Témoignage de S. T. – Parente d’un enfant accueilli à la pouponnière d’Antony

MuB : Bonjour S., vous êtes la tante maternelle d’un enfant accueilli à la pouponnière d’Antony.

S. T. :Oui

MuB : Quel est votre premier souvenir d’Antony ?

S. T.Une grande bâtisse, type ancien couvent, froid, avec des barreaux aux fenêtres: ça avait interpellé ma meilleure amie qui était venue ramener M. avec moi, un dimanche. Quand on en parle encore ensemble aujourd’hui, l’image de la bâtisse la glace. Elle en garde un très mauvais souvenir et elle l’assimile à une prison ! Mais le parc était magnifique !

MuB : Ce parc, je crois, est le lieu préféré de toutes les personnes interviewées !

S. T. : Je ne suis pas surprise.  Je sais que M. aimait y aller et ça me faisait chaud au cœur de savoir qu’il y avait un endroit au moins où il se plaisait.

MuB : Etait-ce également votre lieu préféré du site ?

S. T. :Oui

MuB : Dans quel cadre a eu lieu votre première visite là-bas ?

S. T.Nous avions appris par la maman de M. -ma sœur – que son père l’avait placé. On ne savait pas où… je l’avais contacté par tél. Il avait confirmé l’avoir fait… mais il ne m’avait donné ni adresse ni n° de tél. Les coordonnées de la pouponnière ne figuraient pas sur le minitel, à l’époque. Je n’avais que la ville : Antony… j’ai contacté la mairie. 

MuB : Hormis le côté impressionnant et imposant de la bâtisse, vous souvenez-vous de vos autres impressions ? L’accueil, le franchissement du lieu, les enfants, adultes, professionnels ?

S. T. Oui, j’ai été heurtée par les premiers mots des professionnels présents quand nous avons pris l’initiative de nous y rendre… Il y avait des gens très gentils à l’accueil, mais il était impossible d’aller au-delà… Ensuite les personnes qu’ils avaient prévenues nous ont dit « Vous n’êtes que l’oncle et la tante, pas les parents » ! C’était vrai… mais pas facile à avaler. Nous voulions voir M.

MuB : Oui, cela fait très mal à entendre alors qu’on fait partie de la famille de l’enfant.

S. T. :Oui

MuB : Donc, si je comprend bien, première visite du site d’Antony certes, mais pas première rencontre avec M.?

S.T.De mémoire, je crois que nous n’avions pas pu voir M., on nous avait expliqué qu’il fallait voir avec le juge des enfants qui étudierait le dossier pour savoir si nous pouvions ou non avoir un droit de visite.

MuB : Ok, cela me parait probable. Et concernant M. la première fois que vous avez enfin pu le voir à la poup ? Vous souvenez-vous de votre réaction, de la sienne, de votre frère ?

S. T.Oui, je me souviens très bien ! Je vois encore M. courir vers nous et plus particulièrement vers mon frère, F., qu’il connaissait plus que moi. Il lui a littéralement sauté dans les bras et F. l’a serré contre lui. Les larmes me montaient déjà…

MuB : Ohhhhh !!!!  Combien de temps a duré la visite ?

S. T :  Elle a été brève de mémoire, et c’était en présence des personnes de l’accueil et des maternantes. Je ne me souviens plus si ce jour-là on avait pu s’isoler dans une pièce, comme ce fut le cas par la suite.

MuB : Etiez-vous impressionnée par le lieu, les personnes ? Cela modifiait-il, même imperceptiblement, votre comportement ? 

S. T. : Oui, le lieu était impressionnant de froideur, mais il y avait un si grand couloir que ça nous laissait penser que les enfants pouvaient se défouler. Ils étaient tous en quête d’un parent qui viendrait pour eux ; on le ressentait. Ca faisait froid dans le dos de voir autant de détresse dans des yeux aussi innocents.

