A quoi pourrais-je comparer la première réunion d’équipe à laquelle j’ai assisté durant ma carrière d’auxiliaire ?

C’était en crèche… voyons fouillons dans les souvenirs…

Nous sommes toutes installées dans la salle de jeux à présent vide. Chacune s’est emparée d’une chaise et nous avons formé un cercle. En fait, ce ne sont pas réellement des chaises qui soutiennent nos… sur lesquelles nous sommes assises. Ce sont des tabourets… non plus… il s’agit en fait du mobilier pour les enfants et la question existentielle qui brûle mon esprit plus que mes lèvres c’est: « comment une seule de mes fesses va pouvoir loger là-dessus ?! »

Fort heureusement le mobilier est adapté pour des enfants allant jusqu’à 3 ans et je trouve une chaise sans accoudoir qui fera parfaitement l’affaire ! Me voici donc accroupie plus qu’assise, les jambes repliées sous le tabouret qu’une déesse indienne envierait cette posture née dans l’humilité et la sagesse.

C’est alors que je découvre les trônes qui maintiennent dans une position élégante et ergonomique les derrières de ma directrice et de la psychologue ! Elles sont assises sur des chaises ! Des vraies ! J’accuse le coup en me disant que soit, petit a, leurs synapses sont plus efficaces que les nôtres, soit, petit b, elles souhaitent de cette manière prendre de la hauteur et assurer d’une manière subtile et mécanique une certaine supériorité sur le reste de l’équipe présente en choisissant les rares mobiliers pour adultes de l’établissement. J’opte, par pur respect pour mes neurones encore vives et jeunes à cette époque-là, pour la réponse b.

Nous voici donc toutes installées. Les unes détendues et sereines, les autres empotées et voûtées. Lorsque la réunion commence officiellement, les chuchotements et raclements de chaises cessent.

La psychologue croit bon d’ouvrir la séance par ces mots:

Nous accueillons parmi nous une nouvelle collègue, présentez-vous. C’est alors qu’elle se tourne vers moi, imitée par une bonne douzaine de têtes.

« Bonjour, je m’appelle MuB et je suis auxiliaire »

Toute répondent en coeur « Bonjouuuuuuuuuuuuuur MuB ! » Nan, j’déconne: rassurez-vous la plupart savent déjà comment je m’appelle et ceci n’est que le prétexte pour m’introduire dans le cercle de parole. J’avoue être super intimidée par autant de monde et surtout par le fait d’exprimer une opinion à voix haute.

J’opte donc pour revêtir le rôle de la professionnelle discrète qui écoute sans intervenir, accroche le regard de tout nouvel interlocuteur pour bien appuyer le fait que chacune de leurs paroles est importante et surtout écoutée.

Je m’aperçois également lors de cette première réunion que les rôles au sein même du groupe sont déjà définis. Tous ces rôles s’inscrivent plus ou moins par rapport aux traits de caractère de chacune et personne n’est réellement prêt à endosser le costume de scène du voisin. Les figures de styles peuvent être à votre avantage et vous permettre de gagner quelques galons au sein du groupe ou tout au contraire vous ramasser en directe et ternir votre réputation.

En fait si vous souhaitez savoir qui a de l’influence au sein d’une équipe de travail ou quels sont les rapports de chacun et chacune il vous suffit de programmer une réunion ! Inutile de choisir un thème bien compliqué !  Vous avez juste à observer ! 

Je crois bien avoir endossé tous les rôles lors des réunions qui ont jalonnées ma carrière. Peut importe si la chaise sur laquelle j’étais assise me donnait de la hauteur ou si ma position autour de la table me rapprochait dangereusement de la hiérarchie (en général ce sont les retardataires qui échouent de la  place vide à côté du boss), j’ai toujours aimé donner de ma personne et de ma voix. 

Une voix anonyme dans un cercle d’anonymes, où chacun expie ses fautes et ses regrets. Où regards culpabilisants et gestes rassurants se mêlent.

Ce jour-là, je ne pensais pas gagner  lors de cette réunion mon premier « jeton » me permettant de revenir et de davantage m’encrer dans un rôle et une équipe. Bien entendu que j’ai craqué plusieurs fois et séché ce lieu mais toujours j’y revenais, ne serait-ce que pour signifier ma présence ou affirmer ma personnalité. Parfois j’ai fui : des lieux des personnes, mais pour mieux replonger ensuite ailleurs.

Bonjour je m’appelle MuB, et je suis une auxiliaire anonyme.


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