L'hôpital général de Paris au XVII siècle

Extraits du registre des délibérations du bureau de l’hôpital-général, tenus à l’archevêché

Ceux qui se sont chargés d’enfants trouvés ne pourront les retenir après l’âge de 25 ans qu’en leur payant un gage, suivant l’usage du pays:

Permalien: Gallica

Il est intéressant cet extrait, parce qu’il révèle les vrais raisons du départ des enfants des familles accueillantes ou bien les autres raisons qui font que celles-ci veulent les retenir. Pour preuve:

Ces enfants sont emmenés dans les campagnes et pris en charge par des paysans, bourgeois et artisans de leur 6 ans (âge du placement) à leur 25 ans (âge auquel les enfants ne sont plus redevables).

Cependant dès l’âge de 14 ans pour les garçons et 16 ans pour les filles il faut savoir que les familles élevant ces enfants ne touchent plus de pension puisque considérant que ces derniers sont utiles aux tâches de la ferme, du commerce ou de la maison qui les abrite.     Vous avez fait comme moi le calcul: une période de 11 ans pour les garçons et de 9 ans pour les filles s’écoule sans que ne leur soit versé un seul sou.

Et c’est là que la dure réalité de la vie dans nos campagnes se fait ressentir: la plupart des gamins s’en vont, puisque depuis l’âge de 11 ans la seule chose que peut leur offrir leurs protecteurs c’est le gîte et le couvert. Ils prennent donc le chemin de la liberté et de l’argent pour aller gagner ou perdre leur vie ailleurs vers 16-18 ans voire bien avant !

De l’autre côté c’est pas mieux. Souvenez-vous dans le précédent article: prendre chez soi un enfant trouvé c’est le faire aller à la guerre à la place des ses propres enfants grâce à l’idée nauséabonde du duc de Choiseul. Cette idée a germé dans toute la noblesse, la bourgeoisie mais également dans les provinces. Sauf que lorsque le gamin que t’élève pour soustraire le tien à l’armée atteint l’âge de la majorité qu’arrive-t-il ? Ton môme n’est plus exempt de la milice pardi !
Du coup que se passe t-il ? Eh bien il y a un intérêt vif et soudain pour les filles. On les préfère au garçons qui se sauvent trop vite des maisons ou fermes qui les ont abrités. De plus la pension pour elles va jusqu’à 16 ans ! Je vous offre ce petit extrait lisible comme vous le savez sur le site de Gallica:

Que d’ailleurs la différence de la pension des garçons à celle des filles … était encore un obstacle aux gens de la campagne, de prendre des garçons, dont il n’est pas possible de tirer du service aussi promptement que des filles, qui peuvent être employées dans l’intérieur des maisons ou des manufactures dès l’âge le plus tendre.

Voici pourquoi en ce 3 août 1772 il est décidé,  afin de sauver ces enfants de la misère en les laissant quitter si vite les campagnes, d’abaisser l’âge de leur engagement auprès des familles de 25 à 20 ans. Passé l’age de 20 ans, si les familles souhaitent les garder à leur service, elles seront tenues de les payer !

Et on continue d’en apprendre ! Deux tiers de filles sont placées dans les campagnes contre un tiers de garçons ! Du coup notre bon vieil Hôpital-Général décide d’octroyer la pension des garçons au même taux et jusqu’au même âge des filles ! Et si les familles ne veulent pas payer de gages, libre aux meneurs de placer les enfants plus avantageusement ailleurs !

Ordres demandés aux secrétaires d’Etat le 14 décembre 1772, pour que les généralités cessent d’envoyer à Paris les Enfants trouvés de leurs départements:

Soyez attentifs à cet extrait car il est important dans l’histoire des enfants trouvés. En effet, Paris est la capitale de la France mais surtout de l’indigence, et les enfants trouvés ne font pas exception. Ils viennent des 4 coins du pays et s’entassent au sein de l’hôpital-général aussi rapidement que les caisses ne se vident.

Il est loin le temps où l’hôpital des enfants trouvés ne devait accueillir que les enfants de la capitale. L’édit de juin 1670 stipule pourtant que les impôts demandés aux seigneurs des hautes justices de Paris, depuis réunis au Châtelet, ne doivent servir qu’à l’hôpital des enfants-trouvés donc forcément: aux petits indigents parisiens ! Les chiffres sont là: de 312 enfants accueillis en 1670, il passe à 890 dix ans plus tard, puis à 3150 en 1740 pour atteindre 6918 enfants en 1770. Deux ans plus tard ils montent à 8000 !