MuB : Oui

S.T. : On se sentait observés aussi, par les équipes…  nous trouvions ça normal. Les débuts étaient une véritable épreuve. On savait qu’il ne fallait pas faire de faux-pas, dans l’intérêt de M. Mais les maternantes étaient ouvertes au dialogue et à nos questions. Je vois encore leurs sourires chaleureux.

MuB : C’est important: sourire c’est une forme d’accueil et de mise en confiance.

S.T. : Oui le sourire et l’accueil sont importants. Elles nous conseillaient quand on avait des doutes… l’angoisse de ne jamais récupérer M. Elles discutaient si on lançait des sujets.

MuB : A partir du moment ou vous avez eu le droit aux visites, combien de fois (votre frère et vous ou séparément) alliez-vous voir M. ?

ST. : our les droits de visite, le rythme était bien défini, nous avions le droit de nous rendre à la pouponnière un samedi sur deux, selon un calendrier établi. On nous avait expliqué qu’il fallait impérativement respecter ce calendrier. Il y avait le w.e du papa, et le w.e de la maman et nous. Les visites du mercredi étaient un bonus, car mon emploi du temps le permettait et j’avais demandé l’autorisation auprès des travailleurs sociaux. Cela avait été accepté. A cette époque j’étais en CIF, je préparais le BTS. J’avais mes mercredis de libres pour travailler mes cours, je venais à la pouponnière à la place. Mon petit frère m’emmenait, car à l’époque je n’avais pas de voiture et il fait partie de la chaîne de solidarité familiale qui s’était mise en place. Chacun a joué un rôle prépondérant pour « sauver » M. de cet engrenage infernal.

MuB : Il est vrai que parfois une erreur de planning peut causer des altercations quand les situations familiales sont tendues (notamment père/mère)

S.T. : n arrivant, il fallait signer une feuille de présence. Parfois l’accueil se trompait et nous donnait la feuille du père de M. C’est comme ça que nous avons vu son nombre de visites…

MuB : Le week-end vous deviez donc probablement croiser d’autres parents ?

S.T. : Je n’ai pas trop de souvenirs des autres parents… en revanche des enfants, oui !

MuB : Et ces enfants alors ? Y a-t-il un ou plusieurs souvenirs qui vous ont marqués ?

S.T. : Oui, parmi les enfants qui m’ont marqué, il y avait N. Très jolie petite puce, poupée de porcelaine aux grands yeux noirs avec ses cheveux bruns coupés au carré. Je fondais quand je la voyais.

MuB : C’est mignon !

S.T. : Elle était si mignonne… attachante et en quête de bisous et de câlins… et M. lui disait « Vas t’en ! C’est pas ta famille » ! Au début elle repartait en pleurant.

MuB : Il est certain que lorsqu’on est en manque d’affection et qu’une main se tend on n’a pas envie de partager…

S.T. : Même les maternantes lui disaient de respecter ces moments. C’est dur pour une enfant de comprendre ça. Alors j’ai dit à M. de ne pas réagir comme ça et que je pouvais donner de l’amour aux deux.

MuB : Et comment a-t-il réagi ?

S.T. : Il a écouté… et a accepté… Alors, de temps en temps elle venait avec nous dans cette pièce où nous nous isolions et je les entourais de mes bras… assise par terre, un enfant de chaque côté. Je leur racontais des histoires.

MuB : Du coup le départ de M. a dû la bouleverser !

S.T. : Il me semble qu’elle est partie un peu avant M.

MuB : Ah, alors c’est mieux ainsi !

S.T. : Ils étaient très copains ! M. était malheureux de son départ… mais je crois que ça s’est fait environ 3 semaines avant celui de M. Il me demandait où elle était partie… je n’en savais rien.

MuB : Avait il progressivement le droit de sortir avec vous, d’aller à votre domicile ou d’y passer les week-end ?

