L'hôpital général de Paris au XVII siècle

Règlements de l’hôpital-général de Paris

Nous y voici, au coeur de l’hôpital-général de Paris. Nous allons parcourir ensemble les règlements qui se sont succédés au sein de l’ancêtre de l’AP-HP.

Permalien du document: Gallica

Et pour commencer rendons-nous au palais archiépiscopal à la date du 21 juillet 1703:

Aïe, ça y’est, je vois d’ici les yeux ahuris des nouveaux lecteurs qui ne comprennent pas pourquoi on mélange religion et hôpital-général de Paris. Je vais donc reprendre mes précédents articles pour vous faire un bref résumé:

Le mieux est de se référer au bon vieux site de son descendant direct j’ai nommé l’AP-HP qui nous informe que l’hôpital-général a été créé en 1656 sous Louis XIV, qu’il regroupait à l’époque la Salpêtrière, Bicêtre, la Pitié, Scipion et Chaillot pour ensuite être agrandit notamment grâce aux divers hospices des enfants trouvés.

L’hôpital-général a donc été fondé par un roi ensoleillé mais doit son autorité au gouvernement civil et à l’église.Parmi eux l’archevêque de Paris, le procureur général du Parlement, le lieutenant de Police et le prévôt des marchands. 

Et là vous allez me dire pourquoi y’a t-il la police ? Eh bien parce qu’à l’époque la pitié est plus un lieu d’enfermement (oui oui, une prison) qu’un lieu de soins.

Bon, retour au règlement ! Il est question des soeurs de la charité qui doivent visiter les enfants en province chez les nourrices pour s’assurer de leurs bons soins. Alors qu’apprend-on de nouveau ? Eh bien pour ma part je découvre le terme suivant: « meneurs ou meneuses de nourrices ». Ce sont ces personnes qui vont accompagner les soeurs de la charité jusque chez les nourrices dans les villes, bourgs, villages et hameaux des différentes provinces, notamment celle de Normandie et de Picardie.

Les soeurs devront « se faire représenter lesdits enfants par ceux qui en sont chargés », pour connaître s’ils sont en bon état, si les nourrices ont suffisamment de lait, si elles ont grand soin desdits enfants, et les tiennent proprement, si elles conservent bien leurs hardes, et les raccommodent, lorsqu’ils en ont besoin, se faire assister des chirurgiens et de sages-femmes sil elles le jugent à propos, pour examiner et visiter lesdites nourrices et enfants; retirer ceux desdits enfants qu’elles croiront devoir être changés; retirer aussi leurs hardes, leur suppléer s’ils en ont besoin , pour remettre lesdits enfants et hardes entre les mains d’autres meilleures nourrices, aux prix et conditions ordinaires, et si pour retirer lesdits enfants et hardes, il y avait refus ou résistance de la part desdites nourrices, leurs maris ou autres, et que lesdites soeurs ne pussent s’en faire faire raison par elles-mêmes, requérir … les juges et autres officiers de justice et de police des lieux, de les assister de leur autorité pour leur faire rendre justice … »

Elles peuvent également consulter auprès des églises les extraits des enfants décédés et enterrés dans les communes, afin que leurs noms soient déchargés des registres des hôpitaux. En effet, bien qu’un enfant soit placé en nourrice à la campagne, il reste sous la tutelle de l’hospice.

Séance tenue le 9 janvier 1704 au palais archiépiscopal:

Cette fois rendez-vous à la maison de la Couche ou 57 enfants souffrent énormément car les nourrices ne se présentent plus à l’établissement. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’hiver a été rude et le dégel rend dangereux tout déplacement. Il est donc décidé d’aller chercher les nourrice à leur domicile et de les déposer en diligence au pied du bâtiment.

Séance tenue au palais archiépiscopal le 3 mai 1712:

Alors qu’apprend-on de nouveau ? Eh bien que la Maison du faubourg Saint-Antoine va désormais accueillir les enfants infirmes qui seront ramenés des campagnes, pour les rétablir et les fortifier afin de les envoyer ensuite dans les maisons de l’hôpital-général. 

« On aura dans cette maison le nombre de vaches qui y sera nécessaire, pour y donner aux enfants nouvellement exposés, qui y seront envoyés dans les saisons d’hiver et de la moisson (c’est en effet les deux périodes ou le recrutement de nourrices est le plus difficile), les secours dont ils auront besoin , jusqu’à ce que les nourrices de la campagne viennent en nombre suffisant. 

Règlements faits par le bureau de l’hôpital des enfant-trouvés, pour être observés lors le l’envoir des filles dudit hôpital, en apprentissage, et lorsqu’elles sont confiées à ceux qui les demandent pour les élever:

Par délibérations des 19 août 1733 et 25 octobre 1752, Trousseau et sommes pour les filles placées depuis l’âge de 8 ans jusqu’à celui de 15:

Il a été arrêté que ceux à qui elles seront confiées seront tenus de leur donner 300 livres en argent, lorsqu’elles auront atteint l’âge de 25 ans accomplis, ainsi qu’un trousseau composé de:

– 4 chemises

– 4 garnitures de tête

– 8 bonnets, dont 4 piqués et 4 unis

– 4 cornettes de nuit

– 4 mouchoirs de cou

– 4 mouchoirs de poche

– 1 robe et 1 jupon de siamoise

– 1 autre jupon

– 1 corps

– 2 tabliers

– 2 paires de bas de laine tricotés

– 2 paires de souliers, dont 1 neuve et l’autre remontée

Le tout neuf, et sans préjudice des autres hardes et linges qu’elles auront à leur usage, à la fin de leur engagement. Plus, un lit garni de sa couchette, paillasse, un matelas de laine, un traversin de coutil rempli de plumes, une couverture de laine et 2 paires de draps.