« La cause principale d’une multiplication si excessive, c’est qu’on amène chaque jour à Paris des enfants trouvés des provinces, et même des plus éloignées, ainsi qu’on en peut juger par un relevé de ce qui a été envoyé mois par mois, pendant la présente année… »

Résultat: plus d’un tiers des enfants trouvés parisiens viennent des provinces. Il est évident que l’hôpital des enfants trouvés, même s’il est situé à Paris, ne peut tous les accueillir, la maison de la Couche et celle du faubourg Saint-Antoine ne suffisent plus non plus à suppléer ledit hôpital. Du coup on emmène les garçons à la Pitié et les filles à la Salpêtrière qui dépendent des caisses de l’hôpital Général et non pas de la taxe prélevée aux seigneurs parisiens. Donc on prélève sur l’argent prévue aux malades celle qui ne suffit plus aux enfants indigents. A cela s’ajoute le problème des nourrices qui ne produisent pas suffisamment de lait et ne sont pas suffisamment en nombre compte tenu du nombre d’enfants. Faut-il noircir encore un peu plus le tableau en décrivant les conditions de voyage déplorables dans lesquelles arrivent les petits malheureux d’Auvergne, de Bretagne, de Flandre, de Lorraine, d’Alsace, des Trois-évêchés et j’en passe:

« …pendant ces longues routes qu’on leur fait faire dans des paniers ou dans des voitures ouvertes à toutes les injures de l’air, ils n’ont point de nourrices qui les allaitent, et ce n’est souvent qu’avec du vin qu’on les nourrit; que cette barbarie en fait périr un grand nombre dans le chemin, et que les autres, épuisés par les fatigues du voyage, n’arrivent que languissants, et nous avons la douleur de voir qu’ils meurent en beaucoup plus grand nombre que ceux qui sont de Paris; en sorte qu’outre la surcharge des hôpitaux de Paris et le dépeuplement des provinces que ce désordre entraîne, l’ordre public et l’humanité en souffrent également. »

Pourtant ces abus sont anciens et punis par des arrêtés cités dans les précédents articles publiés sur ce site, notamment celui qui interdit aux messagers, rouliers, voituriers… d’amener à Paris des enfants de province. Mais le temps que ces arrêtés se mettent en place, le nombre d’enfants trouvés était moins élevé donc moins préjudiciable.

C’est donc avec plus de fermeté qu’on interdit l’accès à l’hôpital des enfants trouvés aux provinciaux, qu’on les oblige à déposer les enfants dans les hôpitaux de leurs départements respectifs. Certes il résidera toujours à Paris des enfants exposés issus de la province mais leur signalement et celui des personnes les ayant déposés seront soigneusement notés sur des procès-verbaux qui donneront suite on non à des sanctions.

1er mars 1773: fixation des mois de nourrice, à raison de la deuxième année, de 5 livres la 3ème année et les suivantes jusqu’à la septième:

Je croyais ne rien apporter de nouveau concernant les raisons évidentes qui firent que le nombre de nourrices amenées par les meneurs à Paris chuta considérablement, celles-ci préférant nourrir les enfants des bourgeois plutôt que les enfants trouvés, mais si !   Hormis les trop modiques salaires perçus pas les nourrices et leur éloignement géographique, on apprend que les curés des paroisses refusent de donner les précieux certificats pour que les nourrices puissent élever les enfants trouvés car ils n’en veulent point dans leur paroisse ! La création en 1770 d’un bureau de direction pour les nourrices des enfants des bourgeois et dont les tarifs sont plus qu’attractifs, ôtent à l’Hôpital -Général le peu de nourrices qu’il lui restait. Toutes ces raisons cumulées expliquent la mortalité d’un tiers des enfants trouvés reçus à Paris en cette sombre année 1772.

L’Hôpital-Général ne tergiversera pas longtemps et les augmentations de salaire seront appliquées aux nourrices.

