Lorsque vous êtes embauché en pouponnière on ne vous dit pas lors de l’entretien d’embauche que vous allez rencontrer Dieu. Et pourtant, il est là…
J’ai rencontré Dieu en pouponnière, plusieurs fois.
Attention ! Je ne prétend pas l’avoir vu ou lui avoir parlé, non ! Mais en présence de certains parents je le sentais bienveillant et protecteur, dans leurs prières, tapi entre deux versets, discret au coeur d’un médaillon, insolite au bout d’un chapelet, éclatant dans leurs paroles mais surtout dans leurs yeux.
Il est un regard que je n’oublierai pas, celui d’une maman qui m’avait demandé de glisser un livre sacré sous le matelas de son bébé, et de suspendre non loin un médaillon à caractère religieux. Ainsi ce n’est pas totalement à l’institution qu’elle confiait son enfant mais à Dieu. Aux yeux de cette maman, lui seul pouvait mieux qu’elle veiller sur son nourrisson.
Cette maman m’avait en sympathie, probablement du fait qu’en sa présence je m’effaçais poliment, respectueuse d’une intimité sacrée entre elle et son enfant.
Du temps où nous avions un contact direct avec les parents, c’était la course. Les parents nous confiaient toujours des missions qui, au regard du lecteur lambda paraîtraient futiles, tel le fait de retrouver une paire de collants, une robe, ou bien d’aller chercher un appareil photo et d’immortaliser un bref instant de retrouvailles. Parfois il m’a fallu prendre note de soins à prodiguer ou de berceuses à chanter. Lorsque je revoyais les parents je leur rendais le chemisier égaré, ou leur faisais part des progrès de leur enfant.
Quand je repense à cette maman, je songe à ce jour où, le coeur serré, elle faisait ses adieux à son enfant et vérifiait que tout dans sa chambre était bien en place. Son parfum mêlé de karité enveloppait leurs corps et la pièce. D’ailleurs, chaque fois que j’hume cette odeur, je revois leurs visages serrés l’un contre l’autre. Elle s’est tournée vers moi et m’a dit: « Vous savez MuB, je récupererai mon enfant. Dieu veille sur lui et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’il me revienne.
Cette maman a tenu parole, son enfant est resté très peu de temps – faut-il parler de peu lorsqu’il s’agit du temps qui sépare un enfant de sa mère – à la pouponnière. Des années après, alors que je surveillais des enfants dans un square, une femme s’est approchée de moi. J’ai eu quelque peu du mal à la reconnaître. C’est lorsqu’elle a appelé son enfant que j’ai réussi à faire le lien. « Ah oui, je m’en suis occupé en crèche ! »
De part la promiscuité des autres gens qui nous entouraient je ne voulais pas la mettre mal à l’aise en parlant de la pouponnière. Son regard a suffi pour m’exprimer sa gratitude. C’est ce jour-là aussi qu’elle m’a remercié des soins que j’avais prodigué à son enfant. Je n’ai rien trouvé d’autre à lui répondre que « il a grandi » et « il marche » ! J’en restais stupéfaite. J’avais quitté un bébé et je retrouvais un enfant. J’étais contente de la savoir heureuse. Je gardais en mémoire ses paroles victorieuses qui l’ont conduite à la réunification de sa famille, si petite fusse t-elle.
On peut être athée, agnostique, philosophe ou croyant, peu importe, lorsque l’on décide de travailler dans le social et plus particulièrement en pouponnière, il faut s’attendre à découvrir Dieu, quelque soit la forme qu’il prendra ce jour là.
Maintenant parlez aux parents de Dolto, Freud et compagnie, la plupart vous écouteront poliment ou sagement étant donné que vous détenez dans vos murs un bien qui leur est cher. Le fruit de leur sang, de leur âme. Mais pour les croyants, et quelque soit le Dieu qui les gouverne, c’est cette entité qui veille, protège et guide leur enfant. Pour eux les psychanalystes sont des philosophes des tracasseries humaines. Pour eux, il n’est pas nécessaire de s’allonger sur un divan pour trouver des réponses à leur égarement mais il est impérieux de s’agenouiller et de prier Dieu pour trouver les bonnes questions à leur situation.
Alors est-ce que je crois en Dieu ? La question est trop personnelle pour que j’y réponde sur ce blog mais je peux dire ceci : je l’ai croisé plusieurs fois dans le regard de parents en pouponnière, et chaque fois il a été miséricordieux.
MuB

