Saint Vincent de Paul(e)



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Ce qui rend Saint Vincent de Paul(e) proche du croyant c’est son histoire. Sa piété et ses actions l’ont fait aimer du peuple.
Il faut dire qu’il est le premier à s’intéresser à des causes perdues tel que les « enfants trouvés ». En effet, bon nombre d’entre eux décédaient suite à leur abandon ou aux mauvais traitements liés à leur accueil dans des foyers mal intentionnés !
Dans ses travaux de la commission des enfants trouvés, J.E Valentin-Smith tient cependant à préciser qu’à l’époque où parut St Vincent de Paule, il existait pour les enfants trouvés « des droits à l’assistance, des droits légaux, des droits positifs, dont ne jouissaient pas les autres indigents ».
Mais alors pourquoi St Vincent de Paul fut aussi célèbre et l’associe t-on aux enfants trouvés ? Pour cela replongeons nous dans son époque:
En effet, les enfants trouvés bénéficiaient de la charité légale, terme anglais qui sous-entend que chacun devait donner une somme d’argent uniquement dédiée à payer les frais d’éducation des enfants trouvés. Mais cela était contraint, forcé, lié à une dette et n’avait plus l’once d’un gramme de charité. Souvenez-vous, si vous lisez attentivement les articles de ce blog, des différentes mesures qu’ont dû prendre les rois qui se sont succédés pour permettre à l’hôpital du Saint Esprit de perdurer. Les gens donnaient de moins en moins d’argent et bientôt l’hôpital fut contraint de saisir le mobilier des enfants décédés pour se faire rembourser des frais que refusaient de payer les familles pourtant parfois aisées.
De plus, seuls les enfants nés de mariage légitime avaient droit d’assistance, pour les autres… mieux valait qu’ils bénéficient de la charité d’une église ou d’une famille honnête, ce qui était rarement le cas.
La situation des enfants placés à l’hôpital général n’est pas meilleure. Certes, ils bénéficient d’une éducation, mais qui n’est pas réglementée. Leurs conditions d’accueil furent décriées et révélées au grand jour et surtout à St Vincent de Paule: « Ceux auxquels la charité légale était imposée cherchaient souvent à s’y soustraire, et il leur était facile de le faire dans les grandes villes. A Paris, on plaidait pour éviter de payer cette charge; on y avait satisfait, du reste, quand on avait soldé la taxe à la maison de la couche. Une veuve présidait à cette maison, sur la fin du règne de Louis XIII; mais l’hospitalité qui y était donnée ne fut qu’une source d’abus:
Les servantes, fatiguées des soins qu’elles donnaient aux enfants, en firent un commerce scandaleux; elles les vendaient à 20 sous la pièce, pour de prétendues opérations de magie. Dès que ces désordres furent connus, on cessa de recourir à un hospice si dangereux, les enfants furent transportés près de Saint-Victor. Les dons de quelques personnes vertueuses ne suffisaient pas à leur subsistance. Le nombre de ces enfants étant devenu trop grand, on tira au sort ceux qui seraient élevés, les autres étaient abandonnés. Des mendiants les achetaient pour exciter la pitié; des nourrices, pour gagner l’indemnité allouée, ne leur offraient qu’un lait corrompu. »

C’est ainsi que Vincent de Paule est alerté par les dames de la charité et qu’il décide à titre expérimental de créer un établissement uniquement dédié à la cause des enfants trouvés. Nous sommes en 1638.

10 ans plus tard il convoque une assemblée de dames charitables où il rappelle que la fondation a déjà sauvé 600 enfants. Il délivre un véritable plaidoyer en faveur de leur cause qui fut si convainquant que le jour même l’hôpital des enfants trouvés avait trouvé les capitaux pour poursuivre son oeuvre ! Pour preuve, voici un extrait de son plaidoyer:
« Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos Enfants, vous avez été leur mère selon la grâce, depuis que leurs mères, selon la nature, les ont abandonnés, voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner, cesser d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges. Leur vie et leur mort sont entre vos mains; il est temps de prononcer leur arrêt, et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront si vous continuez d’en prendre un soin charitable, et, au contraire, ils mourront et périront infailliblement si vous les abandonnez. »

