Je dédie cet article à ARUN et NAZ, deux génies de l’informatique et de WordPress sans qui je ne pourrais pas écrire ces lignes…
D’ci quelques semaines je vais fêter mon demi-siècle de vie sur terre et je pense pouvoir raisonnablement me retourner sur le chemin parcouru afin de vérifier un vieil adage qu’on me sortait enfant, puis adolescente, puis jeune adulte chaque fois que je vivais mal une situation : « T’en fais pas, ce n’est pas grave ! Tu verras plus tard et tu en riras. D’autres épreuves t’attendent et ce que tu vis en comparaison n’est rien. »
Ben que dalle ! Si toi, derrière ton écran, tu es un(e) enfant, un(e) adolescent(e), un(e) jeune : n’écoute pas ce propos d’adulte qui essaie de te consoler (et c’est là tout le mérite de cette phrase-type : consoler).
À chaque expérience vécue qui s’est soldée par un échec ou un sentiment désagréable, on m’a encouragée à passer outre car ce n’était « pas grave », « sans importance », « rien en comparaison de ce que je vivrais adulte ». Du coup, au lieu d’apprécier pleinement ma merditude, je devais la savourer à moitié en me disant : ce n’est rien, ta situation est médiocre et ne nécessite pas d’être comparée à ton futur inexistant ou à celui plus mesurable du commun des mortels.
Alors toi, jeune lecteur qui n’a pas encore franchi le cap des 50 ans, si tu lis ceci en te demandant si tes réussites et tes échecs ont valeur égale sur le chemin de ta construction sociale : OUI !!! Un grand OUI !!!
Pour te punir de jouer à des jeux peu conventionnels dans la cour de récré la directrice t’humilie devant l’ensemble des élèves réunis en cercle autour de toi : oui c’est un fait important dans ta vie.
Tu a quinze ans ; le coiffeur vient de rater ton fondu de nuque ce qui te fous le seum pour les semaines à venir qui te paraîtront et se révèleront des mois dans ton ressenti intérieur : écoute-le, ce ressenti, lui se trompe rarement.
Tu as 11, 13, 17 ans et tu viens de te foirer à ton dernier exam : oui, c’est le drame. Oui, c’est hyper important !!! Peu importe ce qu’on te souhaite derrière, ce que tu vis à ce moment-là est grave lorsque en dépend tes rêves, tes espoirs, tes attentes, celles des profs et de de ton entourage familial.
Tu t’apprêtes à apposer tes lèvres sur celles de ton amoureux et tu réalises soudain qu’il ou elle n’a pas introduit un coton-tige dans son oreille droite (la seule visible à cet instant) depuis…. nan je veux pas savoir depuis quand….
Je me retourne sur tous mes choix, mes échecs et mes réussites depuis les plus lointains aux plus récents. Et il n’y a pas un choix d’adulte qui prédomine sur un échec d’enfant. Il n’y a pas un échec d’adulte qui prime sur un choix d’adolescent(e), il n’y a pas une réussite d’adulte qui surclasse l’émoi de la jeune que je fus.
Chaque fois qu’un enfant, un adolescent ou un jeune adulte est venu me voir pour me parler de ses contrariétés je les ai prises très au sérieux car je ne sais pas quel moment dans leur vie « fait bascule ». Déprécier une situation vécue, c’est enclencher un mouvement.
Alors chaque fois qu’on vous dit – pour vous consoler – que « ce n’est rien en comparaison de…, » écoutez mais ne croyez pas.
Chaque expérience est pleinement appréciable que parce que c’est « soi » qui la vivons. Quand nous « serons plus grand », quand nous vieillirons (si jusqu’à un âge avancé nous parvenons) alors les seules choses que nous pourrons juger c’est quelles expériences vécues furent de l’ordre du rite initiatique ou itératif.
MuB

