Mélisse ignorait le goût des fraises pour n’en avoir jamais mangé. Elles étaient bien trop chères pour elle, alors elle n’y avait pas droit. Comment avoir le goût des choses si l’on ne peut y accéder ? A l’école, on s’était moqué. Une copine lui avait parlé d’un lieu où elle pourrait se rendre pour en trouver. Mais, cet endroit était privé. Sa copine avait ajouté : « La dame avait un bon métier, s’habillait chez un couturier ». Fallait-il donc un bon métier pour apprécier la qualité ? Mélisse alla voir cette dame. Sa mère lui avait toujours dit être fière de gagner sa vie. Mais quel était donc ce métier qui permettait de tout acheter ? La dame l’écouta, étonnée qu’une petite fille vienne l’aborder. Jamais, elle n’avait côtoyé une seule âme dans le quartier, la vie étant si ordonnée que les gens peinent à se parler. Elle savait qu’on la regardait, peut être bien même qu’on l’appréciait, mais jamais on ne l’abordait. La dame parla de son métier, elle lui dit qu’elle l’avait aimé. C’est sa mère qui aimait les fraises et elle aimait lui en donner. Mais quand sa mère s’en est allée, le goût des fraises l’avait quittée. Elle lui dit aussi que sa mère n’avait pas menti, tout métier est bon dans la vie. Les fraises suivent les prix du marché, un jour on pourra les brader. Mais le fruit qu’elle lui a donné, la fierté dont elle a parlé, vaut bien tous les fruits du marché et les robes des meilleurs couturiers.
ChS