Par délibération des 10 novembre 1742 et 30 octobre 1753, Trousseau et somme pour les filles placées depuis l’âge de 15 ans jusqu’à celui de 25 accomplis:

Il a été arrêté que ceux à qui elles seront confiées seront tenus de leur donner 200 livres en argent lorsqu’elles auront atteint 25 ans accomplis, et de leur fournir un trousseau composé de:

– 6 chemises

– 6 garnitures de tête

– 8 bonnets, dont 4 piqués et 4 unis

– 4 cornettes de nuit

– 6 mouchoirs de cou

– 6 mouchoirs de poche

1 robe et 1 jupon de siamoise

– 1 autre jupon

– 1 corps

– 2 tabliers

– 2 paires de bas de laine tricotés

– 2 paires de souliers, dont une neuve et l’autre remontée

Le tout neuf, et sans préjudice des autres hardes et linges qu’elles auront à leur usage à la fin de leur engagement.

*Les actes d’engagement desdites filles seront faits par-devant notaire.

Extrait du registre des délibérations du bureau de l’hôpital-général, à la séance tenue au bureau de l’archevêché, le 7 janvier 1761; approbation du règlement sur les enfants trouvés:

Les délibérations en question parlent d’économie. On bannie des maisons hospitalières l’oisiveté, principalement à Bicêtre, où les pauvres s’occupent à fabriquer des lacets, travail facile qui leur procure des secours, et qui devient utile à la maison.

Puis il est question des enfants trouvés mais ce que je lis de plus intéressant a déjà été cité dans de précédents articles de la catégorie « un peu d’histoire » du blog, à savoir qu’en 1670, le roi Louis XIV établit à « perpétuité » l’hôpital des enfants-trouvés, et l’unit à l’hôpital général. Sa majesté en tire des avantages puisque ces enfants peuvent servir l’armée en tant que soldats, peupler les provinces en tant qu’ouvriers ou les colonies en tant qu’habitants, établis là pour le bien du commerce du royaume.

Rue Neuve-Notre-Dame: c’est l’adresse de la maison de la Couche, où on apporte les nouveaux-nés exposés et ceux qui naissent à l’Hôtel-Dieu, et dans les lieux de force de la Salpêtrière. S’il vous fallait une preuve supplémentaire que la Salpé. était un lieu d’enfermement la voici !

La maison des enfants-trouvés du Faubourg Saint-Antoine est composé de 700 à 800 enfants environ,  et lorsqu’elle est remplie, les filles sont envoyées à la Salpêtrière et les garçons à la Pitié.

Sauf que j’apprend quelque chose ! En fait les nouveaux-nés atterrissent à la maison de la couche, puis ils sont envoyés en province chez des nourrices jusqu’à ce qu’ils soient sevrés. Puis ils en sont retirés à l’âge de 5 ou 6 ans pour être dispersés dans les différentes maisons de l’hôpital-général (précédemment nommées). Donc les nourrices ne les élèvent pas jusqu’à leur majorité mais uniquement jusqu’à ce qu’ils ne soient plus dépendants d’une alimentation principalement lactée ! 5 ou 6 ans tu parles ! Ils sont propres, immunisés ou sauvés de la plupart des maladies infantiles et doués de parole, de force et surtout redevables vis-à-vis de l’état !

Au sein des maisons de l’hôpital-général, on leur enseigne le catéchisme, à lire et à écrire, on les fait travailler à différents ouvrages, suivant leur âge et leur sexe, jusqu’à ce qu’on trouve des occasions de les placer chez des maîtres et maîtresses, pour y apprendre des métiers qui les mettent en état de gagner leur vie; que ces occasions ne sont pas fréquentes, que la plupart des filles restent à la Salpêtrière jusqu’à l’âge de 25 ans, et qu’alors se regardant comme libres et affranchies elles disposent d’elles-mêmes; que les garçons, parvenus à un âge formé, se trouvent sans métier, sans profession et sans aucune utilité; qu’une partie s’évade, et que ceux que le bureau met en métier, se regardant aussi libres et affranchis, se répandent dans Paris et dans les provinces, que la misère les rend vagabonds et libertins, qu’abandonnés à eux-mêmes ils se livrent à toutes sortes de vices, et que souvent leur fin est tragique.

Petite parenthèse pour introduire le paragraphe qui suit: moi qui m’offusquais de voir les enfants mis en nourrice retirés des provinces à l’âge de 5 ans, je me rassure en lisant ce qu’en conclue le bureau de l’hôpital-général:

La commission a aussi observé que ces enfants, passant les premières années de leur enfance dans les campagnes, ne connaissent d’autre patrie que les lieux où ils ont été élevés, que c’est les expatrier que de les en retirer à l’âge de 5 à 6 ans, que l’expérience prouve que le changement d’air en fait périr un grand nombre, par celui qu’ils respirent dans les maisons de la Pitié et de la Salpêtrière; que leur conservation est très intéressante pour l’état; que le moyen le plus certain de la procurer et de les rendre utiles à la patrie, c’est de les laisser dans les lieux où ils sont élevés dès leur naissance, et de destiner les garçons, soit au labourage, soit à des métiers, ou à devenir soldats; et d’employer les filles à des ouvrages convenables à leur sexe. Que la destination proposée pour des garçons est d’autant plus nécessaire, que les campagnes sont désertes, et la plupart des terres incultes, faute de cultivateurs…  

MuB


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