D'une maternante à l'autre

Une pouponnière détruite. Un personnel éclaté. Des enfants dispatchés. Un deuil imposé et en même temps aucune tombe sur laquelle se recueillir.
Comment questionner ses collègues sur leur savoir sans les brusquer ? En m’alliant au temps.

J’ai donc été patiente…et j’ai été récompensée:

« Cela n’avait rien à voir ! Ici il y a juste des terrasses alors que là-bas on avait un parc ! Pas un jardin MuB, un parc ! Il y avait même des animaux. On avait des arbres. Même si nous n’étions pas nombreuses il nous suffisait de prendre l’ascenseur jusqu’au rez-de-jardin et nous étions dehors ! Les enfants pouvaient courir dans l’herbe ! Ils sortaient tous les jours ! »

« Qu’est ce que le milieu oratoire ? Ben c’est l’unité ou je travaillais ! Pourquoi l’appelait-on « oratoire » ? Eh bien c’est parce que avant c’était un couvent et on a gardé ce terme. D’ailleurs on avait une chapelle dans la pouponnière ! »

« Les murs étaient immenses ! T’aurais jamais pu accrocher tes mobiles tellement les plafonds étaient hauts mdr ! »

« Attend il y avait des filles que je connaissais pas ! C’était immense et avec les roulements ben y’avait des équipes qu’on côtoyait très peu. Attend MuB, on était plus de 100 à travailler là-bas sur plusieurs étages ! »

Puis sont venues les discussions autour du travail et de l’ambiance qui y régnaient…

D'une maternante à l'autre
D’une maternante à l’autre

Il n’y a pas eu « transmission du savoir »  dans notre nouvelle structure mais plutôt un mélange des pratiques. Je faisais partie de la vague d’auxiliaires « de crèche » venue inonder la pouponnière. Cependant qui dit inondation dit dégâts. Si je devais définir l’état des lieux je dirais que l’équipe expérimentée d’Antony s’est sentie et a sans doute été noyée par le nombre toujours croissant de nouvelles professionnelles. Lieu différent, nouvel encadrement, équipe remaniée, différentes pratiques, projet en jachère. Comment dans tout cela retrouver la place qui était la sienne avant… le déménagement ? Certaines de mes collègues que j’avais en haute estime se sont senties dépossédées. Dépossédées non pas de leur droits mais plutôt de leur histoire. Beaucoup m’ont rapporté un sentiment de « on efface tout et on recommence ». Mais tout effacer signifie-t-il que ce qui se pratiquait avant était mal ? Dans ce cas comment et pourquoi transmettre son savoir ?

Un bon nombre de filles ont su s’adapter, d’autres ont changé de lieu. Le plus étrange c’est que le nombre de ces professionnelles était autant composé de nouvelles que d’anciennes. C’est donc une confrontation des ces même idées et pratiques qui a succédé au mélange.

Pour faire une métaphore l’adjonction des nouvelles aux anciennes a voulu donner lieu à une mayonnaise de bonnes pratiques, mais au fur et à mesure qu’on ajoutait ou qu’on ôtait des ingrédients la mayonnaise est retombée. Le mélange n’était pas fichu, loin de là. Mais disons qu’au lieu d’obtenir une bonne mayonnaise, on a eu une excellente vinaigrette. C’est à partir de ce magma premier, aigre-doux, que se sont définies les auxiliaires de la deuxième vague.

Mon témoignage s’arrêtera là. Il était essentiel pour me permettre à moi de faire le deuil de cette seconde vague à laquelle j’ai appartenu. Ce témoignage se veut une bouteille lancée à la mer. J’espère un jour entendre ou lire le témoignage de nombreuses maternantes, passées ou actuelles mais présentes ici sur ce blog.


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