Souvenirs
Je m’appelle Sylvie, j’ai 58 ans et suis mariée à Didier depuis trente neuf ans. Nous avons deux fils – les réussites de ma vie – et avons quatre petits-fils – notre fierté.
J’ai choisi de faire ce petit mémoire afin d’illustrer tous mes souvenirs sur la pouponnière Paul Manchon d’Antony et d’y ajouter ceux que ma mère Georgette m’a transmis. En effet, il me paraissait indispensable de parler de ma mère qui était maternante à la « poup » et de vous expliquer qui elle était, d’où elle venait ….son histoire, votre histoire vous enfants de toutes les pouponnières ….
La pouponnière Paul Manchon d’Antony était un établissement dans lequel ont été élevés des enfants de l’Assistance publique adoptables ou pas et confiés à celle-ci pour de courts ou moyens séjours. Mes souvenirs sont ceux de mon enfance et ceux de ma courte expérience professionnelle en tant qu’agent hospitalier.
Ma mère, Georgette Defosse est née le 27 février 1932 à Paris XIVème, de mère bretonne et de père inconnu. Toutefois, maman a su –je ne sais pas comment – que son père était guadeloupéen.
En 1932, être fille-mère et de surcroît d’une enfant de « couleur », j’imagine que la vie n’a pas été tous les jours facile pour cette bretonne du nom d’Augustine Defosse qui a choisi ou pas, de laisser à l’âge de deux mois sa fille Georgette aux bons soins de l’Assistance publique, avec pour tout héritage son nom de jeune fille.
D’ailleurs, beaucoup plus tard, les recherches faites par maman sur sa mère biologique lui apprendront que cette dernière ne s’était jamais mariée et n’avait pas eu d’autre enfant qu’elle. Elle repose depuis longtemps déjà, dans un cimetière de Rennes.
Mais, nous sommes toujours en 1932 et bébé Georgette est placée – le terme peut choquer, mais c’est le mot qui était utilisé par les agents placiers de l’Assistance publique – dans une famille à Semur-en-Auxois vers ses deux mois et demi.
D’ailleurs, petite anecdote sur ce « placement » qui pour l’agent placier commençait à prendre des allures de cauchemar. En effet, il a promené bébé Georgette dans sa voiture durant plus d’une semaine car les braves nourrices s’écriaient dès qu’elles apercevaient la petite frimousse noire de ma mère. « Un petit nèèèèègre ! et qu’est-ce qu’il mange ? Non ! Monsieur, je ne pourrai jamais m’en occuper ! » Et oui, vous lisez bien !!!
Alors, le placier demanda à une autre nourrice, qui n’était pas sur sa liste mais qu’il connaissait bien, de lui garder la petite durant une semaine afin de lui trouver une nourrice, sans être obligé de la promener dans toute la campagne bourguignonne.
Madame Lucie Bourgoin qui élevait des enfants de l’A.P. depuis plusieurs années accepta d’aider l’agent placier et lui fit promettre de revenir sans tarder.
C’est ainsi qu’après une semaine, ce monsieur se présenta de nouveau pour reprendre la petite chose qui faisait peur et à son grand étonnement mais à sa plus grande joie, Madame Bourgoin lui dit : « alors vous me flanquez la gamine dans les bras, puis vous revenez me la reprendre comme ça ! mais, c’est que je me suis attachée et je voudrais bien la garder ! ».
Le placement des enfants dans les familles n’excédait jamais la durée de 3 ans. Lucie Bourgoin fut « récompensée » pour ses bons et loyaux services et eut l’autorisation de garder bébé Georgette au-delà de ce délai et de l’élever jusqu’à sa majorité.
1. La photo sur laquelle Georgette est la plus petite, peut-être une des premières …

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C’est ainsi que bébé Georgette grandit chez Alexandre et Lucie qu’elle appela « papa et maman ». Les enfants du couple devinrent pour la vie ses frères et soeurs. Elle vécue heureuse jusqu’à sa majorité dans un foyer chaleureux et aimant, au coeur d’un petit village d’époque médiévale en Bourgogne. Pour beaucoup de gens à Semur-en-Auxois, elle avait été le premier enfant de couleur que l’on voyait en vrai !
2. Semur-en-Auxois en Côte d’Or, le berceau de Georgette.

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3. Georgette entre son père Alexandre et sa mère Lucie Bourgoin lors du mariage d’Andrée leur fille biologique avec Gaston.

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4. Carnaval : Georgette en chinoise : vous croyez ça ?!

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5. Georgette et sa nièce Jacqueline, la fille d’Andrée et de Gaston (les mariés – photo 2).

