« Trouvez-vous normal Madame que l’on dise de vous que vous êtes une maternante alors que c’est moi la mère de l’enfant ? »
C’est ainsi que s’est posé à moi la question de la définition du mot maternante. Brutalement, qui plus est de la part d’une maman séparée de son enfant. Cette femme, blessée dans son orgueil, dans sa fragilité, dans sa parentalité, ne comprenait pas qu’un terme aussi fort, dont l’étymologie signifie » mère », puisse être attribué à un professionnel.
Devant de tels arguments avancés par une femme très instruite, qui veillait tout autant aux mots que l’on employait qu’au soins que l’on prodiguait à son enfant, je n’ai su que dire.
Au contraire, je me suis à mon tour interrogée et j’ai admis qu’effectivement ce terme était puissant, qu’il avait effectivement une très forte, peut-être une trop forte connotation maternelle.
Dès lors j’ai cessé d’employer ce mot qui amputait à cette maman son rôle déjà amoindri et qui prenait son sens véritable dans l’établissement ou son usage avait été institutionnalisé. N’ayant jamais travaillé au sein de cet ancienne pouponnière je n’étais pas porteuse de son histoire, et le vécu des mes collègues plus expérimentées ne suffisait pas à m’identifier à ce terme tellement beau mais tellement fort, celui de maternante.
Une maternante c’est…
Qu’est-ce qu’une maternante ?
Je ne pourrais pas répondre à la place du fantôme de la pouponnière d’Antony, mais je sais la façon dont moi je portais ce mot, car j’ai été marternante à Antony.
J’ai investi ce nom car j’ai pu voir d’abord des marternantes dans leur fonction. Elles ne se comportaient pas comme des mère-bis, mais faisaient au contraire toujours référence aux parents des enfants, puisque l’histoire des enfants était respectée. Les parents rencontraient les professionnels qui s’occupaient de leur enfant au quotidien. Il n’y avait donc aucune ambiguïté possible sur la place de chacun.
Le terme maternante venait de la place particulière qu’avait cette personne auprès de l’enfant. Le maternage est une relation dont l’enfant ne peut se passer pour grandir tandis que le maternel est propre à la mère.
La mère procure à l’enfant un maternage maternel en quelque sorte, tandis que nous étions dans un maternage professionnelle, ce qui est tout à fait différent. N’oublions pas que la mère introduit l’enfant dans une filiation, elle lui donne une origine et une place familiale et pas seulement des soins.

