La mort est un sujet tabou.

La mort d’un enfant est inconcevable.

La mort d’un enfant en pouponnière réunit les deux.

Comme vous le savez sans doute si vous lisez mes articles je me suis beaucoup intéressée à l’histoire des pouponnières. Et mon premier livre fut celui imagé que me racontait mes collègues expérimentées.

Dans la plupart des cas ces collègues conteuses travaillaient de nuit. Ce fut une chance car le soir, après les transmissions, cela nous permettait de discuter des enfants, du lieu et donc de l’histoire qui en découlait. Je n’ai jamais autant appris sur les pouponnières et leur évolution que de la part de ces professionnelles. Certaines d’entre elles avaient connu les tenues hospitalières avec tout l’attirail digne d’une infirmière… ou d’une nonne !  :-)

La promenade des nourrissons - Antony, 1930

Ne vous imaginez pas cette auxiliaire travaillant à Antony en 1930 ! Non non non, elle travaillait dans une pouponnière parisienne bien des années plus tard. Mais le règlement était strict et on ne plaisantait pas avec une coiffure ou la simple couleur d’un bas. On ne plaisantait pas non plus avec les bébés qu’on ne considérait pas encore comme des individus à part entière ! C’est dans ces lieux que l’évolution fut la plus marquante en matière de prise en charge de l’enfant. Dans un prochain article je vous montrerais ce cliché ou l’on voit une dame posant souriante devant un nourrisson attaché en proclive à son lit à qui elle donne un biberon sans même le prendre dans ses bras.

De cela ma collègue m’a parlé. Ce n’était pas fait dans des intentions malsaines mais de peur qu’il se créé un attachement entre l’adulte et l’enfant. Le moins ils étaient pris dans les bras, le mieux c’était. Elle a vécut les bouleversements liés à la prise en charge des enfants comme une révolution ! Je voyais les larmes dans ses yeux chaque fois qu’elle me citait chaque petite victoire acquise dans le bien-être et pour le mieux-être de l’enfant.

Mais de tout cela aujourd’hui qui en parle ? Qui transmet ce savoir ? J’ai eu cette oreille attentive, j’ai eu cette chance. J’essaie avec mes tout petits moyens de vous les transmettre.

J’en ai posé des dizaines, des centaines de questions à mes collègues. Elles adoraient cela, elles appréciaient que l’on s’intéresse à ce qui avait été fait par le passé en matière de soins, d’éducation et d’encadrement des enfants placés en pouponnière. Je n’ai cependant jamais posé de questions relatives à la mort, pour la simple raison que jamais je n’aurais imaginé un enfant décéder au sein de l’établissement. Et pourtant…

Parfois les conversation se prolongent, un sujet en amène un autre et vous voici perdues ou retrouvées au milieu de nul part, dans un endroit, autour d’un sujet que nul n’aurait songé aborder si la conversation n’avait pas attisée la curiosité et l’émulation des une et des autres.

Dans les deux cas, c’est la collègue me faisant face qui a très pudiquement amené le sujet. Pour les deux, vivre le décès d’un enfant fut un drame. Pour les deux, ce fut également un immense abîme de solitude.

L’une a évoqué Dieu et s’en est remise à lui pour surmonter le drame. L’autre n’a jamais réussi à faire son deuil. J’ai souvent pensé à ces deux excellentes professionnelles. Pour qui travaille auprès d’enfants, on a toujours cette petite appréhension lorsque l’on vérifie leur sommeil, savoir si leur petite cage thoracique se soulève, si leur respiration est dégagée, si rien ne vient perturber leur sommeil ?

Ecouter leurs souffrances c’était exorciser mes peurs. Je cherchais dans leur regard ou dans leurs paroles quelque chose qui les différencie de moi mais rien. Ces deux femmes étaient irréprochables dans leur actes et admirables dans leur paroles. J’ai alors pensé à ces enfants, dont l’âme rejoint si tôt le ciel. Les pouponnières sont des lieux fortement liées à la protection de l’enfance, mais ce sont des lieux, notamment pas le passé, ou il y a également eu beaucoup de décès (lire les articles liés à l’histoire des pouponnières). Ce qui aujourd’hui nous effraie et nous foudroie était monnaie courante au siècle dernier. Comment était prise en charge l’équipe ? L’enfant ? Les autres enfants ?

La mort subite concerne le nourrisson durant sa première année de vie. Les risques sont plus accrus entre le 2ème et le 4ème mois de vie.

Dans ce pays il est autorisé d’accoucher sous le secret. Mais est-il permis de mourir sous X ?


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