S.T. : Oui, la décision que le juge avait rendue, suite au courrier que mon frère et moi avions fait, avait permis ce droit de visite, qui s’est transformé ensuite en droit d’hébergement un w.e. sur 2 et la moitié des vacances scolaires. Il a fallu fixer une adresse, soit la mienne, soit celle de mon frère. Nous nous sommes concertés. Nous devions rendre réponse aux responsables dont j’ai encore le nom en tête, Mme P. et Mme de St J.

MuB : Oui

S.T. : D’un commun accord, nous avons pensé que c’était mieux que ce soit chez moi. Je venais d’avoir une location via le 1 % patronal… 60 m². J’entrais dans la vie active… depuis peu… J’ai commencé à travailler en décembre 1990… et j’ai eu mon appartement en janvier 1992 de mémoire… j’ai préparé le BTS en 1993 période où M. est arrivé dans ma vie. Enfin, il y était déjà, mais pas en tant que maman de substitution, je veux dire… Je me souviens que je faisais mes devoirs avec lui sur mes genoux le w.e. il me faisait bouger et je traçais de travers… lol

MuB : Trop mignon ! En plus il était hyper câlin (c’est ce qui transparaît sur ses photos).

S.T. : Oui… un bouffeur d’amour… j’ai toujours dit ça !

 MuB : Et entre votre première visite à la pouponnière d’Antony et l’arrivée de M. dans votre vie combien de temps à peu près s’est-il écoulé ?

S.T. : Deux ans.

MuB : 2 ans ! Woaohhhh !!! Une éternité !!!

S.T. : Oui, ça vous paraît beaucoup 2 ans ?

MuB : Ben ….. les travailleurs sociaux vont dire « non » et la situation familiale étant compliquée « non » mais….. pour lui c’est lonnnnng !!!!

S.T. : Oui, pour lui c’était terrible. J’habitais Ste Geneviève des Bois (91). Je n’étais pas la maman, mon frère n’était pas le papa… ses parents étaient tous 2 étaient vivants. Il fallait observer avant de prendre toute décision.

MuB : Du coup il est resté quoi ? deux ans, deux ans et demi ?

S.T. : Il est resté 2 ans… Je l’emmenais dans le parc animalier à côté de l’appartement le w.e. On avait pris une photo du paon… Léon le paon… il l’avait emmenée à la poup’. Elle était accrochée au dessus de son lit, et un jour il l’a déchirée.

MuB : Bon sang, chaque fois qu’il devait retourner à la poup’ ce devait être un véritable crève-cœur pour lui, pour vous !!!

S.T. : Oui, à la fin c’était très très très dur ! Il me demandait de ne plus le ramener. Je lui ai expliqué que si je faisais ça, le juge m’interdirait de le revoir… Il pleurait à l’arrière de la voiture.

MuB : Il est parti à quel âge de là-bas ?

S.T. : 6 ans… 6 ans était l’âge limite…

MuB : Mon dieu mais psychologiquement, affectivement, il faut être fort !

S.T. : Oui, très dur pour lui surtout… mais pour nous aussi… une épée de Damoclès au dessus de notre tête dont l’enjeu était M. et son avenir.

MuB : Et le juge, le rencontriez-vous ?

S.T. : Oui, j’ai vu le juge pour la décision définitive. Avant, je crois que c’était par courrier. Une femme, très bien. Ferme, mais bien.

MuB : Avez vous l’impression que le juge sache ?

S.T. : Qu’il sache quoi ?

MuB : Qu’elle a ces données en tête ? Surtout celle du temps qui passe ? La dureté du placement et de la séparation, tous les deux tributaires du temps…

S.T. : Je pense que oui, car elle travaillait de concert avec ces 2 travailleuses sociales que j’ai citées.

MuB : Connaissait-elle le site de la pouponnière ? Pensez-vous qu’elle l’avait visitée ?

