Si vous êtes un professionnel vous aurez peut-être souligné auditivement la différence qui s’est amorcée voici quelques années : on ne vous demande plus de participer au travail d’équipe mais plutôt d’exercer des pratiques communes.

Quelle différence entre ces deux termes ? Une génération (article publié initialement le 17 novembre 2014)

Une génération qui va scinder en deux tout un système organisationnel. Il y a désormais un avant et un après. Mais qu’est-ce qui a modifié à ce point les collectivités territoriales et hospitalières ? Quelle révolution a produit des évolutions telles que désormais l’adaptabilité prime sur l’expérience, la mobilité sur l’institutionnel.

Les 35 heures ? La société du consommable rapide et jetable ? L’éclatement des familles laissant place aux nouveaux profils sociaux recomposables à l’infini ? L’ère d’internet et du tout médiatique qui veut que des pratiques restées tues et secrètes sont soudain exposées à l’opinion et la sentence publique ? Mai 68 et les différents courants de pensée qui se sont succédé et ont placé le respect de l’individu et de la famille au centre des chartes et autres livrets d’accueil ? 

Vous l’avez compris, le fossé qui s’est creusé depuis des années ne peut pas se remblayer et aplanir les différences notables qu’il a provoqué sur toute une société de professionnels. J’ai franchi le fossé. Je fais partie de ceux-là qui ont connu l’avant « travail d’équipe » et l’après « pratiques communes ».

Auparavant vous intégriez une équipe avec son fonctionnement propre, sa hiérarchie dans la hiérarchie, son système du respect de l’ancienneté avec ses règles, ses privilèges et ses dérives… Sauf que ces dérives ont en grande partie poussé le lexique à se métamorphoser, pour bousculer des pratiques pas toujours en lien avec le projet de l’établissement et le respect de l’individu.

Vous avez peur du mot adaptabilité désormais exigé dans tous les domaines ? Mais bon sang cela fait des décennies, des siècles que l’on s’adapte et que l’on accepte des faits, des attitudes ou des personnalités tous différents à chaque fois ! L’adaptabilité n’est pas un néologisme, c’est au contraire un archaïsme voué au musée de la sociologie !

C’est pourquoi certaines personnes sensées ont décentré cette capacité surhumaine, commune à chacun, afin que nous ne nous ne nous adaptions plus uniquement aux caractères et us de nos collègues mais au contraire à un objectif ou un projet institutionnel.

« Harmoniser nos pratiques », « Pratiques communes », « Objectif commun », « Unité du groupe »…

Tous ces mots ont pour but d’effacer les empreintes humaines laissées par certains afin de marquer un territoire à défaut d’une histoire. Notre singularité peut également s’épanouir dans des pratiques communes et c’est beaucoup plus rassurant pour l’enfant (ou l’adulte) et le professionnel qui se sentent sécurisés et acteurs d’un projet interactif car ne l’oublions pas: les pratiques communes ne s’adressent pas qu’aux soignants, mais également aux individus dont ils prennent soin.


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