peut blesser l’enfant et enfin il le stigmatise vis-à-vis des autres.

D’où l’idée de remplacer ce collier par une ou deux petites boucles d’oreilles en argent, qui se scellent de manière à ne pouvoir se détacher sans être coupées, et qui portent les mêmes indications que les colliers. Plusieurs Préfets font déjà usage de ces boucles d’oreilles sur les enfants trouvés et en sont très satisfaits. Idem pour les inspecteurs généraux des établissements de bienfaisance.

En outre, les boucles d’oreilles ne sont pas plus chères que les colliers et en plus elles ont une valeur marchande réelle ce qui permet d’en retenir le prix sur la paie des nourrices lorsque celles-ci ne les rendent pas à l’hôpital. Le ministre décide également d’abaisser à 6 ans l’âge jusque auquel les enfants doivent porter les boucles d’oreille et non plus 12. En effet à cet âge-là les enfants savent parler et donc eux-mêmes s’identifier !

Départements classés de S à Y - CLIQUER POUR AGRANDIR
Départements classés de S à Y – CLIQUER POUR AGRANDIR

Décision du Ministre de l’Intérieur, en date du 18 janvier 1843, au sujet d’Enfants trouvés âgés de plus de 12 ans, provenant d’anciens hospices dépositaires supprimés:

Peut-être faudrait-il rajouter au titre de cette circulaire « les enfants de plus de 12 ans qui souffrent d’infirmités »qui les empêchent d’être placés en apprentissage ». 

Voici la situation en 1843: Dans la plupart des départements, les hospices dépositaires sont fermés ou transformés en hospices ordinaires. Du coup, les enfants de plus de douze ans qui ne touchent plus d’allocation et qui ne peuvent pas être placés en apprentissage à cause de leurs infirmités deviennent une charge. Les hospices ordinaires acceptent les enfants infirmes, mais uniquement ceux appartenant à leurs communes.

Il est donc décidé de centraliser tous les enfants trouvés et abandonnés dans l’unique hospice dépositaire du département qui lui seul touchera de la part du Conseil Général les aides financières nécessaires.

Circulaire du Ministre de l’Intérieur aux Préfets, en date du 12 mars 1843, relative à l’envoi de modèles de boucles d’oreilles destinées à constater l’identité de Enfants trouvés et abandonnés:

Boucle d'oreille photographiée au Musée de l'AP-HP
Boucle d’oreille photographiée au Musée de l’AP-HP

Extrait visible dans sa totalité sur le site Gallica:

Monsieur le Préfet, je vous ai invité, par ma circulaire du 12 janvier 1842, à faire substituer aux colliers … de petites boucles d’oreilles en argent. Cette substitution a eu lieu dans presque tous les départements, et l’expérience a justifié les avantages que l’Administration en attendait.

Je suis informé, toutefois, que les boucles d’oreilles employées à cet usage n’ont pas été partout confectionnées avec autant de soin qu’elles auraient pu l’être. Dans quelques départements, ces boucles ne sont pas en argent fin; elles s’oxydent et occasionnent du mal aux oreilles des Enfants. Dans d’autres, elles n’ont pas été fabriquées de manière à s’ouvrir facilement et à être passées aux oreilles sans difficultés et sans douleur.

Des plaintes assez nombreuses m’ont été adressées aussi sur ce que ces boucles d’oreilles, au lieu d’être arrondies, sont plates et tranchantes; sur ce qu’elles présentent des difficultés pour le poinçonnage des indications et des numéros qu’elles doivent porter; sur ce que souvent elles ne sont point assez fortes pour résister à ces opérations, d’où résultent des déchets considérables. Enfin, j’ai remarqué que le prix en varie selon les localités; que nulle part, malgré leurs imperfections, dont je ne signale ici que quelques-unes, elles n’ont été payées moins de 60 centimes la paire, et que dans plusieurs départements elles ont été payées plus cher.

Ces diverses considérations m’ont déterminé à me faire présenter par le Sieur Bordier, orfèvre de Paris, chargé déjà de cette fourniture par plusieurs de vos collègues, des modèles de boucles d’oreilles … mieux appropriées. 

Elles se recommandent par divers avantages: par leur forme, leur flexibilité, leur force et le titre de l’argent. Le fabricant y fait graver d’avance les indications et les numéros qu’elles doivent porter: ce qui dispense de l’opération, onéreuse et assez difficile, du poinçonnage dans chaque hospice; il s’engage à les reprendre, soit neuves, soit même lorsqu’elles ont servi; et les départements sont ainsi assurés d’en retirer toujours un prix déterminé. … le prix peut en être retenu aux nourrices, sans qu’aucune contestation soit susceptible de s’élever à cet égard, si ces nourrices ne les remettent pas à l’hospice lorsque l’Enfant doit cesser de les porter ou lorsqu’il vient à décéder.Enfin, le sieur Bordier s’est engagé à livrer ces boucles d’oreilles au prix réduit de 58 centimes la paire.

D’après ces divers avantages, j’ai cru qu’il serait utile d’accréditer M.Bordier auprès de MM. les Préfets pour la fourniture dont il s’agit … Si cependant vous jugiez préférable de choisir un autre fabricant, vous ne devriez pas dépasser le même prix de 58 centimes; les boucles d’oreilles devraient toujours être entièrement conformes aux modèles que je vous transmet … Vous auriez, en outre, à en soumettre à mon examen deux paires, l’une de celles pour les garçons, l’autre de celles pour les filles; et je vous autoriserais, selon qu’il y aurait lieu, à en faire l’acquisition et à en payer le prix.