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6. Georgette et sa maman, le jour de sa communion.

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En 1952, Georgette quitta son petit nid douillet pour monter à Paris et plus exactement pour descendre à la station de métro d’Antony. A l’époque l’appellation « RER B » n’existait pas, la station « Antony » et toutes ses voisines de la même ligne, faisaient parties du métropolitain.
Elle commença ses cours à la pouponnière Paul Manchon afin de devenir soignante donc infirmière diplômée d’état. Ses ambitions furent revues à la baisse lorsqu’elle tomba enceinte de son premier enfant : moi !
7. Les années passent …
Georgette, élève infirmière, rejoint sa chambre sous les toits de la pouponnière.

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8. La tenue de l’époque à la pouponnière : le grade était visible sur le voile.

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C’est donc en tant qu’aide-soignante que maman fit toute sa carrière professionnelle à la « poup ». Ah oui ! , elle n’est pas tombée enceinte, comme on tombe du ciel ! Henri est mon père et celui de mes deux frères et quatre soeurs qui suivirent. Ils se sont connus le 14 juillet 1953 au bal des pompiers d’Antony, se sont mariés en août 1954 et je suis arrivée pour bercer leurs nuits à partir du 23 novembre de la même année. Eh oui ! Je suis ce qu’on appelle une enfant de l’amour !
9. Août 1954 Georgette et Henri se marient, ils auront 7 enfants.

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10. Photo de 1962, de gauche à droite : Sylvie avec Corinne dans mes bras, Jean-Luc, Catherine, et Bruno. Valérie et Brigitte viendront plus tard.
Tout ce petit monde fréquentera la crèche et le patronage de la poup.

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11. Photo prise dans la cour intérieure de la pouponnière en 1962, sous les fenêtres de la crèche.

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Donc, Georgette travaille à la pouponnière et met ses enfants à la crèche du personnel. Plus tard, nous irons au patronage de la « poup » durant de nombreuses années tous les jeudis, certains dimanches, et certaines vacances scolaires. Elle travaillera de jour et puis de nuit durant plusieurs années et de jour à nouveau. Sa carrière sera morcelée par les grossesses et les maladies, toutefois elle fera une carrière presque complète.
Georgette enfant naturelle d’Augustine, Georgette enfant de l’Assistance publique, Georgette enfant de Lucie et d’Alexandre. Puis, Georgette mère courage, Georgette ma Maman, Georgette notre Maman !
Les photos qui vont suivre, ont été prises lors de la destruction de la pouponnière. Aussi, il vous sera plus facile de situer les lieux en vous référant à cette photo avec points de repérage.

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Première entrée de la pouponnière celle que Georgette a empruntée lorsqu’elle était élève infirmière et que j’ai connue également avant mes 10 ans. Il y avait des gardiens : Monsieur et Madame Bonnamy. A l’époque on disait « qu’ils tenaient la loge ». La pointeuse était tout de suite après voir passé cette porte et monté 2 ou 3 marches.

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Nouvelle entrée qui en fait existait mais qui n’était pas utilisée en tant que telle. Il y avait une grande porte de couleur bleue grise qui était plus haute que le mur. Elle sera remplacée par ce portail et deviendra le nouveau et seul passage pour le personnel et les visiteurs.

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Nouvel accueil pour les visiteurs et entrée du personnel, la pointeuse se trouve à gauche en entrant. Au-dessus se trouvent des pièces appartenant à l’appartement de la directrice.
Vue sur l’appartement de la directrice aux 1er et 2ème étages.
On aperçoit la cour intérieure puisque tout un pan de mur a été abattu matérialisé par le pointillé rouge. Ce mur correspondait à la partie H, où se trouvaient les bureaux et les salles de classes à l’époque de Georgette (cf plan). On voit également la partie I d’où a été prise la photo du plan.
On se rend bien compte de la différence de niveau du sol entre l’accueil qui est au niveau de la rue et celui de la cour intérieure en contre bas.

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Le 1 où se trouve l’oratoire service qui en 1971 recevait les enfants les plus grands, le 2 pour les services du 1er et 2ème étages le 3 pour les chambres des employés logés sur place.
La photo de gauche représente le milieu de l’immeuble, côté cour. La crèche est à droite de la porte (derrière l’engin) et à gauche est le début de la biberonnerie.

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Photo identique à celle de la page précédente mais avec une démolition plus avancée
Et pour finir, l’immeuble avec ses terrasses, côté parc.

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La pouponnière d’Antony n’est plus, mais son souvenir restera intact dans le coeur de ceux qui l’ont connue. Enfants de la pouponnière et vous maternantes, prenez soin de vous et soyez heureux !
SBY

