« Ne vous attachez pas trop à cet enfant » lui dit sa responsable, alors que celui-ci s’accrochait aux jambes de la professionnelle.
Lorsque nous nous donnons des règles de conduite, il nous faut toujours les relier à ce qui a motivé la nécessité de ces règles. Pourquoi l’enfant n’aurait-il pas le droit de s’attacher à sa maternante s’il en éprouve le besoin ? Son élan spontané vers sa source de soin et d’affection est-elle blâmable ? N’avons-nous pas comme soucis d’offrir à cet enfant un climat relationnel sécurisé, bon pour son épanouissement ? Quand on parle du » trop », il arrive du « manque ». S’il nous faut doser notre « niveau » d’affection pour un enfant, quelle sera la bonne mesure ? Une prise en charge qui aurait comme frein mécanique le risque d’un trop plein d’attachement perdrait de sa souplesse, de sa spontanéité et l’enfant ne s’y tromperait pas. Puisque l’objectif serait détourné de l’enfant lui-même pour viser l’adulte et la surveillance de ses états émotionnels. Il serait plus sage de se fier à l’enfant et de lui faire confiance. Soucions nous plutôt qu’il reste sujet de l’action et écoutons les signaux qu’il ne manquera pas de nous donner.
» La bête humaine » de Zola nous renvoie à tous ces moments ou la « mécanique intelligente » qui nous dicte la bonne conduite, pourrait nous faire oublier que nous sommes les moteurs réels des actions que nous effectuons. De là à nous éloigner du questionnement sur le pourquoi de nos gestes et de la responsabilité sur le résultat de nos actes, il n’y a qu’un pas. Celui-ci semble vouloir être franchi par le biais de conceptions qui s’appliquent à l’insu du professionnel. Elle découle d’ idées conçues à partir d’inquiétudes justifiées ou non. La crainte d’appropriation de l’enfant, crainte portée par le cadre institutionnel et sourdement perceptible par le professionnel « accompagné » dans sa relation avec les enfants dont il s’occupe, l’enferme malgré lui dans une grille préconçue de comportements « à éviter ». Cette crainte oublie que l’humain ne se mécanise pas, qu’il ne peut être programmé dans une attitude de distance et de gestes « appropriés ». L’élan naturel de l’enfant ne peut qu’inciter à une réponse toute aussi naturelle. La mécanisation de la pensée ne peut opérer auprès de l’enfant qui attend de nous qu’on le rassure sur notre affection réelle envers lui. Cet un être intelligent qui peut cerner une attitude de réserve et s’en émouvoir. Qui à part une bête ne tiendrait pas compte de l’intelligence de l’enfant ? Nous ne sommes pas encore des machines humaines.
Gardons notre réactivité bien humaine et laissons la locomotive de Zola vrombir à nos oreilles, car la pensée machine est une compagne bien utile quelque fois mais comme toutes les machines elle ne saura que partiellement nous satisfaire, jusqu’au prochain progrès.