Dans quelques départements, il n’a été jusqu’à présent mis à chaque Enfant qu’une seule boucle; il convient d’en mettre une à chaque oreille. D’autre part, l’apposition d’un double signe offre, surtout en cas d’accident, une garantie plus sûre de l’identité des Enfants; et, d’autre part, il y aurait quelque chose d’insolite, et par suite, de choquant, à ne faire porter à ces infortunés qu’une seule boucle d’oreille. La dépense n’est pas, d’ailleurs, assez considérable pour qu’elle puisse être un obstacle …

Notice du sieur Bordier sur les boucles d’oreilles fabriquées pour le service des Enfants trouvés:

Les boucles d’oreilles que je fabrique sont exactement conformes aux deux modèles ci-joints, l’un pour les garçons, l’autre pour les filles … Ces boucles d’oreilles sont en argent au premier titre, de manière à rendre toute oxydation impossible. Chaque paire a le poids d’un gramme au moins.

Je m’engage à les poinçonner d’une série de numéros, de 1 à 1.000, ou de 1 à 10.000, ainsi que des lettres initiales de chaque département ou de chaque hospice, ou des indications analogues qui me seraient demandées, comme le millésime de l’année: le tout sans augmentation de prix.

Enfin, je m’engage à reprendre ces boucles d’oreilles, lorsqu’elles me seront renvoyées, savoir: celles qui n’auront pas servi, au prix de vente ci-dessus, de 0 fr 58 c la paire, et celles qui auront servi, au prix de 0 fr 204 (20 c et 4 centièmes) le gramme.

Poinçonnage des boucles d’oreilles

… Cependant, à MM. les administrateurs qui préfèrent faire poinçonner eux-mêmes ces boucles d’oreilles au moment de leur emploi, je fournis un assortiment de 10 pinces, en acier trempé, portant chacune un chiffre… Le prix de ces 10 pinces est de 50 fr, ou de 5 fr par pince.

Manière de placer les boucles d’oreilles

Les oreilles des enfants doivent être percées avec un perce-oreille spécial, en or pur: ce perce-oreille, que je fournis au prix de 5 fr, est creux; il porte, à l’extrémité supérieure, un petit trou dont l’usage va être expliqué. Lorsqu’on a percé l’oreille de l’Enfant, avant de retirer le perce-oreille, on adapte à l’extrémité du tube qui le termine l’extrémité de l’agrafe de la boucle d’oreille; cette agrafe s’y fixe dans le petit trou dont il vient d’être parlé. On retire doucement alors le perce-oreille, qui ramène et passe la boucle d’oreille, sans aucune douleur et même sans que l’Enfant s’en aperçoive. On ferme la boucle d’oreille ainsi passée, en faisant entrer la petite agrafe que présente l’une de ses extrémités, dans la porte que présente l’autre extrémité. On presse alors sur l’extrémité de cette agrafe qui dépasse, au moyen d’une petite pince, et cette extrémité, ainsi écrasée, ferme la boucle d’oreille de manière qu’on ne saurait plus l’ouvrir sans la briser.

Avantages de ces boucles d’oreilles sur toutes les autres

Toutes les boucles d’oreilles fabriquées jusqu’à présent pour les Enfants des hospices ont dû être poinçonnées dans ces établissements et par leurs employés. Ce poinçonnage était long, compliqué, difficile et mal exécuté. Les chiffres étaient souvent placés les uns sur les autres; ils étaient difficiles à lire.

Les boucles d’oreilles étant plates et très-minces, la pression des poinçons portant chaque chiffre avait très-souvent pour effet de les déformer et même de les briser. De nombreuses plaintes se sont élevées à ce sujet.

Aucun de ces inconvénients n’a lieu avec les boucles d’oreilles que je fabrique…

Les boucles d’oreilles vendues par beaucoup de fournisseurs souvent n’étaient pas en argent tout à fait fin et sans alliage; il en résultait qu’elles s’oxydaient et faisaient venir du  mal aux oreilles des Enfants…

Les anciennes boucles d’oreilles étaient plates, … tranchantes, très-peu flexibles, difficiles à ouvrir, et par suite difficiles à passer aux oreilles des Enfants, sans les blesser…

Les anciennes boucles d’oreilles étaient tranchantes: s’il arrivait aux Enfants, soit dans le 1er âge, soit même plus tard, de tirer sur ces boucles d’oreilles ou de s’accrocher par là à quelque autre objet, elles leur faisaient mal aux oreilles et pouvaient les couper…

Les boucles d’oreilles des autres fournisseurs sont si légères, que, lorsqu’elles sont détériorées, brisées ou retirées des oreilles des Enfants, elles n’ont plus aucune valeur. Le poinçonnage en faisait perdre un assez grand nombre…

Enfin, les boucles d’oreilles fournies jusqu’ici se sont toujours vendues 60 fr le cent, et je livre les miennes, malgré leur supériorité, à 58 fr. Les frais de transport sont à la charge des acheteurs.

MuB


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