Certaines personnes influençables pensent que l’engouement pour la nouvelle télé, nommée « télé-réalité » n’apporterait rien, voire pire, nous empêcherait de porter notre curiosité vers des sources plus « prolifiques ». Il suffirait de nous dire ce qu’il nous faudrait regarder.
Au lieu de s’interroger sur ce qui motive l’attrait de l’Audimat pour ces sortes d’émissions, la gente « bien pensante » craint de se voir voler la vedette par de parfaits inconnus qui n’auraient rien à vendre. Elle aura cependant beau y faire, la téléréalité met au devant de la scène : « la rue ». Non celle que nous pointons du doigt, mais la notre, celle que nous fréquentons tous les jours sans intérêt pour elle. Comme Zola, cette rue nous appelle, elle nous impose son état.
Qu’avez-vous fait d’elle pendant vos rêves de puissance, de gloire et de beauté ?
Les fantômes vous répondent qu’ils ont vécu, qu’ils vous ont vus, qu’ils veulent se voir et ne plus se soucier de ce que vous pensez !
Une vie, Mille espoirs
Ce qu’il y a d’intéressant lorsque vous assistez à une avant-première, c’est de participer au débat qui suit le film ou le documentaire. Ici, celui portant sur le destin tragique et exceptionnel de 4 femmes kurdes.
C’est mon manque d’intérêt pour l’actualité qui ce soir-là m’a fait défaut. J’observe davantage les spectateurs présents dans la salle pour la plupart kurdes que l’écran ou se succèdent des images de cadavres et de témoignages.
Je me sens déplacée, j’ai l’impression de regarder par la fenêtre du domicile de ces gens assis devant moi. Eux sont présents pour des raisons plus nobles ou plus intimes, liées pour certains aux mêmes souffrances que ces femmes portées à l’écran, telle cette femme anonyme saluée par le public à la fin de la projection.
Le spectacle se situe pour moi dans la salle du cinéma et non sur la toile. Mon regard se pose sur ces silhouettes qui revêtent l’espace d’une heure une identité nationale et politique.
La dernière partie du reportage s’arrête sur le présent et l’avenir de ces femmes, de ces villes, de cette population.
Il faut une guerre et la perte de centaines, de milliers ou de millions d’hommes pour qu’apparaissent le rôle et l’importance des femmes sur terre. C’est donc plus tristement encore que je me réjouis de les savoir militantes, maires, ou député européenne pour l’une d’elle.
Je profite de la fin du documentaire pour m’éclipser. A mon retour, au lieu de voir le réalisateur répondre aux questions du public, je découvre 3 visages familiers. Celui des femmes présentes dans le film. documentaire « une vie, mille espoirs »
Mince alors ! Elles ont pu quitter leur pays soumis aux tensions communautaires. Woaoh ! Et d’un seul coup je redescend sur terre et considère que le pays en question est la Turquie, dont quelques kilomètres de terre lui font prétendre l’adhésion à l’Europe.
J’écoute l’interprète traduire leurs paroles, véritable plaidoyer pour le droit et le devenir des femmes kurdes au sein de leur communauté, de leurs villes et de leur pays. Elles ont réussi à changer le paysage politique du pays et la parité homme/femme a de moins en moins à rougir de celle des pays voisins européens.
Tout va donc bien, on les envierait presque. Sauf qu’il reste les questions posées par le public. Faute de temps, deux seront retenues, dont l’une n’est pas véritablement une question puisque il est révélé que dans le public une autre femme a été elle aussi victime des violences faites aux kurdes. La question est posée par un monsieur qui s’étonne des chiffres flatteurs concernant le nombre de jeunes filles ayant accès aux hautes études et visant des métiers comme médecin ou avocat car lui même garde un souvenir contrasté de l’éducation des jeunes kurdes – garçon comme fille – qui ne dépasse pas le collège. Il souhaite des chiffres, des statistiques, qui ne viendront pas, ou plutôt la jeune femme apportera des chiffres, mais concernant l’alphabétisation et la scolarité d’enfants kurdes… réfugiés dans des pays européens.
Ce revirement de situation me plaît non pas parce qu’il révèle la fragilité de la situation féminine en Turquie mais parce qu’il ressort que nous sommes tous gouvernés par nos sentiments. Pour faire fléchir les notre, ces femmes n’hésitent pas à jouer sur l’émotion instantanée du spectateur. Seul ce monsieur possédait les connaissances et le sang-froid nécessaires pour rebondir sur les chiffres présentés par l’intervenante.
Au sortir du documentaire j ai croisé ces femmes. C’était émouvant. Mais dehors, au sein de Bobigny ou au coin d’une rue, qui se soucie de la vie extraordinaire qui se cache derrière ces visages et des mille espoirs qu’elles représentent pour tout un peuple ?
Un DSK dans ma plateforme
Je ne m’intéresse pas à la politique. Je vote, j’accomplis mon devoir de citoyenneté mais c’est seulement dans l’isoloir que je prend réellement ma décision, ou plutôt que j’opte pour le candidat qui à mes yeux produira le moins de dégâts ou de changements sur mes conditions actuelles.
Je me fous des émissions télé qui n’influent pas sur mon choix mais me permettent de voir les politiques se ridiculiser. Le jeu des journalistes est désormais de piéger nos amis les présidentiables pour mieux me faire flipper sur leurs capacités. A me moquer ouvertement d’eux, j’opte pour le « petit journal » de canal +.
Il y a quelques mois la télévision et la radio m’informaient qu’en tant que française moyenne, ayant pour ennemi téléhériditaire les partis extrémistes, pour guignols les partis réunissant moins de 5% de votants, pour adversaire loyal le grand parti de la droite, pour ami indéfectible le grand parti de la gauche, je n’avais qu’une envie : celle de voir DSK se présenter aux élections. Sur le coup j’ai cru à une blague, puis, les semaines passant et la télévision me certifiant, sondages à l’appui, que je n’avais qu’une hâte c’était de voter pour lui, je me suis résignée.
Je me suis résignée à admettre que j’étais out, hors normes, exit, associable, demeurée. En effet, malgré le rabattage médiatique au sujet de cet ex-ministre, je n’avais toujours aucune envie de voter pour lui. Et j’avoue que ces sondages m’énervaient d’autant plus que la seule chose que je connaissais de DSK c’était sa femme.
Et puis voilà que le scandale DSK éclate et souille parait-il la réputation de la France. L’élève que je suis écoute les explications des journalistes qui cette fois-ci démontent la légitimité de DSK. Je m’en amuse sur toutes les chaines car je sais toujours pas plus qui il est en tant que politique. D’ailleurs si je devais faire un pot pourri des mots qui le qualifient aujourd’hui je réalise que j’ai eu raison d’être en marge de la politique.
Mais cela me fait peur !
Je m’interroge de la soudaine et si rapide célébrité qui a précédé la descente aux enfers de DSK (ou de celle ayant précédé la défaite de S.Royal et autre L.Jospin). Avant cette glissade il intéressait les lecteurs du Point. Après, il intéressait ceux de Voici. Aujourd’hui j’éprouve donc une certaine fierté à lire ce magasine qui, si il ne nous apprend rien de vrai sur les people, ne nous pousse pas à le croire non plus ! Je préfère me tromper sur les amours de G.Clooney que sur le futur de mon pays.
Articles publiés le 16/11/2014

