Jacques NECKER

Les Enfants Trouvés de 1790 à 1811

Permalien: Gallica

Petit état des lieux par Necker extrait du tome 3 de l’administration des finances de la France:

Jacques NECKER
Jacques NECKER – Financier et homme politique du XVIIIème siècle

En 1784, Necker évalue le nombre des enfants trouvés à 40.000, dont le plus grand nombre est mis en pension dans les campagnes.

Selon lui, les hôpitaux pour enfants trouvés sont les lieux de toute l’assistance publique regroupant le plus d’inconvénients car la population s’en désintéresse et son nombre grossit constamment. Il rappelles les conditions de voyage atroces que subissaient chaque année 2.000 enfants que l’on remontait à Paris. Neuf sur dix mourraient durant le trajet ou peu de temps après, d’où l’interdiction de ces transports cruels et la création de plusieurs hôpitaux pour enfants trouvés mieux répartis sur tout le royaume. Ceci permit que le trajet fut moins long pour ces innocents qui survécurent en plus grand nombre. Necker tient compte, comme il l’avait prévu, de cette augmentation des enfants trouvés et voici ce qu’il propose:

« Je ne saurais recommander … de suivre un usage reconnu aujourd’hui pour le meilleur, c’est de faire nourrir ces enfants dans les campagnes; les lieux où on les réunit en trop grand nombre deviennent de véritables tombeaux, et par l’insuffisance d’une tutelle trop étendue, et par les dangereux effets de la corruption de l’air.

En considérant tout ce que je viens de développer sur l’accroissement successif du nombre des enfants trouvés, je ne puis m’empêcher d’inviter les curés et tous les ministres de l’église à redoubler de zèle pour détourner, par leurs instructions, de ces crimes secrets contre lesquels les lois ont si peu de pouvoir … Philosophes de notre siècle, contentez-vous d’avoir concouru à dégager la religion des préjugés d’une dure intolérance, vous aurez un grand tort si vous voulez davantage, laissez, laissez aux hommes, et le frein le plus salutaire, et la plus consolante des pensées (il fait ici allusion à la foi).

Extrait du compte rendu à la Convention nationale par le ministre de l’intérieur, de toutes les parties de son département, de ses vues d’amélioration et de prospérité publique (6 janvier de l’an II de la République française):

Enfants de la patrie

Les maisons des vieillards et des infirmes pourraient, sans inconvénient, se charger des Enfants trouvés, ainsi que cela s’est pratiqué jusqu’à présent.

Voici comment commence l’extrait visible sur le site Gallica. Pour la suite rien ne change vraiment de ce que je vous ai fourni jusqu’à présent. Le ministre souhaite continuer de voir évoluer les enfants trouvés dans les campagnes jusqu’à leur six ans, âge auquel ils rentreraient dans la maison nationale. En fait c’est l’âge à partir duquel ils peuvent s’intéresser aux études mais surtout à l’apprentissage de métiers. D’ailleurs les enfants de citoyens sans fortune sont invités à rejoindre dans ces établissements les enfants trouvés, mais également les valides sans travail. Pour se faire il est nécessaire selon lui d’étendre et de durcir les règlements: « Le vice des administrations actuelles provient, en grande partie, du vice des règlements: on a cru que l’humanité et l’honneur suffisaient pour remplir ces grands devoirs, et l’on s’est trompé; on peut même dire qu’il n’existe réellement pas des administrations d’hôpitaux.

Nous avons, à la vérité, des notables, des marguilliers, des fonctionnaires publics qui administrent et surveillent ces maisons de secours; mais, chargés de bien d’autres choses, ils ne peuvent que partager leurs soins et leur vigilance entre les fonctions doubles, et ne sauraient être rigoureusement responsables des irrégularités et des fautes commises dans une administration secondaire dont ils ne paraissent chargés que par un excès d’humanité et de ferveur.

