Entretien avec Chance – Maternante à la pouponnière d’Antony

MuB : Bonjour Chance, gardes-tu en mémoire la première fois où tu as franchi les portes de la pouponnière d’Antony ?

Chance : Pas en détail cela fait plus de 20 ans (déjà !) mais je me souviens des collègues qui m’ont accompagnée pendant mon temps d’essai et elles sont encore présentes aujourd’hui. Quand je dis qu’elles sont encore présentes je veux dire que leur souvenir m’accompagne encore dans ma pratique.

Je revois leur façon d’être « disponibles » pour les enfants et je suis heureuse d’avoir connu ça. Je me souviens aussi que le travail me paraissait tellement complexe que je me suis dis alors: « je dois chercher ailleurs, je ne pourrais pas tenir… » 20 ans ont passé. Cela me fait penser que la pouponnière est un lieu difficile que l’on a du mal pourtant à quitter.

MuB : je vois…. donc plus que des images c’est la personnalité des professionnels du lieu qui t’on marquée ?!

Chance : Des images aussi. Le lieu était imposant, il me plaisait parce qu’ il était chargé d’histoire. C’était un ancien couvent je crois, en tout cas c’est comme ça que je me le représentais. Les locaux étaient spacieux, les enfants avaient de grands espaces dans les services où ils pouvaient faire du vélo et d’autres jeux moteurs sans gêner les copains ni les adultes. Il y avait aussi un grand parc interne où ils pouvaient s’éloigner de la vue des adultes en toute sécurité. Il y avait des bêtes, des arbres, la vie extérieure quoi !

MuB : Pourquoi t’es-tu dit « Je dois chercher ailleurs, je ne vais pas tenir » ?

Chance : J’avais peur de ne pas pouvoir assurer ce travail car c’est un lieu où il faut s’impliquer à 100%, mais les collègues étaient sereines et cela m’a surement rassurée car je ne me suis plus posée la question après ça.

MuB : Parles moi du lieu à présent

Chance : Je pense que le lieu avait quelque chose d’imposant et de rassurant à la fois. Nous nous sentions soutenues et respectées dans notre fonction. Les différentes places étaient clairement identifiées aussi. Les enfants avaient des repères stables. La même chambre pour les petits, la même chambre pour les grands quelle que soit par exemple les départs ou les nouveaux accueils.

Nous étions référentes de six, quelques fois sept enfants. Nous avions une chambre de petits et une chambre de grands. Quand les enfants grandissaient, ils passaient dans la chambre des grands, cela accompagnait aussi leur évolution (c’est comme ça que je me le représente depuis que j’ai connu d’autres organisations de service)
Dans chaque unité il y avait 3 ou 4 postes avec quatre maternantes ; chacun pour six enfants. Nous étions donc nombreux dans le service mais l’espace faisait que nous ne le ressentions pas. Et puis il y avait une salle de jeux pour les petits et une salle de jeu pour les grands. Une autre unité, au même étage que la nôtre (on devait traverser le grand hall où se trouvait l’escalier central) avait une grande pataugeoire dont profitaient tous les enfants de la pouponnière. Il y avait aussi les jardins d’enfants internes où les enfants en âge et suffisamment sécurisés se rendaient pour les demi-journées, ils se situaient au niveau du rez-de-chaussée. Nous, nous étions au 1er « milieu » et la pataugeoire, au premier « accueil » parce qu’il était le seul à se trouver au dessus des bureaux. Les noms des services semblent anciens mais nous les avons adoptés aisément. Il y avait aussi le deuxième « milieu » et le deuxième « oratoire » au dessus et le rez-de-chaussée « milieu » et « oratoire » en bas. Les services formaient un « L » couché vers la droite. La partie courte formant les services « milieu » et l’autre les services oratoires. A la jonction se trouvait le bureau des responsables (gérant les deux services) entourés, aux deux extrémités, par les bureaux des maternantes de chaque unité.

MuB : Eh bé ! Ca c’est de la mémoire ou je ne m’y connais pas !!!!

Chance : Il y avait aussi un bureau médical à côté du bureau des responsables d’unités

Je ne me souviens plus où se trouvait les jardins d’enfants, pas si bonne la mémoire…

MuB : ce n’est pas grave !  🙂

Chance : A l’intérieur du service au premier milieu où je travaillais, il y avait aussi une pièce de repas à part, où les parents faisaient goûter leurs enfants quand ils venaient en visite, car nous accueillions les parents dans le lieu de vie des enfants. Cela ne rajoutait pas de rupture supplémentaire du lien après la séparation… Les parents pouvaient aussi donner le bain à leur enfant, nous avions une salle de bain avec trois baignoires à l’entrée du service.

La salle de bain était celle où les enfants prenaient leur bain tous les jours. Nous travaillions dans la continuité…

Les enfants étaient assez « libres » d’évoluer dans l’unité car elle était protégée par des portes bien solides et peu de va-et-vient puisque les autres professionnels (services social et médical) ne venaient pas dans les lieux de vies où bien exceptionnellement. Le couloir était donc investi par les enfants.

Les enfants jouaient beaucoup dans le couloir. Je me souviens d’un agent qui avait fait fonction d’animatrice auprès des enfant après le départ en congé maternité de notre éducatrice de jeunes enfants (certaines étaient dans les unités) Je me souviens que les enfants s’asseyaient pas terre dès qu’elle entrait dans le service parce qu’elle commençait toujours par leur chanter des chansons et, de les voir se baisser en un seul bloc, çà me faisait toujours une forte impression : MAIS COMMENT FAIT-ELLE ?

J’ai aussi le souvenir de mon intégration. La première année, on faisait un tour de maison (on le nommait ainsi). On devait passer dans un des deux services de chacune des trois unités. Je suis donne arrivée au deuxième milieu où j’ai suivi pendant un mois une maternante, ancienne dans la fonction, qui m’a montré le travail. Je suis restée encore trois autres mois sur le poste 2 ( les postes étaient représentés par des chiffres). Les deux chambres du groupe d’enfants dont on avait la responsabilité étaient situées au milieu des quatre autres chambres reparties de chaque côté du couloir central du service, ce qui faisait qu’on voyait les enfants d’une chambre à l’autre. Je me souviens d’une petite fille de 3 ans qui ne voulait pas que je m’occupe d’elle, elle me faisait tourner en bourrique, j’appréhendais toujours de devoir m’en occuper et… j’ai été très triste quand elle est partie, elle me manquait…

MuB : Souvent les premiers enfants qu’on rencontre en pouponnière nous marquent…

Chance : Le tour de maison durait un an. J’ai donc été au rez-de-chaussée milieu pour quatre autres mois. je suis tombée malade à chaque changement d’unité: microbes. Ca m’a marquée aussi, je n’ai jamais pu faire quatre mois complet dans un service. Le rez-de-chaussée fonctionnait différemment et le premier aussi. Les responsables nous disaient que c’était important de voir les différents fonctionnements. Il y avait une certaine autonomie dans chaque unité de vie !


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