L'Hôpital Général de Lyon

L’hôpital général de Notre-Dame-de-Pitié de Lyon et Grand Hôtel-Dieu de Lyon

Nous revoici plongés dans les méandres de l’aide à l’enfance (terme que j’emprunte à St Vincent de Paul). Sauf que cette fois-ci l’histoire se situe au bord du Rhône, dans la belle ville de Lyon si chère à JE Valentin-Smith.

Permalien: Gallica

L'Hôpital Général de Lyon
L’Hôpital Généralde Lyon

Ce qui me frappe le plus dans l’extrait qu’il nous livre des statuts et règlements généraux des deux établissements cités en titre de cet article, c’est le naturel avec lequel le terme « enfant bâtard » est employé. Lisez donc:

Chapitre XIV

Du recteur qui est chargé du soin des enfants orphelins et abandonnés, de ceux qui ont été exposés, des enfants bâtards et des nourrices.

« L’Hôpital reçoit tous les enfants légitimes de pauvres habitants de la ville, dont les pères et mères sont décédés, et qui sont au-dessous de l’âge de 7 ans; l’Hôpital les adopte, et il prend soin de leur éducation jusqu’au temps auquel ils doivent passer dans l’Hôpital de la Charité, qui est l’âge de six et sept mois accomplis, suivant les règlements faits entre les deux hôpitaux. »

Si vous avez l’habitude de lire les articles de la catégorie « Histoire » de ce blog, alors vous êtes en droit de comparer l’Hôpital-général et l’Hôpital de la charité de Lyon à l’Hôpital-général et l’Hôpital des Enfants-trouvés de Paris. D’ailleurs ils sont autant rigoureux sur les papiers à fournir (extraits baptistaires, extraits mortuaires, acte de bénédiction nuptiale…) pour accueillir les enfants orphelins.

Hôpital de la Charité de Lyon
Hôpital de la Charité de Lyon

 » Les enfants abandonnés ou délaissés, c’est-à-dire ceux dont les pères et mères se sont absentés, sont aussi reçus dans l’hôpital s’ils sont au-dessous de l’âge de 7 ans… »                   Je vous épargne les documents nécessaires à justifier l’absence des parents.

« Les enfants qui sont exposés dans l’enceinte de la ville sont pareillement reçus dans l’Hôpital, lorsqu’après une exacte recherche l’on n’aura pu parvenir à découvrir ceux à qui ils appartiennent. Quant aux enfants exposés à la campagne, les seigneurs des lieux étant obligés de pourvoir à la dépense de leur nourriture et entretien … l’on ne les reçoit point si les seigneur ne contribuent à cette dépense. Les enfants exposés dans les faubourgs de la Guillotière et de la Croix-Rousse sont reçus sur un billet d’invitation de la part de M. le prévôt des marchands, qui doit être demandé par les officiers des lieux, et apporté avec l’enfant. »

Je fais l’impasse sur l’inscription des enfants exposés sur les registres de l’Hôpital car très similaire aux coutumes parisiennes.

« Lorsque le recteur chargé du soin des Enfants est informé qu’il y a quelque fille enceinte, soit dans la ville ou dans les lieux circonvoisins, il doit la faire arrêter avec tous les ménagements que la prudence peut lui suggérer, pour tâcher de découvrir celui des faits duquel elle est enceinte, afin de l’obliger à contribuer à la nourriture de l’Enfant, qui, sans cette précaution, est presque toujours exposé et souvent même en danger de perdre le jour aussitôt qu’il l’a reçu. »

« Tous les Enfants qui sont reçus dans l’Hôpital, soit comme adoptifs, exposés, abandonnés ou bâtards, doivent être marqués au moment de leur réception, d’un numéro différent, par l’un des frères de la maison qui est chargé de ce soin: ces numéros, avec les armes de l’Hôtel-Dieu, sont gravés sur une médaille de plomb qui doit être attachée au cou de l’enfant avec un cordon de soie bleue, de manière que l’on puisse enlever la médaille sans rompre le cordon. Les numéros destinés à marquer ces enfants sont depuis numéro 1 jusqu’à numéro 8000. Lorsqu’ils sont remplis, l’on doit toujours recommencer par le premier numéro. Les coins et marques qui servent à imprimer ces différents numéros sont déposés dans le bureau particulier, dans lequel on fait le payement des nourrices. »

Vous avez remarqué ? Ce sont ici des frères et non des soeurs qui dirigent l’Hôpital. Ensuite bien courageux celui qui cherche à découvrir la paternité du futur enfant à naître de chacune de ces jeunes-filles un peu perdues. Mais reprenons:

« Les Enfants reçus dans l’Hôpital sont envoyés à la campagne pour y être nourris jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge auquel ils doivent passer dans la maison de la Charité, ou au moins jusqu’à celui de 6 ans. Il est d’usage de les envoyer de préférence dans les villages qui sont situés dans les montagnes du Lyonnais, Forez et Beaujolais, à cause de la salubrité de l’air et de l’abondance des denrées nécessaires à la vie. »


« L’on ne doit donner aucun Enfant à nourrir, que la soeur qui a soin des accouchements n’ait examiné si les femmes qui se présentent sont en état de les bien nourrir, et si elles ne rapportent une attestation du curé de leur paroisse sur la régularité de leurs moeurs. On leur donne pour chaque enfant à la mamelle:

– un berceau

– 3 langes de cordillat

– 6 drapeaux qui doivent être faits avec des draps qui aient déjà servi, pour qu’ils soient moins rudes

– 2 bandes

– 2 béguins et 1 bonnet de laine

Six mois après que l’Enfant leur a été remis, on leur donne:

– une aune et demie de toile neuve de 2/3 de largeur

Si l’enfant vient à mourir chez ceux auxquels il avait été remis, ils doivent rendre les nippes et hardes qu’ils avaient reçues dans l’état où elles se trouvent, avec le numéro qui avait été attaché au cou de l’Enfant et rapporter un certificat du curé des lieux, du jour du décès, pour qu’ils puissent être payés de la nourriture qu’ils lui ont fourni jusqu’alors. »

Quoi d’autre d’intéressant ? Les nourrices sont payées tous les vendredis. Parmi les preuves à fournir de la bonne santé de l’enfant le curé doit fournir un certificat où il reconnait que le cordon auquel le numéro servant à désigner l’Enfant avait été attaché, n’est point rompu.