14 juin 1773: Arrêt du parlement de Paris, qui approuve le règlement du 7 juin 1773, concernant les enfants trouvés:

Le titre est une bonne nouvelle sur laquelle je ne m’attarderai pas. Je vais plutôt me pencher sur l’extrait du registre des délibérations du bureau de l’Hôpital-Général, à la séance tenue au bureau de l’archevêché et où furent présents les grands noms des instantes parisiennes:

Alors que disent-ils ? Pour commencer ils sont contents des récentes décisions prises pour la conservation des enfants-trouvés. Leur préférée: les inspecteurs qui viennent vérifier les bonnes conditions de transport, d’accueil ou d’éducation auprès des meneurs et autres nourrices. Et que vont-ils faire pour étendre et développer ces inspections ? Eh bien une idée ingénieuse ma foi: ils vont faire appel à l’aide des inspecteurs qui visitent les enfants de bourgeois placés dans les mêmes provinces que les enfants trouvés ! Ainsi d’une pierre deux coups ! Ils ont déjà des inspecteurs formés aux même tâches que les leurs et auxquels ils offriront un surplus d’honoraires pour aller visiter les enfants trouvés.

Règlement concernant les inspecteurs de tournées pour la visite des enfants trouvés, arrêté au bureau de l’administration de l’Hôpital-Général, tenu à l’archevêché le 7 juin 1773:

Art.1er. Il sera fait … des tournées dans les villes, bourgs, villages et hameaux où il y a des Enfants appartenant à l’Hôpital des Enfants-Trouvés, afin d’y visiter lesdits Enfants, inspecter les nourrices et vérifier l’exercice des meneurs; à cet effet, il sera expédié aux inspecteurs préposés pour la visite des nourrissons, Enfants des bourgeois de la ville de Paris, une commission des administrateurs-commissaires des Enfants trouvés, en vertu de laquelle ils seront autorisés à visiter les Enfants trouvés, en même temps et de la même manière qu’ils inspectent les Enfants des bourgeois de Paris.

2. Les inspecteurs vérifieront l’exercice des meneurs des Enfants trouvés, et à cet effet ils se feront accompagner et conduire par eux chez les nourrices qu’ils obligeront de leur représenter leurs nourrissons pour s’assurer s’ils sont en bon état, si elles en ont bien soin, si elles les tiennent proprement, si elles conservent bien leurs hardes et les raccommodent lorsqu’il en est besoin, et si elles ont des berceaux et garde feu. Lesdits inspecteurs se feront également accompagner et conduire par les meneurs chez tous les laboureurs, artisans et autres particuliers qui ont des Enfants trouvés en pension chez eux, afin de constater si lesdits Enfants sont en bon état, bien nourris, soignés instruits et éduqués, et si les laboureurs, artisans et autres particuliers sont exacts à remplir les engagements qu’ils ont contractés avec l’Hôpital, en prenant lesdits nourrissons; et, pendant le cours de la visite des enfants, les meneurs qui accompagneront les inspecteurs, seront défrayés par lesdits inspecteurs, tant pour leur nourriture que pour celle de leurs chevaux.

3. Pourront lesdits inspecteurs appeler des chirurgiens s’ils le jugent à propos, pour traiter, examiner et médicamenter les enfants qui leur paraîtront en avoir besoin, comme aussi retirer les enfants qu’ils croiront devoir être changés de nourrices, par lesquelles ils feront remettre les hardes desdits Enfants aux nouvelles nourrices, qu’eux ou les meneurs auront choisies pour s’en charger, aux prix et conditions ordinaires, dans lequel cas de changement ils prendront l’avis de messieurs les curés; et si, pour retirer lesdits Enfants, ils éprouvaient quelque refus de la part desdites nourrices, ils pourront requérir la maréchaussée  pour les contraindre à l’obéissance, auquel cas la course des cavaliers sera aux frais desdites nourrices, et leurs maris en seront provisoirement responsables, même par la voie de l’emprisonnement.

4. Aussitôt la tournée dans l’arrondissement du meneur finie, les inspecteurs rendront compte de leurs opérations au bureau de l’Hôpital des Enfants-Trouvés, en y envoyant leurs états ou journaux d’inspection d’eux certifiés, avec leursdites observations …

5. 6. 7 et 8ème articles consultables sur le site de Gallica ! Allez-y !

MuB


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