Sa fondation est reconnue et officialisée par l’Etat en 1670 : l’édit royal crée l’Hôpital des Enfants-Trouvés.
Le terme « aide à l’enfance » qui fait aujourd’hui penser à celui plus contemporain de « aide social à l’enfance » est né de cette période cruciale ou Vincent de Paul pose les premières pierres solides de l’édifice. Il établit un règlement pour l’accueil et le placement des enfants et définit des principes stricts pour le recrutement des nourrices. Bref, la machine est lancée !
L’hôpital des enfants trouvés – L’oeuvre de St Vincent de Paul(e)
Lettre patente du roi Louis XIII, datée de juillet 1642 et portant don de la somme de 4000 livres au profit de l’hôpital des enfants trouvés:

Cette lettre du roi est très intéressante non pas par rapport à la somme allouée à l’oeuvre de St Vincent de Paule mais parce qu’elle décrit les conditions de survie ou de décès des enfants abandonnés.
En effet le roi y admet que peu d’enfants abandonnés et exposés dans les rues de Paris mais également dans ses faubourgs échappent à la mort. Le peu qui survit est revendu à des fins peu honorables, ce qui a ému et décidé les Dames officières de la Charité de l’Hôtel-Dieu de Paris à agir pour eux et pourvoir à leur éducation. Cette démarche est un si vif succès que le nombre d’enfants épargnés de la mort ou d’actes malveillants devient bientôt trop grand en comparaison des moyens déployés.
La somme de 3000 livres est une somme annuelle prélevée sur la ferme et la châtellenie de Gonesse afin de pourvoir à la nourriture, à l’entretien et à l’éducation des enfants trouvés. La somme de 1000 livres est réservée à la nourriture, l’entretien et le logement des filles servantes de la Charité qui les encadrent.
Lettre patente du roi Louis XIV, datée de juin 1644, élevant la somme allouée aux enfants trouvés à 8000 livres par an, à prendre sur le revenu des cinq grosses fermes:
Cette lettre nous apprend que le roi Soleil poursuit les dons de son défunt père auprès de l’hôpital des enfants trouvés de Paris. A ceux-ci s’ajoutent les aumônes des particuliers. Cependant ces sommes ne suffisent pas car le nombre d’enfants trouvés recueillis par l’hospice est toujours croissant et dépasse désormais le chiffre de 400. Leur entretien et leur nourriture dépasse les 28000 livres par an. C’est pourquoi le roi décide d’augmenter la somme allouée à leur éducation qui passe à 8000 livres par an.
Edit du roi Louis XIV, daté de juin 1670, pour l’établissement de l’hôpital des enfants-trouvés, uni à l’hôpital général:

Dans cet édit Louis XIV retrace l’historique si je puis dire des dons versés par la royauté, le parlement de Paris et les seigneurs hauts-justiciers pour l’entretien des enfants exposés. Ces âmes pieuses et chrétiennes considèrent combien « la conservation des enfants exposés est avantageuse, puisque les uns peuvent devenir soldats et servir dans les troupes de sa majesté, les autres ouvriers ou habitants des colonies que le roi établit pour le bien du commerce du royaume ».
On y apprend également que la ville de Paris « s’est beaucoup accrue depuis ce temps, et que le nombre des enfants exposés s’est fort augmenté« . Les dépenses annuelles en leur faveur s’élèvent désormais à plus de 40.000 livres par an. Il n’y a à cette époque quasiment plus d’aumônes hormis celle des Dames de la Charité, poursuivant l’oeuvre de « feu sieur Vincent ». Le parlement de Paris et les seigneurs allouent également des sommes d’argent (15.000 livres) pour permettre la subsistance des enfants exposés, ce qui oblige le roi, dans un soucis de clarté,de simplicité et afin que survive l’oeuvre de Vincent de Paule, de déclarer officiellement l’hospice des enfants-trouvés « hôpital de Paris », au même titre que les autres existant à l’époque.
En cette qualité d’hôpital de Paris, l’hôpital des enfants-trouvés peut désormais « agir, contracter, vendre, aliéner, acheter, acquérir, comparer en jugement et y procéder, recevoir toutes donations et legs universels et particuliers, et généralement faire tous les autres actes dont les hôpitaux de notre dite ville et faubourgs de Paris sont capables ».
Le roi Louis XIV annonce également qu’il augmente à 11.000 livres la somme d’argent adressée au receveur de l’hôpital pour l’entretien des enfants-trouvés , et 1.000 livres à la supérieure desdites Soeurs de la Charité. La direction de l’hôpital des enfants-trouvés sera faite par les directeurs de l’hôpital général, puisque par cet édit les deux établissements ont officiellement été unis. Pour finir le roi exhorte les Dames de piété qui ont contribué par leur dons et leur soins à l’entretien et l’éducation des enfants-trouvés à continuer, en leur permettant l’administration d’une partie des biens de l’hôpital selon le règlement de celui-ci.
Le 12 février 1675, le roi augmente le montant du don auprès de l’hôpital des enfants-trouvés à 20.000 livres annuelles, prélevé sur les domaines de Sa Majesté.
Déclaration du Roi du 20 mai 1680, portant union de l’administration des biens de l’hôpital des enfants-rouges à celle de l’hôpital des enfants trouvés:
Louis XIV nous rappelle dans cette déclaration que l’hôpital des enfants-rouges de Paris a été fondé par le roi François 1er, en l’an 1536.
J’ouvre une parenthèse pour préciser que dans cette déclaration du roi Louis XIV, il n’est pas fait allusion à la soeur de François 1er, Marguerite de Valois, que d’autres ouvrages historiques désignent comme la fondatrice de l’hôpital. L’établissement était situé dans le quartier du marais, et destiné aux orphelins de père et de mère trouvés à l’Hôtel-Dieu de Paris. Nous savons que les enfants nés de mariage légitime étaient transférés à l’hôpital du St Esprit en grève (voir articles précédents). François 1er nomma l’établissement « hôpital des enfants-Dieu », et exigea que ses petits pensionnaires soient vêtus de vêtements de drap rouge, symbole de charité chrétienne, d’où la vulgarisation du terme « hôpital des enfants-rouges ».