C’est avec ce confiant abandon au zèle, sans responsabilité des administrateurs, que les hôpitaux des plus grandes villes ont reçu des secousses qui en ont presque opéré la ruine. Je ne citerai pour exemple que Lyon; l’administration des maisons des malades et des pauvres de cette ville était confiée à des citoyens qui en faisaient le passage pour arriver à des places qui donnaient la noblesse. Une générosité d’appareil donnait le plus grand éclat à cette orgueilleuse administration: la méfiance ni le soupçon n’abordaient jamais ces coopérateurs privilégiés; les plus grands intérêt se traitaient de confiance. Qu’en est-il résulté ? Ces maisons autrefois opulentes, n’existeraient plus sans des contributions très-fortes, et des secours extraordinaires du Gouvernement et des citoyens.

Il ne peut donc pas exister de bons administrateurs d’hôpitaux sans une responsabilité imposante et sévère… »


Un peu plus loin le ministre évoque les « secours domiciliaires » à qui il donne l’entière liberté « afin qu’en même temps le Gouvernement ne puisse, en aucune manière, s’en servir pour éluder sa responsabilité, et qu’il n’intervienne sous aucune forme , pas même par l’encouragement, dans ces secours domiciliaires: il ne doit gouverner que ce qu’il peut gouverner. »

Vient ensuite les questions d’argent, qui ont toujours été au centre de l’histoire des enfants trouvés. Le ministre souligne l’inégalité entre les départements riches et les départements pauvres. On apprend également que l’année précédente la dépense des Enfants trouvés, totalement à la charge de l’état, a coûté environ 3.000.000. Le ministre propose d’ajouter la sommes des dépenses aux indigents (vieillards, infirmes et enfants trouvés qui représente la coquette somme de 51.000.000) aux impôts déjà existant sous la forme d’une taxe: la taxe des pauvres. Ainsi les départements aisés viendraient au secours des départements moins favorisés. Le ministre Roland conclue sur la somme non négligeable que rapporterait la vente d’une grande partie des biens des hôpitaux qui permettrait de recouvrir leurs dettes voir de majorer un bénéfice non négligeable pour la nation.


Arrêté du 28 janvier 1801 du ministre de l’intérieur (Chaptal) sur le placement en apprentissage des enfants:

Le nombre des enfants trouvés s’élève à plus de 60.000

La plupart d’entre eux se destine à l’apprentissage, aux métiers de la manufacture et de l’artisanat. L’écrit reconnait qu’il s’agit là d’une main d’oeuvre docile mais surtout très économique pour les manufactures. Malgré la vigilance des tuteurs ces enfants ne sont pas à l’abri d’être exploités voire maltraités.

Trois ans plus tard, dans une autre circulaire, ce ministre dénonce les abus existants dans les admissions. Les enfants trouvés sont au nombre de 63.000. Leur augmentation vient selon lui de la « dépravation des moeurs » ainsi que d’autre causes qu’il faut rechercher et détruire:

1°) Les enfants trouvés dont les parents étaient connus et mariés

2°) Les enfants issus de parents indigents ou infirmes

3°) Les enfants des artisans que l’ambition ou le besoin éloignait du lieu de leur domicile

4°) Les enfants des défenseurs de la patrie, pour indemniser les mères des secours que la nation leur avait promis

5°) Des enfants morts dont on s’était servi pour constituer de faux certificats et ainsi toucher un salaire qui n’était plus dû.

6°) L’inscription d’enfants par leur propres mères sur les listes des abandonnés, ces dernières endossant ensuite le rôle de nourrice afin de les élever et « d’usurper la rétribution qu’on leur accorde ».

Tous ces vices, nés du désordre ou de l’immoralité, doivent être sévèrement réprimés. … Ainsi, vous prescrirez aux administrateurs de ne conserver à la charge de la nation que les Enfants de parents inconnus; seuls il sont des droits aux secours du Gouvernement; la bienfaisance des administrations locales doit prendre soin de tous les autres.

Vient ensuite le tour des nourrices: celles-ci sont trop payées, il faut baisser leurs salaires mais pas au point que cela porte préjudice aux enfants qui leur sont confiés. Certaines sont des « mercenaires » spéculant sur les enfants. Il est donc nécessaire de les confondre.

A bientôt, pour un nouvel article de l’Histoire des Enfants trouvés

MuB


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