S.T. : Je ne sais pas si elle s’était déjà rendue à Antony. Aucune idée…

MuB : Peut-être un jour aurais-je une réponse à cette question… mais j’aimerais qu’il y ait plus d’échanges physiques entre ces lieux, qu’un juge puisse y passer une journée au moins, même si cela demande beaucoup de son temps… enfin je m’égare… 

S.T. : Peut-être oui ce serait bien… Je me souviens qu’elle avait été dure envers ma sœur dans les propos, enfin le ton… pour fixer le montant de la pension alimentaire: « Vous fumerez moins »!

MuB : Oui, c’est dur. Et vous S.,  vous êtes-vous sentie prête ou bien ne l’est-on jamais vraiment ?

S.T. : La décision a été très curieuse pour moi…

MuB : Oui ?

S.T. : Ce sont mes parents qui avaient été convoqués, pas moi, car il était dans la « logique » des choses que ce soit eux qui prennent le relais.

MuB : Oui

S.T. : Mais voilà, ma sœur était malade (schizo) et mes parents l’avaient déjà en charge. Le père de M. qui brillait par son absence ne voulait pas que mes parents l’élèvent alors que maman lui avait dit qu’il pouvait leur confier M. si ma sœur était hospitalisée… à la place il est allé l’emmener à la Poup’. Le juge avait noté cet élément dans le dossier (le fait que le père de M. ne tenait pas à ce que ce soit mes parents qui l’élèvent).

MuB : Oui

S.T. : Bref, très curieusement et sans qu’on s’y attende, S., la maman de M., en a rajouté une couche. Elle a dit au juge qu’elle ne voulait pas que M. vienne chez mes parents.

MuB : Du coup le juge a dû tenir compte de ces paramètres.

S.T. : Bref, ce jour là, je n’étais pas conviée, mon frère non plus… mais nous nous sommes présentés… et nous avons demandé poliment si nous pouvions assister. Les travailleuses sociales et le juge ont accepté, car c’était chez moi que M. venait…

MuB : Oui

S.T. : Quand S. a plombé définitivement l’avenir de M. pour un placement chez mes parents, ils ont commencé à parler de famille d’accueil. Ils en cherchaient une à mi-chemin entre Boulogne (92), où le père vivait, l’Oise, où S. était hospitalisée par période et aussi chez mes parents, ce qui voulait dire le 95.

MuB : Oui

S.T. : Nous ne voulions pas… Mon père a réagit : il a dit au juge que lui-même avait connu les familles d’accueil (il a grandi à la DDASS) et qu’il ne voulait pas ça pour son petit-fils. Cela nous ramenait à l’histoire douloureuse de notre père qui est lourde de mystère elle aussi…

MuB : Oui, comme toutes les histoires de la DDASS, de l’enfance placée…

S.T. : Bref il fallait trouver une solution. Nous débattions et voilà que le juge reçoit un coup de fil et s’absente pour le prendre… Nous continuons à parler avec les travailleuses sociales qui disaient qu’elles n’avaient pas trouvé de famille d’accueil dans le 95, mais que M. était trop grand pour rester chez eux. Il était trop vieux… lol… 6 ans en juin c’était la limite !

MuB : Oui

S.T. : De notre côté nous étions contents qu’ils n’aient pas trouvé cette famille d’accueil. L’une de ces travailleuses sociales lance « La tante n’a jamais été demanderesse ». Je réponds: « Je peux ? » Elles me disent « Oui, si vous voulez, essayez ! » Le juge rentre et demande si on a trouvé une solution en son absence… Je réponds « Moi, je le prends » !

MuB : Oui

S.T. : Ma mère a ouvert de grands yeux ronds, mon père aussi… Ma sœur ne s’y attendait pas… J’ai ajouté à l’attention du juge « Enfin, si je peux ? »  Elle m’a demandé: « Vous travaillez ? » J’ai dit « Oui ». Elle ajoute: « Vous savez que si vous le prenez c’est pour longtemps ! » J’ai dit « Oui ». Les travailleuses sociales m’ont dit « au moins jusqu’à ses 18 ans » !