Situé au 39 rue de Bretagne, le marché des enfants rouges, inscrit aux monuments historiques, est aujourd’hui le plus vieux de Paris
Revenons à présent à la déclaration de notre bon roi Louis XIV, qui lui nous explique que ledit hôpital se devait à l’origine d’élever les enfants dont les pères et mères étrangers meurent à l’Hôtel-Dieu, mais que cette pieuse intention n’a pas été poursuivie, et que l’on y a reçu seulement quelques enfants, « suivant que les administrateurs ont estimé à propos de les choisir ».
Comme il n’est pas judicieux d’ajouter à la charge de l’Hôtel-Dieu, déjà soumis à de rudes dépenses liées aux indigents, l’éducation « des pauvres enfants de cette qualité », comme il est hors de question de les confier à l’hôpital des enfants-trouvés déjà en charge de plus de 2300 enfants, parmi lesquels « il y en a un très grand nombre de cette qualité, sans qu’ils jouissent des biens destinés à cet effet pour en soutenir partie de la dépense. » C’est à dire que bon nombre des enfants indigents qui devraient se trouver à l’hôpital des enfant-rouges et être nourris et élevés par son administration le sont au sein et aux frais de l’hôpital des enfants-trouvés.
De ce fait, le roi unit l’hôpital des enfants-rouges à celui des enfant-trouvés, le tout continuant d’être administré par les directeurs de l’hôpital-général. A leur charge d’employer les biens à la nourriture des enfants orphelins de père et mère étrangers décédés à l’Hôtel-Dieu, et à celle des autres enfants exposés ou abandonnés. Si besoin est les enfants de l’hôpital des enfants-rouges seront transférés à l’hôpital-général pour y être instruits, nourris et élevés parmi les autres pauvres enfants de celui-ci.
Déclaration du 26 juillet 1771 du Roi Louis XV, portant attribution de différents droits pendant 3 ans, en faveur de l’hôpital général et des enfants trouvés:
Cette fois-ci nous sommes en compagnie de Louis XV, cependant l’histoire ne nous apprend rien de nouveau concernant l’hôpital général et ses difficultés croissantes à gérer la nourriture et l’entretien des enfants trouvés. Cela fait quinze ans qu’ils entretiennent le roi de la nécessité d’agir en leur faveur. Comme à l’habitué, les revenus diminuent, les aumônes disparaissent, la loterie ne rapporte quasiment plus rien et le nombre d’enfants indigents s’accroît (6.000 enfants existants) en même temps que leur décès au sein des établissements parisiens. Mais alors qu’est-ce qui change dans cette déclaration ?
Eh bien le destin des enfants trouvés prend un virage nouveau car les directeurs et administrateurs de l’hôpital général rendent compte au roi que si les décès d’enfants augmentent inexorablement, c’est lié au fait qu’ils sont rassemblés en un trop grand nombre dans un même lieu. Ils proposent donc au roi d’augmenter le revenu des nourrices durant la première année de vie de l’enfant afin qu’ils soient convenablement sevrés et remis ensuite dans les campagnes auprès de fermiers ou de fabriquants moyennant une modique pension.
Le roi et son conseil trouvent l’idée bonne et acquiescent… pour ensuite se rétracter de peur que les sommes à investir dépassent leur générosité. C’est pourquoi ils trouvent un compromis en allouant au projet la somme de 20.000 livres par mois, prise sur les revenus ordinaires. Les résultats dépassent rapidement leur attentes: il meurt un enfant sur cent qui sont répandus dans les campagnes à 40 livres la pension, si bien que leur nombre s’élève à 10.425, qu’ils accroient les populations rurales, y fournissent de la main d’oeuvre et augmente les richesses des familles accueillantes. Le roi donne donc le feu vert à la poursuite de ce projet exécuté avec tant de zèle par les administrateurs de l’hôpital général.
L’hôpital général, il souffre tout autant que ses malades, ou devrais-je dire que ses prisonniers. En effet l’hôpital général est un peu une foire à tout… à tous les maux de la société… que l’on y enferme sans distinction: vieillards, mendiants, pauvres, prisonniers, prostituées, voleurs, fous, enfants indigents… J’ouvre de nouveau une parenthèse pour vous expliquer un peu comment fonctionnait l’hôpital général: en fait il faut effacer de votre imagination un bâtiment unique. L’hôpital général désigne plusieurs hôpitaux parisiens:
il regroupe à l’origine de sa création cinq établissements: la Salpêtrière, Bicêtre, la Pitié, la maison Scipion et la savonnerie de Chaillot. Par la suite se sont greffés d’autres hôpitaux tels que ceux précédemment cités dans mes articles; à savoir l’hôpital des enfants trouvés, celui des enfants rouges et bien d’autres puisque nous nous intéressons dans ce blog à leur histoire.
Observons maintenant les administrateurs de l’hôpital dont nous avons maintes fois parlé: L’hôpital général à été créé fondé en 1656 par Louis XIV. Il est dirigé par le gouvernement civil et l’église. Les 4 principaux chefs de l’administration sont l’archevêque de Paris, le Procureur général du parlement, le lieutenant de police et le prévôt des marchands.