« Lorsque le nourricier a gardé les Enfants pendant une année, ou qu’ils ont déjà atteint cet âge, lorsqu’on les donne à nourrir, l’on fournit pour chaque Enfant:

– une robe de drap bleu

une paire de bas de laine

– un bonnet de laine

– une paire de souliers

– une aune et demie de toile neuve de 2/3 de largeur

A un an et demi, l’on donne encore:

– une aune et demie de toile de la même largeur

A deux ans, l’on donne de même:

– une robe

– des bas de laine

– des souliers

– un bonnet de laine

– deux aunes de toile

A l’âge de trois ans l’on donne:

– une robe

– des bas

– des souliers

– un bonnet

– deux aunes et demie de toile

Lorsque l’enfant est parvenu à l’âge de 3 ans et demi, l’on lui donne encore:

– deux aunes et demie de toile

Lorsqu’il a atteint celui de 4 ans, on lui donne:

– une robe

– des bas

– des souliers

– un bonnet

– 4 aunes de toile

Enfin, lorsqu’il est parvenu à l’âge de 5 ans et demi, on lui donne pareillement:

– une robe

– des bas

– des souliers

– un bonnet

– 4 aunes de toile

Ce qui doit suffire pour son entretien jusqu’au temps où il est ramené à l’Hôtel-Dieu. …

Il est d’usage d’employer pour les robes, de même que pour les corsets des Enfants, du cordillat étroit de Saint-Genis: la quantité qui en doit être employée est déterminée par leur âge; savoir celle de 7 sixièmes pour chaque corset d’Enfant; une aune et un quart pour celle des enfants de 2 ans; une aune et tiers de cordillat de Saint-Genis, large, pour celle des Enfants de 3 ans; une aune et demie du même cordillat large, pour celle des enfants de 4 ans; et, pour celle des Enfants qui ont atteint la sixième année, une aune et 2 tiers du même cordillat. »

Les enfants placés à la campagne sont visités une fois par an et soit le recteur soit un frère de la maison vérifie qu’ils sont bien entretenus et élevés. Ils sont également très vigilants quant à l’usage des hardes et nippes – à savoir s’ils n’ont pas été donnés à d’autres – et si le cordon auquel est attaché le numéro de l’enfant est en bon état. Si ce cordon est abimé le frère le change…. en vérifiant toutefois qu’il ne s’agisse pas d’une imposture et que l’enfant à qui il change le cordon est bien le bon. Les visites se font le plus souvent l’été.

Si un enfant placé décède à la campagne, la conduite à tenir est identique à celle de Paris.

Lorsque les enfants approchent de l’âge où il doivent passer dans la maison de la Charité, ils sont retirés de la campagne. De nouveau une très grande attention est apportée au médaillon de chaque enfant.

Le 1er jeudi après le dimanche de Quasimodo, l’avocat de la Charité et le recteur drapier se rendent à l’Hôtel-Dieu pour y faire la vérification et l’inscription de chaque enfant. Le dimanche suivant, les enfants désignés pour rejoindre la Charité quittent l’Hôpital Général.

Qu’est-ce que le dimanche de Quasimodo ?

Non, cela n’a rien à voir avec le personnage de V.Hugo dans son roman « Notre-Dame de Paris ».

Il s’agit ici du dimanche qui suit la fête de Pâques. L’expression date du XVIème siècle et désigne ce dimanche dans le langage populaire.

Quasi modo… sont les deux premiers mots de l’introït de la messe du dimanche après Pâques.

Vous devinez soudain comme moi que cette date n’a pas été choisie par hasard dans cette ville très pieuse.

« L’entrée des appartements des nourrices et des enfants doit être fermée à toutes sortes de personnes: les chirurgiens et les domestiques ne doivent y aller, pour quelque cause que ce soit, sans la permission du recteur chargé de l& direction de cette partie, ou, en son absence, sans celle de l’économe; et au cas qu’ils fussent entrés dans cet appartement sans cette permission, ils doivent être mis hors de la maison au bureau le plus prochain. »

La moindre visite d’un médecin ou d’un chirurgien se fait toujours accompagnée d’une voire deux soeurs. Les domestiques quant à eux ne dépassent même pas le vestibule. Une cloche est sonnée pour avertir quelconque visite.

« Comme il est très important pour le bien de la maison, que plusieurs des filles qui se sont consacrées au service des pauvres acquièrent les connaissances et l’expérience qu’exige l’art des accouchements, et qu’il est en même temps essentiel que cet emploi, qui demande autant de capacité que de zèle à en replir les devoirs, ne soit confié qu’à des soeurs reçues dans la maison, et dont la conduite ait été éprouvée depuis longtemps, il convient, pour remplir cet objet, qu’il y ait toujours dans cet emploi 3 soeurs au moins… »

Modèle des certificats des curés
Modèle des certificats des curés

A bientôt pour un prochain article de la catégorie « Histoire » !

MuB


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