J’ai hésité à écrire ce post car le fait même de faire allusion à mon vécu de professionnelle et de dénoncer ici « la petite phrase coupable » me…. culpabilisait !

Avant d’aller plus loin dans mon commentaire j’ai tenu à déclencher l’alarme auprès de mon garde-fou: la co-animatrice de ce blog j’ai nommé ChS. Je lui ai expliqué mon ressenti avec des mots faibles. Elle m’a écouté et bien entendu à su mettre en valeur ma pensée avec une facilité d’élocution déconcertante. A l’écouter reproduire mon propos j’avais l’impression d’être traduite en des termes plus érudits qui sonnaient plus juste et plus fort.

Et pourtant, c’est avec mes mots qu’elle m’a conseillé de transposer l’anecdote qui suit, afin que ceux-ci atteignent le coeur du lecteur et non les colonnes d’un bi-mensuel. Je vous invite donc à entrer dans le vif du sujet avec cette question:

Avez-vous déjà averti votre collègue que le lendemain vous seriez en arrêt maladie ?

Attention, c’est une question et non la dénonciation de faits ! Et puis mieux vaut poser la question dans ce sens que dans l’autre: « Une collègue vous a t-elle déjà sous-entendu que le lendemain elle serait arrêtée ? »

Pourquoi est-ce mieux ? Toujours à cause de ce foutu sentiment de culpabilité ! Si vous êtes en ce moment derrière votre écran d’ordinateur vous culpabilisez plus de vous retrouver dans la seconde situation où vous avez le sentiment de trahir quelqu’un que dans la première ou c’est votre intégrité que vous salissez.

Reprenons le premier exemple: vous annoncez à votre collègue que vous allez être absent le lendemain. En gros, sans même savoir si votre mal de gorge est mortel vous savez déjà que votre médecin vous arrêtera 3 jours. Mais une question: pourquoi avertir votre collègue ? Après tout si le mal est avéré l’arrêt est justifié, non ? Alors pourquoi préciser à son collègue sa future absence ? Est-ce pour se déculpabiliser soi de mettre dans le pétrin l’équipe déjà surchargée qui du coup trimera deux fois plus ? Est-ce pour devancer l’angine que vous sentez poindre chez votre vis-à-vis et qui mérite également une absence ? Est-ce pour que l’équipe réajuste ses horaires et travaille dans des conditions plus acceptables ?

Deuxième exemple: Imaginons cette fois-ci (ben oui, nous nous situons dans une dimension parallèle sans liens avec la réalité) que vous êtes dans la peau du « vis-à-vis » qui apprend que le ou la collègue sera absent(e) le lendemain. De quoi allez-vous culpabiliser ? De regretter l’absence de votre collègue ? Au contraire de l’espérer ? (oui cela peut aussi s’envisager). Vous allez culpabiliser des mauvaises pensées qui accompagnent vos soupçons quant à son arrêt, vous allez culpabiliser à l’idée de confier ces pensées à d’autres, de partager ces mêmes pensées avec ces mêmes autres voire de les exprimer à voix haute.

Entre la personne arrêtée complaisamment et celle qui la dénonce ouvertement, qui sera le plus mal vu ? Réfléchissez bien avant de donner une réponse…

Le pire dans tout ce que j’ai écrit c’est que je ne suis toujours pas entrée dans le vif du sujet ! Le vif du sujet concerne une autre phrase. Une phrase qui s’adresse à vous, lecteur/professionnel qui assistez à tout cela, qui connaissez les points forts et les failles de vos collègues, qui vous y accoutumez et besognez la bouche fermée. Un ou plusieurs arrêts maladie, des repos; des rtt, des vacances, font que vous trimez à mort alors que dans l’idéal cela ne devrait pas arriver. Les enfants eux ne souffrent pas de leur absence et ne comprennent pas toujours votre unique présence. Ils s’accommodent comme ils peuvent à votre nouvelle prise en charge faite dans l’excès et la vitesse, l’urgence et l’à peu près. Ils se passeraient bien de votre mine fatiguée d’avoir fait un « garde-jour » avec seulement quelques heures pour récupérer. Ils ne savent pas compter jusqu’à six ou sept jours que vous enchainez d’affilée. Ils n’ont pas conscience des heures supplémentaires que vous effectuez. Ils ne comprennent pas votre manque d’entrain à les saluez lorsqu’ils se jettent dans vos bras sans se douter que vous revenez sur votre congé ou votre repos pourtant mérité. Ils sont là et s’accommodent.