MuB : Lol

S.T. : J’ai dit » Oui » tout en ayant une drôle de sensation car je réalisais en même temps… C’était presque surréaliste !

MuB : Ben oui, et soudain !

S.T. : Oui, soudain. Le juge m’a demandé mes revenus, où M. dormirait… comment je ferais pour l’école… puis la sécu : rattaché à son père ou à moi ? j’ai dit « à moi ». Les travailleuses sociales et le juge ont accepté, car c’était chez moi que M. venait déjà un w.e. sur deux ». Maman m’a dit en sortant: « S… ta vie, tu y a pensé » ? C’est comme ça que je suis devenue « tiers digne de confiance ».

MuB : Oui

S.T. : J’ai dit: « Il fallait bien trouver une solution » ! Papa m’a dit: « J’aurais aimé avoir une tante comme toi qui me prenne avec elle » ! Moi, dans la voiture, je me disais: « Oh là là… comment je vais faire ? Faut pas déconner là » ! Lol !

MuB : Lol !

S.T. : Je me souviens aussi du jour où j’ai annoncé à M. qu’il viendrait vivre définitivement chez moi. Sa réaction me glace encore…

MuB : Quelle fût-elle ?

S.T. : Il était à l’arrière de la voiture, je conduisais et le ramenait pour la dernière fois à la poup’. Je lui ai dit: « C’est la dernière fois que je te ramène »… Il m’a dit « S., faut pas dire des choses comme ça ! »

MuB : Il n’y croyait pas ?

S.T. : Oui, c’était terrible ! J’ai eu les larmes dans les yeux sur le périph’. J’ai dit: « M., c’est vrai » ! Je le regardais dans le rétro. Il m’a dit enjoué: « Et pour toute la vie, pour toute la vie ? « 

MuB : Ohhhhhhhhhh !

S.T. : Je n’oublierai jamais ça ! J’ai dit: « Oui pour toute la vie ! » 

MuB : Ohhhhhhhhhh !

S.T. : Il était content, mais il craignait d’être déçu. Alors pour qu’il réalise pleinement, j’ai dit: « Je vais te montrer où tu iras à l’école à la rentrée ». Je rentrais de chez mes parents. En arrivant à Ste Geneviève, j’ai garé la voiture et lui ai montré l’école à côté de chez nous.

MuB : Oui

S.T. : Il a regardé, n’a plus rien dit. Je suis allée le chercher définitivement le dernier w.e de juin et nous n’en avons pas vraiment reparlé durant l’été.

MuB : Vous êtes partis en vacances ?

S.T. : Non, je n’étais pas riche. Il était chez mes parents à la campagne, et à la mi-août, j’ai commencé à lui reparler de sa nouvelle vie.

Après coup, j’ai eu un coup de stress terrible ! L’angoisse de l’organisation, comment faire avec le travail, l’école, le quotidien… Je n’avais qu’une chambre, et mon frère (le plus jeune des deux qui m’entouraient) dormait sur une mezzanine dans le salon… J’ai mis un clic-clac sous la mezzanine pour moi et j’ai laissé la chambre à M. La rentrée est arrivée… et l’organisation a dû se mettre en place. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir une famille nombreuse. Mon petit frère (l’avant-dernier), peintre de formation, vivait chez moi et me relayait, mais il était jeune (20 ans) et avait plus l’esprit à s’amuser. Cependant il répondait présent pour cette lourde contrainte du calendrier. Puis j’ai redemandé un nouveau logement au travail, en expliquant ma situation. J’ai obtenu un appartement de 60 m² à …, dans l’Essonne, avec 2 chambres.

MuB : Génial !

S.T. : L’appartement était plutôt bien et fonctionnel et mon jeune frère qui était peintre me l’a redécoré. Il y avait des aires de jeux avec des ponts suspendus dans le parc de la résidence. L’assistant social qui est venu nous voir a trouvé ça bien ; pourtant nous étions dans les cartons !

MuB : Vous savez, ils voient toutes sortes de logements, et même sous les cartons, l’appart devait sans doute convenir.

