Ni homme ni Dieu pour veiller sur les Enfants Trouvés, seulement la loi
L’histoire des Enfants trouvés ou abandonnés trouve ses origines avec la naissance de l’humanité. Aussi loin que remontent les premières traces de vie de l’homme sur terre il est fait part d’abandons d’enfants. Est-il besoin de citer les plus célèbres ? De Moïse à Oedipe en passant par Romulus et Remus, qui ne connait pas ces enfants dont le destin les prédestine à une vie extraordinaire à défaut d’une mort toute trouvée. Car la toute première loi qui protège – ou plutôt sélectionne – les enfants abandonnés n’est pas issue des mains de l’homme, mais de la Nature.

Mère Nature est la plus dure, la plus intransigeante des lois: celle qui décide si l’enfant a suffisamment de force et de volonté en lui pour dépasser ses limites physiques, affronter la faim et les éléments extérieurs pour être encore en vie lorsque quelqu’un le découvrira. Qu’il s’agisse de la fille du pharaon ou d’un simple berger, d’une louve ou de colombes, peu importe qui protègera l’enfant abandonné, il faut savoir que c’est celui-ci qui le premier a manifesté sa soif de vivre et qui par ce fait mérite tous nos soins.
Cependant il faut bien admettre que tous les enfants abandonnés n’ont pas connu le même destin extraordinaire qu’un Cyrus ou une Sémiramis, et à ces autres anonymes du pécher et de la misère, des guerres et des famines, il faut trouver un toit.
Ainsi naissent les premières lois cette fois-ci rédigées de la main de l’homme. Certaines demeurent encore aujourd’hui le ciment de notre législation et permettent de situer la place qu’a occupé l’enfant dans notre société à travers les siècles.
Donnez, donnez, Dieu vous le rendra
La majeure partie des lois protège les enfants de la mort, mais rares sont celles qui les protègent lors de leur frêle existence. Ainsi pullulent dans les grandes capitales européennes une nouvelle classe d’indigents: celle des enfants trouvés. La plupart sont livrés à eux-même ou aux mains de gens peu scrupuleux qui n’hésitent pas à en faire un commerce. Cela fait tâche dans une société vouée désormais au culte du Dieu unique qui prône les bonnes actions, influe sur la manière d’agir et promet l’expiation ou le paradis selon notre degré de sainteté ou de richesse. Puisque la populace néglige ses enfants, l’église les soignera.
N’allez pas croire que l’idée lui est descendue du ciel. C’est en voyant l’immense popularité du seigneur Guy de Montpellier, suscitée par l’hôpital dépositaire qu’il fonda dans sa ville pour venir en aide aux indigents et aux enfants, que la sainte église décida d’en créer un à Rome. L’ordre du Saint Esprit était né.
Plusieurs siècles plus tard un autre homme deviendra tout aussi célèbre et aimé du peuple; il s’agit bien évidemment du prêtre Vincent de Paul qui fonda sa propre congrégation et que l’on associe désormais dans toutes les églises de France aux enfants abandonnés.

L’essor des plus prestigieux ordres hospitaliers est dès lors associé à leurs oeuvres de bienfaisance. Depuis Guy de Montpellier, plus aucun dignitaire, plus aucun seigneur, plus aucun Roi n’osera se soustraire aux devoirs qui les lient envers les classes indigentes de la société. Afin de puiser davantage dans les bourses des Français, il faut leur montrer qu’une partie des impôts est versée auprès des plus pauvres.
Un exemple d’oeuvre de bienfaisance créée par François 1er et sa soeur Marguerite de Valois: l’hôpital des Enfants Rouges, qui venait en aide aux orphelins. Ces derniers devaient porter des vêtements de drap rouge, caractérisant la charité chrétienne du bon Roi. Nous n’en sommes pas encore aux costumes réglementaires du Foundling Hospital de Londres mais le résultat est le même: l’apparence. Et l’apparence, quelque soit le siècle et la société, prime sur le reste.