Et vous, vous avez conscience de tout cela et c’est d’ailleurs pourquoi vous acceptez les contraintes ou nécessités liées aux changements, pourquoi vous hésitez à vous arrêter alors que votre santé se fragilise. Vous culpabilisez: au sujet des enfants, de l’équipe, de l’encadrement auprès de qui vous souhaitez donner et prouver le meilleur que vous avez en vous. C’est d’ailleurs pour cela que l’on vous sollicite plus facilement pour faire un échange d’horaire, retirer des congés, rester plus tardivement. Qu’il s’agisse d’une collègue ou d’un supérieur ils savent qu’ils peuvent compter sur vous. De votre côté pour dynamiser la bonne ambiance et préserver le bon fonctionnement vous êtes prêt à tous les sacrifices professionnels. Seulement il y a cette petite phrase de trop qui un jour vient vous polluer l’esprit. La petite phrase « sortie de secours » que vous balance le supérieur lorsqu’il n’a d’autre issue que de vous solliciter une énième fois sans toutefois vous remercier pour vos efforts quotidiens. La petite phrase qui évite le « s’il-vous-plait » et le « c’est injuste de faire appel à vous » ou encore le « mon devoir est de retrousser mes manches et de ne pas vous solliciter ». La petite phrase qui évite de déplacer les fautes, de stigmatiser les personnes, de culpabiliser ce même supérieur qui du coup n’aura de cesse d’employer cette petite phrase:

« Si je vous demande cela, ce n’est pas dans mon intérêt mais bien pour celui des enfants »

Et là, au lieu de vous sentir utile ou agréable vous vous sentez soudain coupable. Mais coupable de quoi ? D’égoïsme ? D’être susceptible de dire non ? De dénoncer des conditions de travail qui ne sont plus dans l’intérêt  de qui que ce soit ? D’être présent ? De ne  jamais savoir refuser ? De ne pas user des facilités vierges de toute amputation de salaire qui vous soustraient à l’équipe et vous confinent dans votre nid douillet, certificat médical à l’appui ?

Alors, penaud que vous êtes vous obéissez, vous acceptez l’inacceptable, vous prostituez votre esprit et votre corps au nom de la « bientraitance », terme bien souvent galvaudé dans les lieux pourtant hautement symboliques en terme d’aide à l’enfance.Vous regardez votre supérieur et lisez dans son regard la sentence de votre culpabilité. Sentence qui sera lourde, incompressible et renouvelable à souhait.

La MuB elle a payé sa dette à l’institution. Payée au centuple, parce peine tributaire à perpétuité d’une petite phrase. Une toute petite phrase. MuB elle en a vu défiler des condamnés à perpétuité comme elle et comme elle ces prisonniers de leur conscience se sont enfuis. Ils ont escaladé le mur d’enceinte de cette prison de la psychologie manipulatrice. Ils ont rejoint des lieux où d’autres supérieurs ne se servent pas de la petite phrase mais à la place usent de termes simples, censurables mais non contestés car vrais. Des supérieurs qui ont retroussé leurs manches et savent ce que c’est que travailler au sein d’une équipe et auprès des enfants. Des supérieurs exempts de culpabilité car emprunt d’humanité. Des supérieurs qui ne vous culpabilisent pas au nom des enfants mais parlent en leur nom propre (au sens propre comme au sens figuré) des vraies difficultés palliant leur quotidien et celui de la collectivité. Ce sont ces supérieurs que je tiens cette fois-ci à honorer, sans aucun sentiment de culpabilité ! Eux… et les évadés de « l’inconscience ».

Psychologie manipulatrice

Dans son article « la petite phrase coupable » MuB a fait un lien entre les termes  « c’est pour le bien des enfants » et « psychologie manipulatrice ». Bien que n’étant pas psychologue, cela me parle énormément.

La référence à la psychologie est usitée bien souvent (trop?) dans nos structures petite enfance, malheureusement pas assez pour accompagner l’harmonie des relations entre professionnelles.

Une bonne psychologie, pour moi,  est indispensable à celui qui veut comprendre les autres pour mieux les aider. Celui qui sait concilier une forme particulière d’écoute « neutre » avec une préoccupation bienveillante pour autrui.  Celui dont l’ attitude montre un intérêt réel  pour l’humain et sa condition et dont l’implication personnelle reste spontanée, sans arrière pensée. La psychologie devrait être tournée uniquement vers l’Homme et son bien être. Cette psychologie là m’insuffle toujours un regain de croyance dans les valeurs humaines.  

Nul comparaison possible avec la manipulation bien entendu. Le manipulateur ne visant en réalité que son intérêt.

Pourtant, combien de ces sortes de phrases, flairant l’impact psychologique, n’avons nous pas entendues ? De celles qu’on donne à l’auxiliaire pour qu’elle accepte un énième changement :  « c’est pour le bien des enfants ».  Le sacrifice imposé alors (sous couvert de bonne intention) surtout quand les demandes se multiplient, se superposent et que tout cela se perpétue, est-il vraiment  encore dans l’intérêt de l’enfant ? 


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