La prière des enfants trouvés (musée de l'AP-HP)

Enfant légitime de Lyon

Permalien: Gallica

Pourquoi « Enfant légitime de Lyon » ?

L’Hôtel-Dieu de Lyon vient en aide aux « pauvres femmes de la ville » pour aider à la nourriture de leurs enfants, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de 15 mois. Ces secours consistent en une somme d’argent donnée chaque mois et variant selon les nécessités. L’Hôpital fourni également un trousseau aux enfants les plus pauvres. Pour ce faire il faut que la mère s’adresse au recteur de l’Hôpital chargé du quartier où elle réside. Elle doit fournir l’extrait baptistaire de son enfant pour justifier qu’il est légitime.

Le recteur de son côté va vérifier cette légitimité qui lorsqu’elle sera reconnue permettra à l’enfant d’être marqué avec le numéro imprimé sur une médaille de plomb, sur le revers de laquelle sont gravées les armes de l’Hôtel-Dieu, avec ces mots: Enfant légitime de Lyon. Cette médaille doit être attachée au cou de l’enfant avec un cordon de soie, de manière que l’on ne puisse la retirer qu’en coupant le cordon.

Les recteurs chargés de la distribution se répartissent sur cinq quartiers de la ville: le quartier de Bon-Rencontre, de la Grande-Côte et du Griffon, de Saint-Georges, de la Grand-Rue et du quartier de Bourg-Neuf. Pour la petite anecdote: sur le registre tenu par un recteur et outre les informations essentielles communes à celles de Paris, on remarque qu’il note le surnom en plus du nom de l’enfant.

Le frère chargé de la réception desdits enfants à l’Hôpital tient également un second registre dédié aux enfants exposés indiquant le lieu d’exposition, l’âge des enfants autant qu’il est possible de les reconnaître, la description des vêtements …

Colliers d'abandon remis aux enfants à leur arrivée à l'hôpital des enfants trouvés
Colliers d’abandon remis aux enfants à leur arrivée à l’hôpital des enfants trouvés (musée de ‘AP-HP)

Concernant les soins dont cette fois-ci c’est une soeur qui a la charge, ils ne diffèrent pas tellement de ceux des enfants parisiens. Ils sont également envoyés en nourrice jusqu’à leur six ans. Puis ce n’est plus l’Hôtel-Dieu mais l’Hôpital de la Charité qui les élève. Outre les soins basiques la soeur doit prendre soin de les instruire des principes de la religion, autant que leur âge peut le permettre; elle doit veiller que l’ecclésiastique qui est chargé de leur faire le cathéchisme 3 fois par semaine … s’en acquitte avec exactitude; et, supposé qu’il vînt à y manquer, elle est obligée d’en informer l’économe: elle doit, pendant le cours de la journée, leur faire faire différentes prières, et autres exercices de piété convenables à la portée de leur âge.

La prière des enfants trouvés (musée de l'AP-HP)
La prière – salle d’asile Cochin à Paris (musée de l’AP-HP) Cliquez sur l’image pour l’agrandir !
Leçon de lecture des enfants trouvés (musée de l'AP-HP)
Leçon de lecture – Salle d’asile Cochin à Paris (musée de l’AP-HP) Cliquez sur l’image pour l’agrandir !
Gravure représentant l'entrée des enfants trouvés dans la salle d'asile (musée de l'AP-HP)
Gravure représentant l’entrée des enfants dans la salle d’asile Cochin (musée de l’AP-HP) A noter que la salle d’asile est l’ancêtre de l’école maternelle. Cliquez sur l’image pour l’agrandir !

Elle doit, chaque semaine, lorsque le temps et la saison le permettent, les envoyer une fois ou deux à la promenade, accompagnés du nombre de soeurs nécessaires pour veiller sur leur conduite; dès qu’elle s’aperçoit ou qu’elle est informée que quelques-uns sont malades, elle doit les faire transporter dans l’infirmerie destinée pour les enfants, dans laquelle l’on doit toujours faire coucher une soeur, pour qu’elle soit en état de pourvoir plus promptement à tous leurs besoins. Le médecin doit les visiter chaque jour comme les autres malades de la maison.

