Je veux vous parler de mon temps actuel de coupure repas le midi. Il est d’une demi-heure. Il m’est suffisant. Pourquoi ?
– 1h30 voir 2h selon votre horaire. J’aurais personnellement même souhaité des coupures de 2h mais un grand nombre de vos collègues s’y sont opposées.
– Peut-on sortir déjeuner à la maison ?
– Si vous habitez à côté oui mais il arrive que nous ayons besoin de quelqu’un : un enfant malade, un professionnel en difficulté, une réunion… Je préfère donc que vous déjeuniez à la crèche.
– Et pourquoi les heures de coupure varient-elles ?
– Eh bien parce que votre coupure repas a lieu pendant la sieste et que pendant la sieste les enfants dorment et que pendant que les enfants dorment eh bien vous ne faites rien et moi j’ai besoin de mon personnel quand les enfants sont réveillés, pas lorsqu’ils dorment.
J’ai hoché la tête, j’avais 20 ans. Vous-même qui lisez ces lignes et qui n’avez pas connu les 39 heures hebdomadaires vous suggérez peut-être la même chose.
Eh bien imaginez un travail où vous embauchiez par exemple à 8 heures du matin et d’où vous ne resortiez qu’à 18heures non pas parce que vous travailliez en 10 heures, mais parce que vous aviez tué le temps (qui ne vous était pas payé) ou que le temps vous avait tué parce que, lorsqu’un enfant dormait, vous ne méritiez pas d’être traitée comme un salarié. Cette astuce permettait ainsi de disposer des professionnels présents sur leur temps de coupure en cas de problème tout en les ayant sous la main sans avoir à les payer en heures supplémentaires le soir.
Comment se sentir considéré dans son travail lorsqu’on vous reproche une partie de celui-ci : le sommeil de l’enfant. Tout comme son rythme cardiaque et sa respiration sont ralentis lors de sa sieste, votre activité l’est également. Mais ralentissement de signifie pas arrêt. Bien souvent le temps de sieste permet aux professionnels d’anticiper d’autres soins.
Le sommeil de l’enfant s’apparentait à une parenthèse : non pas dans son rythme, mais dans la considération et les compétences des professionnelles qui l’encadraient. Certaines d’entre elles, rares à l’époque, habitaient à une ou deux heures de transport de la crèche… elles avaient 12 heures de travail-transport et coupure repas dans les jambes payées pour 8 et ce sont leurs conditions de travail qui ont permis de signaler ces abus.
Je referme la parenthèse, la « sieste » est finie. Elle ne fut pas réparatrice mais cicatricielle. Elle n’explique pas forcément pourquoi à l’époque c’était si difficile de travailler en crèche, mais pourquoi c’était si facile d’en partir.
Quant à vous qui travaillez dans le milieu de la petite enfance et qui habitez peut-être loin de votre lieu d’emploi, à combien de temps s’établit votre coupure repas et comment sa durée se justifie-t-elle ? Bon appétit, ou bonne sieste postprandiale, c’est comme vous préférez.
MuB

