Cet article m’a donné beaucoup de fil à retordre car il évoque un sujet grave tout en insistant sur les avis et sentiments des différents professionnels qui croisent les lieux d’une pouponnière. Je vais donc contourner la censure en ne vous citant pas des faits mais en vous parlant uniquement d’une conversation qui a eu lieu entre ChS et moi.
Pourquoi évoquer cette conversation et non une autre ? Car elle a été un tournant majeur dans ma carrière. C’est cette conversation qui m’a fait réaliser que l’on ne s’improvise pas maternante du jour au lendemain et qu’il est bon d’apprendre de nos aînés lorsque l’expérience et les bases solides nous manquent cruellement.
Cette conversation concernait la nudité ou non d’un enfant durant une activité « jeux d’eau ». Vous qui êtes parent ou professionnel vous connaissez peut-être des crèches ou les enfants jouent dans la pataugeoire en tenue d’Adam ou d’Eve. L’activité en soi n’est pas répréhensible; c’est souvent la nudité de l’enfant qui est sujet à controverses.
Mais peut-on proposer ce genre d’activité à un enfant placé en pouponnière ? Un enfant qui pratique une activité « jeux d’eau » et qui se déleste de sa couche doit-il immédiatement être revêtu même contre son avis. Ce genre d’interrogations a traversé nos esprits, et les avis ont été plus que divergents. Entre le professionnel qui évoque les soucis d’hygiène, celui qui argumente sur la notion de pudeur, celui qui projette sur l’enfant et craint que l’on « tire sur le zizi » du garçonnet, celui qui évoque le regard de l’adulte porté sur l’enfant, celui qui évoque le vécut de l’enfant lui interdisant une quelconque nudité publique ou au contraire celui qui explique le bien-fondé de celle-ci; il y en a eu des débats sans fin autour du café sagement posé sur la table ronde.
Ces avis, issus non d’une réunion professionnelle mais d’une simple conversation, m’ont fortement troublée car chacune avançait des arguments forts nullement irraisonnés. Cependant l’un de mes vis-à-vis évoqua l’hypothétique accueil d’un enfant victime d’attouchements. Ses propos étaient plus virulents que les autres et j’en fus déstabilisée car je me sentais soudain coupable de trouver sain un bébé jouant nu dans l’eau. Selon certains avis, mieux valait vêtir l’enfant victime d’attouchements par rapport aux autres. La nudité oui, mais à certaines conditions !
J’étais perturbée et le soir après les transmissions je me confiais à ma collègue. Celle-ci, forte d’une longue expérience et toujours réfléchie dans ses propos, trouva pour moi la solution. Cette personne vous l’avez deviné, c’est ChS:
– « Ce qui m’étonne dans vos propos aux unes et aux autres, c’est l’autorité que vous y mettez. A aucun moment vous ne parlez de l’enfant en tant qu’individu et de ce qu’il peut ressentir.
Si celui-ci enlève sa couche ou son maillot de bain, n’est-ce pas une manière de dire qu’il préfère jouer nu dans l’eau ? C’est particulier chez le tout petit la sensation d’un vêtement mouillé sur sa peau et certains enfants le refusent !
Mais ce qui me choque particulièrement c’est vos fantasmes reproduits sur les enfants. Tiens, prenons exemple de cette personne qui a peur, comme s’il s’agissait de son propre fils, qu’un enfant tire sur le zizi d’un garçon. Ou encore cet autre qui projette l’accueil d’un enfant victime d’attouchements. Ce qui m’interpelle le plus dans son discours ce n’est pas le fait qu’elle souhaite voir cet enfant vêtu d’un maillot de bain durant une activité pataugeoire. Non. Ce qui m’interroge c’est le pourquoi cet enfant doit seul être vêtu de ce maillot par rapports aux autres qui peuvent être nus.
Non content d’avoir subi un traumatisme, d’avoir été sali physiquement et moralement, il doit encore être stigmatisé dans un lieu sensé le protéger et l’accompagner ?! Quel regard va-t-il porter sur son propre corps ? Que cela va-t-il signifier pour cet enfant mais également pour ceux qui l’entourent ? Ne va-t-il pas se sentir différent des autres ? Sale ? Nécessitant le besoin de cacher une intimité pleine de tabous ? Ne peut-on pas plutôt le laisser choisir si oui ou non il veut participer à l’activité ? Si oui on non il veut se dévêtir ?
Vous autre pensez bien agir pour les enfants mais plutôt que d’agir pensez déjà à vous poser les bonnes questions ! Et puis plutôt que d’anticiper un fait qui ne s’est pas produit essayez déjà de méditer sur ceux qui nous préoccupent actuellement ! »
Maintenant, vous savez pourquoi.
Merci ChS, ne change pas !