S.T. : M. était malade, la fièvre…

MuB : Somatisation ?

S.T. : Oui ! C’est ce que m’a dit le médecin !

MuB : Normal, il déménageait à nouveau, du coup sensation d’abandon et d’insécurité, même si il s’agit là d’un lieu.

S.T. : Vive « S.O.S médecin »: je n’avais pas de médicaments pour enfant, alors le médecin m’a dépannée et il m’a expliqué que je pouvais prendre un doliprane pour adulte et le couper en deux. M. a vite trouvé ses marques. Je lui avais donné la plus grande chambre. Il a choisi les couleurs de son papier peint: jaune et vert.

MuB : Oui

S.T. : J’ai acheté un très grand tapis lavable, avec des routes pour qu’il puisse faire rouler ses voitures. Il était aux anges !

Mickael sur son super tapis-circuit de voitures !
M. sur son super tapis-circuit de voitures !

MuB : Trop mignon !

S.T. : Après mon frère F., avec qui j’avais fait toutes les démarches juridiques, s’est carrément installé chez moi à … On fonctionnait comme  un couple ayant un enfant, pour récupérer ou accompagner M. à l’école.

MuB : Oui

S.T : Cela a duré deux ans… puis j’ai été licenciée car il y avait des mouvements dans l’entreprise. Mon petit frère qui était peintre a été licencié un peu avant moi, car sa société était en liquidation judiciaire… Bref, il fallait trouver d’autres solutions ! J’ai préparé le concours de PLP pour devenir Professeur des Lycée Pro. Mon frère aîné F. habitait l’Essonne, il est reparti chez lui, normalement. Donc j’ai préparé le concours sans conviction, ni réelle vocation… c’était pour me consacrer plus facilement à M. Du moins c’est ce que je croyais à l’époque.

MuB : Oui

S.T. : Je ne l’ai pas bien travaillé, j’étais partie à A. pour une meilleure qualité de vie pour M. …. et je le préparais avec le CNED. Je l’ai raté, évidemment. Dans le même temps je cherchais du travail en secrétariat,  qui est ma formation. Mais A. est une ville provinciale rurale avec peu de débouchés professionnels, dans mon domaine d’activité… j’ai juste trouvé 15 jours d’intérim.

MuB : Oui. 

S.T. : En plus les Assedic ne voulaient pas me rémunérer le complément car le concours avait eu lieu mais la date d’échéance de formation était fixée à 15 jours au-delà. C’était quelque chose ! J’ai bataillé. Ils ont accepté de me rémunérer. D’un commun accord avec mon grand frère F., et pour m’ouvrir des chances de retravailler, j’ai donné son adresse et j’ai repostulé sur Paris… Retour à la case départ ! J’ai trouvé un poste en CDD 3 mois, à la Défense. Je logeais chez mon frère, c’était pendant les vacances. M. était chez mes parents 2 mois pour l’été.

MuB : Oui

S.T. : J’ai cherché un logement tout de suite, et mon frère s’est porté garant. J’ai trouvé à S., plein centre. C’était bruyant, pas de double vitrage, moyen l’appart. Mon frère avait décapé le parquet et nettoyé la cheminée. Aujourd’hui, j’habite toujours S., mais on a fait 3 adresses… Lol… J’ai retrouvé, un autre CDD ailleurs, puis j’ai fini par décrocher un CDI ! M. a gardé ses marques car l’école était la même.

MuB : Oui

S.T. : Ce qui l’angoissait c’était les changements d’école. J’avais compris… alors je faisais attention. On a trouvé un appart dans une résidence fleurie et arborée comme j’aime. J’avais un balcon. On était un peu plus loin du centre, mais il y avait aussi des tables de ping-pong, on y jouait parfois.

MuB : Reparlait-il de la poup’ d’ Antony ?

S.T. : Non non, Antony c’était une page tournée… enfin, qui s’éloignait…


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