Cependant nourrir, loger, éduquer un enfant a un coût. Si vous vous amusez à feuilleter les quelques 800 pages du tome 2 des travaux de la commission des Enfants trouvés de 1849, alors munissez-vous de patience et d’une calculatrice car les différents trésoriers du rois ou régisseurs des hospices dépositaires se sont arrachés bon nombre de tifs pour arriver à boucler un budget chaque année un peu plus déficitaire que la précédente. On ne compte plus sur la générosité du peuple qui dans les premiers siècles faisait don d’argent, d’objets, de biens immobiliers aux églises. Au fur et à mesure que l’impôt s’est alourdi pour le contribuable, au fur et à mesure que ce contribuable s’est appauvri, au fur et à mesure que l’église s’est dissociée du croyant bien avant qu’elle ne se dissocie de l’état, les dons se sont amenuisés tant et si bien que c’est dans de nouveaux impôt qu’il a fallu rechercher l’argent nécessaire à la survie des enfants abandonnés, trouvés et orphelins.


A l’époque Nestlé n’existe pas et n’a pas encore la main mise sur le lait maternisé en boîte. Le lait on le tire – si vous me permettez l’expression – à la source: c’est à dire au sein des nourrices. D’ailleurs la racine du mot nourrice c’est nourrir. Une nourrice était avant tout rémunérée pour offrir son lait lorsque celle-ci avait perdu un bébé en couches ou qu’elle avait sevré son propre enfant pour en nourrir un autre. Ici encore il en sera fait un commerce honteux mais que voulez-vous ? C’est toujours ainsi lorsque la demande est plus forte que l’offre.

Venons-en plutôt au fait, celui des habits nécessaires à revêtir par tout temps un « Enfant Trouvé ». Ici encore la vêture représente un coût, surtout lorsque l’humain miniature grandit plus vite que ne pousse l’argent. Pas de discount du textile, le tissu se vend au mètre et c’est généralement à vous de confectionner les habits de votre bambin. Lorsqu’il s’agit de les acheter confectionnés cela nécessite davantage d’argent. On demande donc à ce que le tissu soit solide, les coutures proprement piquées, l’habit pratique et épais, peu onéreux à l’achat mais facile d’entretien. Ainsi les tabliers ont-ils la côte, car ils recouvrent les vêtements des enfants pour éviter de les salir ou de les abîmer.
Pour preuve qu’un vêtement d’enfant coûte cher à l’époque (surtout lorsqu’il est multiplié par les plusieurs dizaines de milliers d’enfants trouvés), si vous êtes nourrice et que l’hospice vous fournit un trousseau pour l’enfant recueilli à votre domicile, vous devrez lui rendre les habits sitôt que l’enfant grandit ou qu’il décède. Si le vêtement est trop abîmé vous devrez le raccommoder et si il est trop rapiécé vous pourrez l’échanger contre un nouveau à condition de fournir à l’inspecteur le vêtement usagé. Si vous ne pouvez pas fournir l’habit les frais vous incomberont.
Pourquoi une telle sévérité ? Eh bien à cause des abus en tous genres dont ont été victimes les Enfants Trouvés. Ainsi il n’était par rare pour un inspecteur de découvrir que les habits fournis par l’assistance publique servaient aux propres enfants de la nourrice et non à celui sur qui elle était sensée veiller contre rémunération. Il n’était pas rare non plus que l’enfant trouvé en question était décédé et remplacé par un autre enfant: soit celui de la nourrice ou d’une voisine qui bénéficiait ainsi et des vêtements, et de l’argent nécessaire à son éducation.
J’aurais pu arrêter mes recherches là. Cependant j’ai eu l’intuition que les habits des Enfants Trouvés nous en apprendraient davantage encore sur leur histoire et leur époque. Pour cela j’ai fait appel à une véritable historienne de la mode enfantine qui collabore à ce projet: voici le lien menant vers son blog en attendant le lien vers son premier article dédié aux enfants trouvés et aux pouponnières. Cette article, elle m’en a autorisé la lecture en avant-première et si vous savez être patients vous ne serez pas au bout de vos surprises ni de votre soif de connaissance.
Blog de Popeline
Donc à très bientôt !
MuB

