Il n’a que quelques jours, c’est la première fois; Juste un geste d’amour, se blottir contre moi
Je lui donne le biberon, son bain et ma tendresse, en réponse à tout cela il s’endort contre moi
Son corps est détendu, sa tête sur le côté, ainsi il peut entendre les battements de mon coeur
Je lui caresse le crâne, d’un arrondi parfait; mes doigts descendent doucement, le long de son échine
Il n’y a rien de plus beau, que ce petit bonhomme qui dort paisiblement, tout contre ma poitrine
Les jours passent, magnifiques, nous sommes à l’unisson; ses habitudes sont miennes, un simple regard suffit,
Tous les jours il s’endort, son ventre contre le mien, tous les jours il écoute, les battements de mon coeur
Tous les jours je parcours, des yeux et du bout de mes doigts, l’arrondi si parfait, les courbes si rebondies de son corps tout entier,
Mais je dois m’absenter…
Je reviens, mais où donc se trouve t-il ?
Il dort sur le dos, t’inquiètes il est paisible !
J’attends qu’il se réveille, il tarde, il sommeille, son lit est devenu refuge,
C’est juste un bébé cool, les grands hurlent à tout va, tandis que lui on l’entend pas !
Je le prend dans mes bras, ce ne peut être lui ! Lui qui était parfait, le corps proportionné,
Le voici tout bouffi et le crâne aplati,
Non belle imbécile, il est juste joufflu, il a seulement deux mois et fait déjà ses nuits ! Si son crâne est si plat c’est qu’il dort sur le dos, c’est vrai qu’il dort beaucoup, peut-être même un peu trop, mais au moins il respire et ne craint pas la mort,
Ne serait-ce pas plutôt, la preuve de lacunes ? Celle d’équipes surchargées et tellement peu nombreuses, qu’elles se soucient des uns, au détriment des autres ?
Mais tais-toi donc la geingnarde ! Fermes ta grande bouche et laisses parler les grands, ceux qui ont des réponses à toutes tes questions ! Qui trouveront pourquoi le p’tit il a plus d’tête, et qui t’expliqueront que c’est le signe flagrant d’une bonne relation !
Je ne sais pas, j’ai du mal à y croire… J’ai l’impression qu’il a dormi sur une planche, tellement l’arrière est droit. J’ai l’impression que son ventre est gonflé, tellement l’estomac est distendu… J’ai l’impression qu’il se réfugie dans le sommeil et non plus dans mes bras…
Et tu t’imaginais quoi ? Qu’il serait dans des bras ? Que sous prétexte que c’est lui, il serait épargné ? Qu’il arriverait à grappiller du temps, sur celui gigantesque, que prennent les plus âgés, eux-mêmes assoiffés d’attention et de caresses, eux mêmes amputés, d’amour et de tendresse.
Mais alors que dois-je faire ? Qu’elle est la solution ? Comment faire disparaître ce plat qui défigure, ce plat qui dénature, ce plat qui culpabilise tant !
Ecoutes-moi bien j’ai la réponse !
Oui ? J’écoute !
Tu vas voir ce plat à l’arrière du crâne va soudain disparaitre de ton champs de vision ! Dépose le tout doucement dans son lit… Oui, voilà, comme cela, c’est bien ! Et maintenant ? Vois-tu un plat à l’arrière de son crâne ?
Non, je ne vois que ses yeux qui déjà se ferment. Son corps est détendu, il ne combat même pas. Il sait qu’il est au lit, qu’il peut s’époumoner: d’autres voix sont plus fortes.
Alors ? N’avais-je pas raison ?
Non, on enferme des enfants derrière des épaisseurs de murs, on pose des mots sur leurs souffrances mais cela reste des mots. Ou sont les bras pour se charger du reste ? Ou se trouve l’amour qui leur est vital ?
Il me reste à partir, avec un seul regret, celui comme tant d’autres avant moi de ne pas avoir été écoutée.
MuB
Réflexion sur le poème :
Je me rends compte, encore aujourd’hui, comme il est difficile de reconnaître la personne qu’est l’enfant comme un être à part entière, distinct des autres, porteur de sa propre parole. Parole qu’on a trop souvent le réflexe de traduire à notre façon plutôt que de s’essayer à la comprendre, simplement.
Simplement parce qu’on a conscience de la dépendance de l’enfant et de la limite de l’adulte. On à tendance à se substituer à l’enfant pour ne pas avoir à s’interroger quand on devrait simplement apprendre de l’enfant lui-même…
ChS

