Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez intégré votre nouveau travail ?
Ce premier jour,
cette première heure,
ces premières minutes,
le franchissement du seuil de l’établissement ?
Chacun et chacune d’entre nous avons un regard différent de notre métier.
J’ai envie ici d’exprimer le mien. Crûment.
Quand j’ai intégré pour la première fois une pouponnière, c’était à la demande du département car ma première volonté était de rejoindre une crèche ou une halte-garderie. J’y suis donc allée armée des définitions trouvées dans le journal officiel et de ce qu’on m’en avait dit en entretien d’embauche. Les locaux étaient neufs, le personnel agréable et accueillant… Et malgré cela une phrase prononcée par une ancienne collègue de crèche relatant sa propre arrivée en collectivité m’est revenue à la mémoire, car elle correspondait à la situation telle que cette collègue l’avait vécue:
» Je suis entrée dans une cage à fauves, avec ce sentiment de ne pas pouvoir en sortir «
Cette phrase a immédiatement encré mon esprit alors qu’en crèche je n’avais jamais eu cette sensation.
Cette phrase ne fait pas référence aux enfants ou à leurs parents mais bien au travail en institution…
Chacune de mes nouvelles collègues me jaugeaient du regard, testaient mes réflexes professionnels, interrogeaient mon passé, se questionnaient sur mon présent. On me faisait visiter des locaux que j’assimilerais volontiers à un territoire. A moi de rejoindre le groupe ou d’en être exclue.
J’ai choisi de le rejoindre et de me plier par la même occasion à leurs us et coutumes « sociales »
Mais ce sentiment d’enfermement était également lié à la structure en elle-même. En visitant les lieux on s’aperçoit qu’une pouponnière vit en vase clos. Rien n’en transpire. La pouponnière peut être vétuste ou au contraire lumineuse et vaste la réalité est là : c’est un lieu professionnel autarcique. Peu importe la superficie des lieux, ses espaces verts, ouverts, etc… vous y êtes « enfermé ». Les liens avec l’extérieur sont existants mais restreints et ne viennent en aucune manière violer le secret de l’établissement.

