Croyez-vous à la magie ?
Moi j’y crois.
J’y crois pour avoir assisté à la métamorphose. Et la métamorphose, c’est de la magie. Surtout lorsqu’elle se réalise non pas dissimulée à l’intérieur d’un cocon mais à nue sous vos yeux ébahis.
J’ai accompagné bon nombre d’enfants vers l’adoption. Mais comme toute personne témoin de la magie j’ai été frappée d’amnésie.
J’ai même tendance à halluciner. En effet, j’ai l’impression qu’en réalité il y avait deux enfants à chaque fois. L’enfant avant l’adoption et l’enfant après l’adoption. Il ne s’agit pas là d’un dédoublement de la personnalité mais bien d’une métamorphose.
Je réalise aujourd’hui que j’étais au coeur du cocon. Je n’ai pas simplement regardé une coque se fendre et s’effeuiller mais j’ai carrément regardé la lumière jaillir au travers la paroi fine et ciselée du destin de chacun de ces enfants. Cela fait bizarre lorsque vous êtes dans l’obscurité auprès d’un enfant qui sommeille. Qui sommeille de faim. Qui sommeille d’amour. Qui sommeille de vivre.
Et soudain, cet enfant qui semble si fragile, auprès de qui vous avez distillé précieusement les soins, les paroles et les gestes nécessaires à son épanouissement, cet enfant s’éveille et éventre la paroi ténue que vous avez tissée, qui lui permettait de grandir, de prendre des forces en attendant d’assurer sa confiance dans un regard, celui de son parent, celui de ses parents, celui de l’avenir.
Qu’il s’agisse du regard de ses parents adoptifs, ou de celui de la mère biologique qui sera revenue sur sa décision, chaque fois, je dis bien chaque fois j’ai été émerveillée de voir la métamorphose de ces enfants. C’est de la magie. Il n’y a aucun secret de prestidigitateur derrière. C’est la magie de l’amour et la magie de la vie.
Evidemment que de participer à l’adoption d’un enfant fut parmi les plus beaux souvenirs de ma carrière. Car la définition que j’en faisais c’était la promesse d’amour, de tendresse sans retenue, l’encrage dans une histoire, dans une famille, l’écriture d’une vie, même si le premier paragraphe se résume à de l’attente, à de l’ensommeillement…
Avant de finir voici la définition que propose le wikipédia de la métamorphose :
Selon François Plassard, la métamorphose est « une invention de la Vie qui laisse s’effondrer, comme par inversion de son processus immunitaire, les formes de vie et de reconnaissance inadaptées à leur environnement, pour réveiller des « logiciels dormants », qui vont puiser dans l’énergie d’effondrement, l’énergie nécessaire à la mise en place d’un « méta système » plus adapté à l’évolution de la vie. »

Eh bien selon MuB, la métamorphose d’un enfant confié à l’adoption est une précaution de son être qui évite qu’il s’éffondre, tel un processus immunitaire, s’adaptant aux formes de vie et de reconnaissance présente dans son environnement sans toutefois s’y raccrocher, laissant en veille ses émotions, qui vont puiser dans le regard et l’amour du parent l’énergie nécessaire à sa renaissance, libre de grandir et d’évoluer dans son nouveau méta système: celui d’une famille.