L’hôpital général de Paris au XVII siècle
Revenons en à la déclaration du roi qui, pour venir en aide à l’hôpital général et à celui des enfants-trouvés, et afin de pourvoir à leurs dépenses qu’ils devine chaque année supérieures aux précédentes, créé de nouvelles taxes et augmente certains impôts sur l’étendue du territoire.
Lettres patentes de mai 1772 portant suppression de l’hôpital des Enfants-Rouges, et union de ses biens et revenus à l’hôpital des enfants-trouvés de Paris:
L’intitulé résume à lui seul la situation. L’hôpital des enfants-rouges n’a plus de raison d’exister depuis que l’hôpital général et surtout celui des enfants-trouvés ont été créés et auxquels il ajoute trop de frais et pas assez de revenus.Les enfants regagnent donc l’hôpital général ou ils seront nourris, élevés et instruits comme le veut notre roi le Bien-Aimé.
Lettres patentes de mai 1791, portant union des bien de l’hôpital Saint-Jacques à celui des Enfants-Trouvés:
Louis XVI permet au administrateurs de l’hôpital des Enfants-trouvés de jouir des bâtiments et des terrains pour y recevoir les nouveaux-nés abandonnés atteints de maladies communicables. Laissons lui la parole si vous le voulez bien et lisez plutôt:
« Il n’est point à Paris d’établissement de charité qui ait plus besoin et qui mérite plus d’être secouru que celui des Enfants-Trouvés, eu égard au grand nombre d’enfants dont il est surchargé. »

« Les administrateurs de l’hôpital Général, toujours attentifs à perfectionner cet asile de l’enfance abandonnée, et à en écarter tous les dangers, nous on fait représenter qu’un grand nombre des enfants qu’on y amène étant infectés, en naissant, du germe de la corruption de leurs pères et mères, ne doivent ni être livrés à des nourrices auxquelles ils les communiquent, ni rester confondus avec les autres enfants qui seraient exposés à cette contagion. »
Vous avez deviné: le roi fait allusion à la syphilis. Voici une photo issue du musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis bien plus parlante:
Les administrateurs de l’hôpital général soumettent donc au roi l’idée de former, dans les environs de Paris, un établissement pour accueillir tous les enfants que l’on soupçonne d’être atteints « de ce venin ». Les soupçons se portent soit au travers « la visite et l’inspection, soit par les témoignages des accoucheurs et sages-femmes ». A noter que ces enfants y seront nourris et élevés sans nourrice, et avec du lait, en employant toutes les précautions nécessaires pour leur conserver la vie et éviter toute contagion.