Elle doit prendre soin de faire observer pour les heures de leur lever et de leur coucher, de même que pour celles de leurs repas, et pour la manière de les nourrir et de les habiller, les dispositions du règlement particulier de l’intérieur de la maison, qui les concernent.

A Lyon aussi nous avons des lettres patentes, mais dictées par S.A.S (« son altesse sérénissime ») monseigneur le Prince de Dombes en faveur des deux Hôpitaux prenant en charge les enfants trouvés. En ce mois d’octobre 1756 par exemple il les exempt de tous droits de péage par eau et par terre.

Hôpital Général de la Charité de Lyon:

Extraits des Statuts et Règlements de l’Hôpital général de la Charité et aumône générale de Lyon, concernant les enfants trouvés

Chapitre 22. Observations pour MM. les Recteurs chargés de la direction des bâtards et des bâtardes.

Vous êtes curieux des qualificatifs donnés aux parents de ces-dits bâtards ? Eh bien rendez-vous sur le site Gallica ou cliquez sur le lien « Travaux de la commission des enfants trouvés… » situé sur la page d’accueil de ce blog. C’est étonnant la force des mots que l’on peut employer pour décrier une situation donnée. Ces enfants vont être cathéchisés à outrance pour les laver du pêcher de leurs parents.

L’Hôpital tient absolument à les dissocier des autres enfants séjournant en son sein, notamment des enfants délaissés et abandonnés. Les modes d’apprentissage, d’accueil dans des familles ou chez des artisans des environs ne diffère pas de Paris. Les recteurs assistent beaucoup à des actes de maltraitance ou à un détournement des conditions d’accueil desdits enfants mais pour la plupart ils sont bien traités et tissent des liens indéfectibles avec leur maîtres d’apprentissage ou leur famille d’accueil.

Pour anecdote, il arrivait que ces familles aient honte du cordon que portaient les enfants autour du cou et qui les stigmatisaient. Du coup il était parfois accordé qu’on le leur retire sous certaines conditions. Par contre les enfants infirmes ou estropiés ne pouvaient déroger à la règle, à quelque âge qu’ils soient.

Les mariages, adoptions et autres actes notariaux se font comme à Paris avec le consentement des recteurs de l’Hôpital de la Charité. Par exemple pour le mariage ils vérifient que l’autre époux ou épouse soit de bonnes moeurs ou ait un bon métier.

Chapitre 23. Observations pour MM. les Recteurs chargés de la direction des Enfants délaissés et abandonnés, appelés petits-passants ou petites-passantes.

… Il était dangereux de mettre dans la même classe de ceux qui ne doivent le jour qu’au crime, ou dont l’origine est ignorée (là cher ami lecteur il est fait allusion aux bâtards et aux bâtardes… mon Dieu quelle tristesse !), des enfants que leurs pères sont contraints d’abandonner, dans l’espérance que des temps plus heureux feront renaître cette tendresse qu’ils étouffent; tel a été l’objet de cette différence: la légitimité de ces victimes de l’infortune se trouve par-là déterminée, mais les abus, trop communs dans ce genre, exigent tous les soins des recteurs pour les prévenir.

Les communautés des Petits-Passants et Petites-Passantes, doivent donc être uniquement composées des enfants qu’on amène chaque année de l’Hôtel-Dieu, en même temps que les bâtards et bâtardes, sous la dénomination d’Enfants délaissés et abandonnés; ce qui fait un chapitre particulier dans le registre …

Si vous souhaitez connaître le sort réservé aux petits-passants et petites-passantes rendez-vous sur le site Gallica ! J’ai hésité à le retranscrire ici sur ce blog mais en même temps il est nécessaire de laisser aux lecteurs le soin d’entreprendre leurs propres recherches qui seront ici exhaussées au-delà de leurs espérances !

A bientôt pour un prochain article de la catégorie Histoire !

MuB


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