Lorsqu’on intègre une pouponnière on intègre presque immédiatement le secret. Suivant le lieu il est plus ou moins présent, tapi dans l’ombre, mais ne tarde pas à surgir au détour d’une conversation. Le voici qui revet différents costumes: tantôt il s’appelle secret professionnel, tantôt il il se fait moins intrusif en revêtant le voile de la discrétion professionnelle, tantôt il vous invite à observer, partager, être acteur d’une scène vous imposant le secret… souvent lié au silence.
Secret, silence, l’atmosphère devient pesante… alors autant la considérer dans un lieu clair et harmonieux plutôt qu’une vieille structure elle-même détentrice de plus vieux secrets… Tout est dans le décorum !
Mais quand votre curiosité est nourrie, que vos craintes sont apaisées, lorsque vous vous apercevez que vous avez plus de réponses que de questions… qu’en faire ? Avec qui les partager ? A qui en parler ? Vers qui se tourner ? Alors chacun reste avec son impression, son ressenti. Parfois on tente une incursion dans l’esprit de l’autre, savoir si celui-ci partage vos opinions, mais bien souvent l’incursion s’arrête au seuil, de peur de froisser ou salir, de peur de se sentir différent ou plutôt après avoir réalisé qu’on était étranger au système…
Cette curiosité m’a guidée à une boîte de Pandorre bien singulière. J’étais riche de secrets, riche de silence et finalement riche de solitude. Dans un lieu aussi fermé où pourtant on vous invite à la discussion, à vous confier à l’autre, à exprimer vos impressions, je ne me suis jamais autant sentie seule. Je me suis rendue compte que chacun gouverne selon ses propres valeurs et ses propres jugements. Bien souvent ceux des uns sont à l’opposé de ceux des autres… alors comment faire lorsque l’on sait que ces uns et ces autres sont plus d’une dizaine au bas mot à recréer l’environnement quotidien de l’enfant placé au sein de l’institution ?

